Unité N°1: Saison 2

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 2

Messagepar Dr Sordin Molus » dim. 25 août 2019 07:57

  • Épisode 10: Citadel has fallen !


    Secteur du Nexus d'Hadès – Système Alcas – Orbite du planétoïde Alcas Minor –
    Station d'Alcastarz, colonie pénitentiaire de haute sécurité de l'Alliance –
    Aile administrative, en salle de visioparloir

Guerdan avait envisagé d'établir un premier rapport de forces lors de cet entretien à distance avec la criminelle Maya Brooks, en commençant par la fixer longuement sans dire un mot, par écran interposé, de ce regard glacial qu'elle avait eut des siècles pour travailler, et qu'on prétendait capable de cryogéniser un Vortcha! Pourtant l'Humaine aux cheveux noirs lui coupa l'herbe sous le pied, lorsqu'elle entama d'elle-même les échanges verbaux, d'un ton clairement désinvolte, en surjouant délibérément la surprise et l'ingénuité qu'elle voulait laisser transparaître:

–- Dame Guerdan Qoliad! Eh bien cela, c'est un honneur...
–- Tout l'honneur est pour vous
, répliqua abruptement la Spectre asari. Je constate que vous semblez déjà me connaître...
–- Oh, mais naturellement!
poursuivit la détenue de sa voix la plus enjôleuse, soulignée de son plus large sourire. Vous étiez déjà l'un des agents Spectres les plus anciens et les plus illustres de l'espace concilien lorsque je travaillais encore pour Cerberus. En vérité, vous l'étiez avant même que l'Humanité n'entre en contact avec les autres espèces! À une autre époque, j'ai moi-même été un assez bon agent de terrain: il était donc de mon intérêt de bien connaître les plus dangereux de mes adversaires potentiels...
–- Alors vous savez déjà que la flatterie ne fonctionne pas avec moi, Brooks... Au fait, dois-je vous appeler Maya Brooks?
–- Si vous voulez... Bien sûr, vous savez tout comme moi que ce n'est pas ma véritable identité; mais depuis près de vingt ans maintenant que je suis détenue dans les prisons de l'Alliance, c'est le nom que j'aurais porté le plus longtemps au cours de ma vie. Alors oui, va pour Maya Brooks...


Les agents du Conseil ne manquèrent pas de trouver assez déconcertante l'assurance placide qu'affichait la criminelle, face à une Spectre à la réputation aussi intimidante que Guerdan Qoliad. Si celle-ci était peut-être bien intriguée, elle aussi, elle fit en tout cas en sorte de n'en rien laisser paraître, lorsqu'elle commença à soumettre Brooks à son interrogatoire. La vieille routière asari opta pour un ton neutre, froid et détaché, sous lequel frémissait pourtant la menace d'une agressivité patente:

–- Voici quatre jours, un attentat meurtrier a frappé le monde de Lusia, dans l'espace asari. La meneuse de ce raid sanglant était une mercenaire drelle recherchée, du nom de Bathyll Rakhtar. Cette Rakhtar a eu une conversation avec sa commanditaire depuis Lusia, via Extranet. Les coordonnées de cette correspondante ont pu être établies: ce secteur; ce système; ce pénitencier. La voix de la commanditaire a également pu être identifiée avec certitude: vous-même, Maya Brooks!
Le code d'encryptage employé pour cette transmission avait été utilisé par Cerberus jusqu'à peu avant le début de la Guerre contre les Moissonneurs: c'est apparemment vers cette époque que Cerberus avait considéré ce code comme compromis, après la capture d'une de ses bases, puisqu'il n'avait plus été employé depuis – jusqu'à ces derniers jours... Il est vraisemblable que l'utilisateur de ce code désuet, de préférence à un plus récent, soit quelqu'un qui ait quitté l'organisation juste avant la Guerre. Or, c'est comme par hasard vers cette époque-là que vous avez planté ces fils de putes de Cerberus pour aller faire vos propres saloperies dans votre coin...


Guerdan avait surveillé attentivement les réactions de son interlocutrice à ses mots. L'interprétation des tics faciaux des Humains n'avait en effet déjà plus de secrets pour elle. C'est d'un ton lugubre qu'elle constata:

–- Je ne vous apprends rien, de toute évidence...

De fait, Brooks n'avait adopté aucune de ces postures défensives propres aux inculpés soumis au feu roulant de l'accusation. Tout au contraire, elle commençait même à se détendre très ostensiblement, lorsqu'elle répondit d'une voix sucrée:

–- Vous en revanche, Dame Qoliad, c'est pour obtenir des réponses que vous êtes venue jusqu'ici. Je vous rassure, j'ai pleinement l'intention de coopérer. Ce sera même pour moi un réel plaisir que de...
–- Minute, ma petite!
intervint Guerdan en pointant vers l'écran un index péremptoire. Ne pensez pas un instant pouvoir mener cet interrogatoire à votre guise! Je peux vous assurer quand j'en aurai fini avec vous, votre notion du plaisir sera à...


Visioparloir du pénitencier.jpg
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Dame Qoliad s'interrompit brusquement dans son discours, bouche ouverte et index figé dans les airs. Damon, Feylin, Lenks et Andrak, ainsi que la probatrice T'Ribas, suspendirent également leur respiration avec un bel ensemble. Sept paires d'yeux écarquillés – en comptant les deux paires du Butarien! – fixaient l'écran avec stupeur et incrédulité. Maya Brooks venait de congédier d'un signe de tête les deux mécas armés derrière elle, qui s'empressèrent de quitter la cellule de leur pas cadencé d'automates; puis l'instant d'après, les Omni-pinces scintillantes qui enserraient les poignets de la criminelle se désactivèrent comme par enchantement. Celle-ci put alors venir poser son menton sur ses mains jointes en se penchant vers l'écran, savourant visiblement la surprise de ses "invités":

–- Alors? Avouez que vous ne l'aviez pas vue venir, celle-là... Spectre?

Damon da Costa était alors le plus proche de la porte du parloir. Se retournant vers celle-ci en un éclair, il ne put toutefois que constater que l'unique issue de cette pièce, à présent marquée d'un verrou holographique rouge, avait été hermétiquement scellée. Loin de se laisser abattre par ce renversement de situation inattendu, les agents surentraînés réagirent au contraire avec une grande vivacité d'esprit. Guerdan tenta immédiatement de passer un appel d'alerte vers le SSV Citadel depuis son Omnitech – avant de s'apercevoir qu'elle ne recevait aucun son en retour, pas même le crépitement de parasites caractéristique d'un brouillage actif. Dans le même temps, Feylin Adamas et Sialan T'Ribas déclenchèrent un véritable pilonnage de frappes biotiques répétées à l'encontre du portail de leur cellule, sans pourtant que l'intense concentration mise en œuvre par les deux Asari parvienne à obtenir le moindre effet notable. L'ingénieur Sudaj Lenks, de son côté, avait déjà commencé à scanner les murs et le plancher en quête de panneaux accessibles et de nœuds de connexions piratables. En pure perte, hélas... Andrak Atkoso'dan sonda quant à lui le plafond dans un premier temps, avant de venir suppléer le lieutenant da Costa occupé à analyser la résistance du volet blindé sous les frappes concertées des deux biotiques asari. C'est du reste le grand Butarien qui établit le premier un compte-rendu de situation pour sa supérieure:

–- Rien à faire, Dame Qoliad: aucun point de connexion au réseau du bloc, ni aucun accès au circuit électrique; juste ces fichus écrans qui fonctionnent en circuit fermé sur batteries autonomes... Aucun point faible non plus d'ailleurs dans la structure générale de l'ensemble. La porte, les murs, plafond et plancher, disposent d'un blindage d'une épaisseur inquantifiable avec les moyens du bord, et d'une densité telle que je n'en avais encore jamais vue. Ce matériau semble totalement inattaquable! Et pour couronner le tout, aucun type de signal ne peut être ni émis, ni reçu. Je crains qu'on ne soit enfermés ici pour de bon!
–- Vos agents sont d'une perspicacité remarquable, ma chère
, ironisa Maya Brooks. Vraiment l'élite de la galaxie... Bon, maintenant, si je puis me permettre... J'aimerais vous éviter de gaspiller votre temps et vos efforts, mais je sais que vous tenterez quand même tout ce qui peut l'être afin de sortir d'ici. Alors je vais juste profiter de l'instant présent, et prendre plaisir à vous regarder vous débattre en vain. Mais sachez cependant ceci par avance: ce local où le bon directeur Kapoor vient de vous mener, fut autrefois conçu en tant que chambre de confinement étanche de cette ancienne base de recherches de Cerberus, l'espace sécurisé où la section scientifique locale pouvait maintenir sous contrôle ses projets les plus hasardeux. Et je peux vous certifier d'expérience que Cerberus a foiré plus d'un projet, à des niveaux cataclysmiques, avant de parvenir à mettre au point une chambre forte aussi inviolable que celle où vous vous retrouvez actuellement emprisonnés...

Tandis que la criminelle en combi rouge pérorait, la probatrice T'Ribas avait pris une longue inspiration, les yeux clos, s'abîmant dans un profond recueillement tandis qu'un orbe d'éclairs bleus croissait en taille et en intensité entre ses mains. Lorsque sa frappe biotique – une déchirure! – eût atteint son potentiel maximal de destruction, elle la relâcha droit sur l'un des murs du local de confinement. Le flux bleuté percuta violemment la paroi, mais ne fit que se disperser en longs filaments sur toute la surface verticale, faisant réagir et luire brièvement d'une teinte violette la barrière impénétrable qui venait de protéger l'intégrité de la muraille.

–- Comme je vous le disais donc, reprit Maya Brooks visiblement amusée par l'échec de la probatrice, la solidité de ces murs est hors de portée de vos efforts. Cerberus est parvenu à en renforcer la structure à un niveau jamais égalé depuis, à l'aide d'une technologie inspirée de celle des relais cosmodésiques – des ouvrages virtuellement indestructibles, comme chacun sait. Une sorte de bouclier quantique, qui cimente les particules entre elles à un niveau subatomique... Quelque chose comme ça, en tout cas: après tout, je suis hackeuse, moi, pas physicienne! Oh, cette technologie expérimentale est bien sûr loin d'être aussi évoluée que celle des Moissonneurs... Mais admettez qu'à l'usage, cela demeure tout de même diablement efficace, non?
Ce champ d'énergie avait heureusement pu être désactivé au moment de la chute de la base, voici vingt ans, ne laissant en place que des parois blindées parfaitement ordinaires. Depuis lors, ce système de défense est resté en sommeil, bien dissimulé. Et nous ne l'avons réactivé qu'après que cette station de l'Alliance soit passée sous mon contrôle...
–- Attendez, j'ai raté quelque chose... Cette station est passée sous votre contrôle?!
répéta mot pour mot une Guerdan incrédule. Là, je crois que vous nous devez quelques explications, Brooks. Je vous promets de rester attentive et de ne pas quitter la pièce.

La criminelle humaine eut un sourire énigmatique lorsqu'elle recula le buste vers le dossier de son siège. Elle prit d'abord le temps de défaire son strict chignon de détenue, libérant une masse de cheveux qui retomba en une cascade d'un noir éclatant sur ses épaules vêtues de plastique rouge vif. Puis après avoir observé le bref silence de rigueur afin de bien s'assurer l'attention de son public, Maya Brooks débuta son histoire sur un ton sarcastique:

–- Il y a maintenant vingt ans de cela, j'ai été capturée par le grand, le légendaire, l'immortel commandant Shepard. Comme la plupart des anciens membres de Cerberus détenus ici, j'ai passé les cinq années suivantes baladée d'une colonie pénitentiaire de l'Alliance à une autre; des séjours hélas trop courts pour pouvoir prendre mes marques ni organiser quoi que ce soit... Et puis, voici quinze ans, j'ai échoué ici: retour à la case départ sur cette ancienne base de recherches de Cerberus, à bord de laquelle j'avais travaillé à une époque, et où j'étais désormais condamnée à finir mes jours...
Il m'a vite fallu admettre que j'étais tombée dans un établissement parfaitement pensé, conçu pour déjouer toute tentative d'émeute ou d'évasion. Sa garnison composée de gardiens exclusivement synthétiques rendait totalement inutile mon talent inné pour l'intrigue et la manipulation; je n'avais par ailleurs aucun outil pour prendre le contrôle de ces fichus mécas grâce à mes compétences en piratage; et mon placement en isolement surveillé me compliquait encore davantage la tâche. Bref, je m'apprêtais presque – presque! – à me résigner à mon sort, quand le destin m'a tendu une nouvelle perche...
Comme le directeur Kapoor vous l'a peut-être déjà dit, mon profil a intéressé les nombreux psychologues de l'équipe scientifique affectée ici, qui m'ont régulièrement sollicitée pour des séances d'entretien par visioconférence. Or...»
Maya Brooks eut un sourire carnassier, avant de reprendre: «...Or j'adore les psychologues! Si si, vraiment... Je suis toujours stupéfaite de constater combien l'empathie inhérente à ces spécialistes de l'âme, les rend vulnérables à mes manipulations les plus subtiles, les prédispose à tomber sous mon influence dès lors que j'ai assez de temps pour avancer mes pions... S'il est des êtres sur lesquels je possède une emprise, un pouvoir assez comparable à la capacité d'endoctrinement des Moissonneurs, eh bien les psychologues humains en font partie à coup sûr! Je suis ainsi parvenue à gagner chacun d'eux à ma cause, en les travaillant tous simultanément lors de nos entretiens – et ce, sans même m'être jamais retrouvée en présence physique d'un seul d'entre eux! Une de mes plus belles réussites, en vérité...
–- Pfffh...!
soupira le lieutenant N7 Damon da Costa. Je viens juste de me rappeler pourquoi j'ai jamais pu encadrer toutes ces foutues têtes d'œufs de psys...

Dame Qoliad et ses agents commençaient déjà à voir se dessiner la suite des événements, que Maya Brooks allait visiblement prendre grand plaisir à leur raconter en détail:

–- À partir de là, le ver était dans le fruit: la partie était déjà plus qu'à moitié gagnée. Mes nouveaux adeptes ont d'abord commencé par tâter le terrain du côté de leurs collègues scientifiques; puis ils se sont attelés à répandre pas à pas le venin que je leur avais moi-même instillé, auprès des cadres et des gardiens qu'ils recevaient régulièrement en consultation. Ce fut en fait moins difficile que je ne l'aurais cru. Les personnels postés à long terme sur ce genre de colonie pénitentiaire reculée sont généralement loin d'être l'élite de l'Alliance: cette affectation est une voie de garage, ils le savent et le vivent souvent mal. La promiscuité, l'ennui, la démotivation et l'aigreur les ouvrent aux influences les plus radicales. Il n'aura pas fallu très longtemps pour que l'ensemble de l'aile administrative finisse par se rallier à mes vues...
Dans le même temps, l'équipe médicale avait validé ma levée d'isolement, et m'avait obtenu le droit de circuler dans l'ensemble de l'aire de réclusion, sous la protection rapprochée des mécas. J'ai ainsi pu aller prêcher ma cause auprès des autres prisonniers, et eux aussi, les rallier progressivement à mes idéaux...
–- Ils auraient pourtant eu toutes les raisons de préférer vous faire la peau
, fit remarquer Guerdan. Après tout, vous aviez trahi Cerberus par le passé...
–- Certes; mais je suis toujours demeurée une ardente partisane de l'ascension et de la primauté de l'espèce humaine
, se rengorgea fièrement l'irréductible activiste. J'ai donc mis en avant l'influence que j'avais acquise auprès de nos gardiens; j'ai fait miroiter à ces soldats perdus la possibilité de servir à nouveau leur cause – notre cause! –; je leur ai offert le moyen de reprendre la guerre qu'ils avaient perdue, et de la gagner cette fois-ci; je leur ai fait toucher du doigt un avenir auquel ils ne pouvaient plus que rêver... Et c'est ainsi que contre toute attente, conclut Brooks avec emphase, en unissant dans un but commun gardiens et détenus, je suis parvenue à faire de ce lieu d'oubli et de désespoir la base de départ de la nouvelle armée secrète de l'Humanité triomphante... À coup sûr la base d'opérations la plus insoupçonnable qui soit!

Les agents échangèrent discrètement quelques regards consternés sur les dernières phrases du récit exalté de leur geôlière, révélatrices d'une mégalomanie manifeste. Tous semblaient partager, à peu de choses près bien qu'en des termes différents, la même pensée qui germait à ce moment-là, par exemple, sous le crâne humain de Damon da Costa:

–- Cette salope-là est peut-être bien une criminelle de génie; mais elle a clairement aussi un sacré pète au casque! C'est sûr, vingt ans d'environnement carcéral dans le trou du cul de la galaxie ne font de bien à personne... Mais sur une fanatique de ce calibre, ce régime-là a carrément dû fusiller un sérieux paquet de neurones!...

Guerdan prit néanmoins le parti de faire fi de ses propres doutes quant à la santé mentale de son interlocutrice, et de poursuivre son interrogatoire afin d'en apprendre le plus possible sur le mode de pensée et d'action de celle qui, après tout, tenait pour l'heure entre ses mains son sort, ainsi que celui de ses agents:

–- Vous savez que vous commencez réellement à me fasciner, Brooks? Comment êtes-vous parvenue à maintenir si longtemps le secret sur vos opérations? Durant toutes ces années, il a bien dû y avoir des rotations parmi le personnel de la prison, non?
–- Cela va de soi, Dame Qoliad. Mais comme à mon habitude
, se targua l'Humaine avec fierté, j'ai réussi à convertir en avantage ce qui au départ pouvait sembler représenter un danger. Ainsi, lors de chaque relève – tout comme lors des rares inspections de l'Alliance, d'ailleurs –, la population locale recommençait pour un temps à jouer la comédie du pénitencier: les gardiens d'un côté, les détenus de l'autre. La même farce que nous venons de vous jouer, en fait... Les nouveaux arrivants étaient progressivement sondés sur leurs opinions, influencés par l'ambiance générale, puis s'ils se révélaient perméables, intégrés à notre projet; j'ai même fini par développer un protocole très efficace en ce sens! Les quelques rares éléments non assimilables ont été, hum... victimes d'accidents regrettables, comme il y en a hélas parfois en milieu orbital. Et pour gagner sur tous les tableaux, les personnels de l'Alliance rapatriés vers l'espace concilien pouvaient y monter leurs propres cellules, actives ou dormantes, dans l'armée comme dans le civil: de nouvelles ramifications, prêtes à soutenir mon organisation occulte à leur niveau local.
Certes, je suis encore loin d'avoir réuni les mêmes moyens que l'Homme Trouble à son apogée. Dans un premier temps, il m'aura fallu de longues années de patience pour parvenir à développer depuis ce trou à rats une solide assise financière pour mes opérations, d'abord par piratages de comptes discrets, puis par montages d'identités fictives, prises de participations dans diverses sociétés honorables, etc... Mais dans le même temps, j'ai su me constituer toutes les bases de données, services d'informateurs, et réseaux d'influences dont j'avais besoin. Progressivement, j'ai pris la haute main sur à peu près toutes les organisations suprémacistes humaines de la galaxie dont j'aie pu avoir connaissance, en manipulant les unes, en en finançant d'autres, voire en en mettant certaines sur pied, sans jamais avoir eu à m'avancer moi-même hors de l'ombre... Je suis même parvenue à assembler dans les Systèmes Terminus une petite flotte militaire, prête à l'emploi, sous divers prête-noms de sociétés mercenaires!


Brooks quitta alors sa confortable position au fond de son siège pour se rapprocher de l'écran, en prenant grand soin de placer son visage assez haut pour que son regard en contre-plongée donne l'impression de s'abaisser sur ses prisonniers:

–- Mais tout a une fin, Dame Qoliad; et toute fin est un nouveau commencement... Je suis à présent en mesure de passer à une échelle d'activités supérieure, et il me faudra pour cela me relocaliser, et laisser Alcastarz derrière moi. Mes nouvelles bases d'opérations sont déjà prêtes... Mais avant cela, j'ai eu l'idée de me servir de cette maudite prison une toute dernière fois, comme appât, en vue de préparer l'action la plus spectaculaire que j'aie jamais orchestrée. Croyez-moi, je parle là de quelque chose en mesure de secouer toute cette galaxie assoupie dans l'illusion de sa propre sécurité! Seuls deux éléments manquaient à mon plan: un vaisseau militaire du Ministère de la Défense Concilien, avec son transpondeur authentique, ainsi que l'agent Spectre à son bord, avec ses codes et ses données biométriques. Et vous venez juste de me fournir ces deux ingrédients...

Cependant que Brooks plastronnait, Guerdan s'abstint d'intervenir: l'Asari continuait de fixer sans un mot son interlocutrice d'un regard glacial, propre à lui montrer à quel point elle se laissait peu intimider par sa mise en scène grandiloquente. L'Humaine en combinaison rouge poursuivit donc sans interruption son monologue et l'exposé de ses plans, d'une voix pleine d'autosatisfaction:

–- Je savais que la conseillère asari ne resterait pas indifférente à l'éventualité d'une résurgence du mouvement de Demoiselles de Lusia, et qu'elle ferait intervenir une équipe spéciale du Conseil. Par le passé, je m'étais déjà servie à deux ou trois reprises du petit groupe d'extrémistes asari, à leur insu pour mes propres buts, déjà par l'intermédiaire de Bathyll Rakhtar. Il était justement temps pour moi de couper définitivement les ponts avec ces pauvres idiotes; Rakhtar s'en est très bien sortie sur ce coup-là, une fois encore. En revanche, elle avait spécialement reçu ordre d'épargner votre vie sur Lusia, Spectre: comme je vous l'ai dit, vous étiez indispensable à la poursuite de mes plans. C'est sur mes instructions également que Rakhtar m'a jointe ici, par liaison directe: une communication traçable, protégée par un code 'secret' dont je savais pertinemment que les services de la Citadelle possédaient déjà la clé de décryptage, et qui associerait dans leur esprit cette transmission à une nouvelle menace de Cerberus. Il m'a semblé évident que le Conseil n'enverrait dans ce secteur agité qu'un vaisseau léger, discret, et une petite équipe dirigée par un agent Spectre, de préférence à une grosse force militaire. Et de fait, vous voilà, Dame Qoliad, juste là où j'avais prévu de vous mener...
–- Quelque chose m'intrigue tout de même
, observa Guerdan. Comment la suprémaciste humaine, l'idéaliste dévoyée que vous êtes, a-t-elle fait pour s'assurer la loyauté d'une mercenaire drelle, d'une sociopathe amorale telle que Bathyll Rakhtar?! Pour moi, ça ressemble au mariage du pyjak et du varren; et ça ne finit jamais bien pour le pyjak!
–- Mmm, merci de vous inquiéter du sort du pyjak
, répondit patiemment Brooks, sans sembler prendre pour elle la pique de la Spectre asari. Pour ce qui est de Rakhtar, je la paie très bien, voilà tout... Je lui fournis le meilleur matériel, et lui assigne régulièrement des listes de cibles à éliminer de manière brutale: elle n'en demande guère plus. Elle ne m'a jamais déçue; et moi de mon côté, je n'ai jamais cherché à la trahir – ce qui, à ma connaissance, a été fatal à certains de ses anciens employeurs. C'est donc un partenariat mutuellement profitable, sur le long terme. Voyez-vous, pour atteindre mes buts, j'ai toujours su m'attacher les meilleurs, sans préjugés d'espèce. Demandez donc un peu à Shepard qui lui avait présélectionné son fameux commando-suicide anti-Récolteurs, quand vous le reverrez. Oh pardon, c'est vrai: je doute que vous le revoyiez jamais...


Maya Brooks n'a rien perdu de son talent pour le double jeu.jpg
Maya Brooks n'a rien perdu de son talent pour le double jeu.jpg (60 Kio) Consulté 97 fois

Guerdan dut prendre sur elle pour retenir la répartie cinglante qui lui montait déjà aux lèvres: elle avait encore des questions à poser, et Brooks semblait d'humeur à y répondre; inutile de la fâcher trop tôt. La question suivante était cependant d'ordre assez personnel pour la Spectre asari comme pour son équipe, et elle ne put s'empêcher de la formuler sur le ton d'un grondement menaçant:

–- Plus tôt, vous avez parlé de financements en sous-main au bénéfice d'autres organisations suprémacistes humaines... Anthropy, Kader Erbil, c'était vous aussi?! (1)
–- En effet. Anthropy faisait partie de... disons des "franchises" que je soutenais matériellement. Quant à Erbil, je l'avais d'emblée considéré comme un élément prometteur, tout à fait ce que je recherchais: un ex-officier des renseignements de l'Alliance, mais un vrai patriote ultra-humaniste, qui se méfiait de tous nos chers alliés à trois doigts qui prétendent ne vouloir que notre bien; aussi doué qu'aigri: un mélange généralement très productif! Oui, c'est bien moi qui lui ai mis le pied à l'étrier, moi qui lui ai permis de développer son organisation, et qui l'ai orienté vers la déstabilisation à grande échelle...
Au final, Anthropy aura dépassé toutes mes espérances: un beau retour sur investissement – avant que vous ne mettiez un terme définitif à son expansion. Ç'aura été une bonne chose pour moi, que vous n'ayez pas jugé utile de prendre Erbil vivant. Oh, il n'aurait sans doute pas parlé; mais les Asari ont des moyens si déloyaux de sonder l'esprit de quelqu'un, par cet acte répugnant qu'elles appellent une fusion mentale... Même si nous savons toutes deux, Dame Qoliad, que vous-même ne sauriez pratiquer ce genre de fusion sans causer de très graves dommages neurologiques à votre malheureux "partenaire"... N'est-ce pas?


La criminelle laissa passer un court moment, scrutant avec un intérêt visible les réactions de ses interlocuteurs, avant de laisser transparaître une légère déception sur son visage:

–- Oh? Alors il semblerait que votre équipe soit déjà au courant de votre sale petit secret d'Asari, Spectre? Ainsi également que la probatrice ici présente – T'Ribas, c'est bien ça? Je dois admettre que c'est assez inattendu... Mais cela ne changera rien à ce qui va suivre...

Maya Brooks passa furtivement sa langue sur ses lèvres, se délectant de l'appréhension qu'elle pouvait lire sur les traits de Dame Qoliad et de ses agents derrière elle, avant de reprendre d'un ton suave:

–- Ah, ma chère, très chère Guerdan... – Vous permettez que je vous appelle Guerdan? – Je m'en veux tellement de devoir vous parler de cela maintenant, alors qu'il avait l'air de commencer à se passer quelque chose entre nous... Mais bon allez, tant pis, je me lance! Eh bien tandis que nous conversions aimablement, et que je captais toute votre attention, les troupes armées à ma disposition lançaient l'abordage contre votre frégate bloquée à quai par mes soins. Tout devrait se passer très vite: l'assaut est mené par... disons, par ma directrice des opérations; et à ce jour, elle s'est toujours montrée d'une efficacité mortelle...

Le visage satisfait de Maya Brooks avait disparu de l'écran, pour être remplacé par les images mobiles des caméras de surveillance placées sur le quai de la baie d'amarrage où était ancré le SSV Citadel. Les armures bleu nuit des fantassins humains qui progressaient en file indienne le long du quai les désignaient comme les gardiens de la prison d'Alcastarz. La seule assaillante qui ne portât pas le même uniforme était revêtue d'une armure de couleur prune que Guerdan ne connaissait que trop bien... Une Drelle à visage découvert...

–- Je suppose que vous reconnaissez ma très chère alliée Rakhtar? reprit la voix off de Maya Brooks. En fait, elle m'avait déjà rejointe bien avant votre arrivée, via un petit relais secondaire dissimulé ici même, au cœur de la ceinture d'astéroïdes du système Alcas, et que nous ne réactivons qu'occasionnellement en fonction de nos besoins. Un autre des nombreux petits secrets de Cerberus que nous avons pris soin de ne jamais révéler à l'Alliance...

Dame Qoliad et ses agents serrèrent les poings, impuissants, en regardant à l'écran les troupes d'assaut s'aligner le long de la passerelle d'accès au sas d'entrée du Citadel, sous la direction de la mercenaire drelle. Une fois le volet du sas forcé, la redoutable tueuse biotique laissa d'abord pénétrer quelques Humains – pour éponger les premières pertes au combat –, avant de se jeter elle-même avec enthousiasme dans la mêlée. La vue caméra demeurait bloquée sur le quai et sur l'extérieur de la frégate, mais l'enregistrement retransmettait le son étouffé de tirs nourris et d'explosions en provenance de l'intérieur du vaisseau; quelques hurlements de douleur ou de panique furent également perceptibles. Ce spectacle atroce s'interrompit lorsque Maya Brooks reparut à l'écran, rayonnante de triomphe et clairement satisfaite de son petit effet:

–- Je doute que vous appréciiez ce moment autant que moi; mais comprenez bien que je me devais de vous le faire partager. En ce qui concerne la suite des événements, eh bien... Même si la capture se passe sans trop de problèmes – ce qui est le cas d'après les dernières infos que je reçois, ajouta-t-elle en souriant tandis qu'elle portait deux doigts à son communicateur d'oreille –, j'ai bien peur qu'il ne me faille encore par la suite réduire drastiquement les effectifs de votre équipage. Il est toujours dommage de devoir se séparer d'un personnel humain de si grande valeur; mais c'est hélas indispensable pour la suite des opérations que je planifie... Je laisserai Rakhtar se charger elle-même de ces détails d'intendance: je suis sûre qu'elle appréciera l'intention!
–- Hésap
! murmura Andrak Atkoso'dan, fou d'angoisse en songeant au péril qui menaçait son amie le docteur Avidar.
–- Pourriture de terroriste! cracha Guerdan. Vermine sans nom! Cette fois, la mort elle-même ne m'empêchera pas de venir te régler ton compte!

Pas impressionnée le moins du monde, Brooks adressa à ses prisonniers son plus aimable sourire, balançant son index de droite à gauche tout en usant d'une voix doucereuse particulièrement agaçante:

–- Oh, mais vous, mais vous n'allez pas mourir, Dame Qoliad. Non-non-non-non... J'ai bien d'autres plans pour vous, qui impliquent de vous maintenir en vie. Vous allez adorer quand je vous raconterai ce que...

La communication s'interrompit brutalement lorsque Guerdan, toujours assise, tira en un éclair son pistolet Prédateur de sa taille, et logea en l'espace d'une seconde une demi-douzaine de projectiles dans l'écran qui lui faisait face. L'arme toujours pointée en avant, elle gronda sourdement à l'intention de son ennemie, sachant que celle-ci pouvait sans doute encore l'entendre si d'autres dispositifs de surveillance avaient été placés dans la pièce:

–- Tu ne me raconteras rien du tout, saloperie!... C'est moi qui t'arracherai tous tes secrets, un par un, quand tu m'auras assez longuement suppliée de te laisser parler...

Presque aussitôt, Sudaj Lenks commença à ressentir un léger vertige, et à éprouver des difficultés à respirer. Constatant la défaillance de son camarade galarien, Andrak consulta rapidement l'application d'analyse environnementale de son Omnitech, clamant presque aussitôt au travers du local de confinement:

–- Mettez vos respirateurs, vite! Ils sont en train de réduire le niveau d'oxygène dans la pièce! Juste de quoi nous faire perdre connaissance, sans nous tuer. Je crois que cette Brooks vous veut vraiment vivante, Dame Qoliad...

Andrak et Damon déployèrent aussitôt sur leurs crânes les casques rétractables de leurs armures, les complétant de leurs visières et respirateurs en sorte d'en assurer l'étanchéité. Lenks fit de même en frappant deux touches sur la base de son cou, matérialisant ainsi un casque holographique intégral qui enveloppa sa longue tête à cornes. Extérieurement, ce cocon d'énergie parfaitement isolant semblait constitué d'un maillage hexagonal de lumière dorée, assorti aux nombreuses plaques de renfort scintillantes qui couvraient déjà le torse et les membres de l'armure technique de l'ingénieur galarien. Il s'agissait là de l'un des tout derniers modèles expérimentaux du GSI, que cet ancien agent d'élite était parvenu à se procurer grâce à ses vieux contacts au sein de ce service. Quant aux Asari, leur physiologie leur permettait de se limiter à un masque respiratoire partiel, une simple membrane translucide ne couvrant que le nez et la bouche, que Feylin Adamas et la probatrice Sialan T'Rribas s'empressèrent de chausser.

Tous ces dispositifs pressurisables étaient censés permettre à leurs porteurs de respirer confortablement, même en l'absence totale d'atmosphère. Mais leur autonomie n'étaient toutefois pas illimitée... Tôt ou tard, les agents du Conseil finiraient par suffoquer, puis par sombrer dans l'inconscience. Et alors, la victoire de Maya Brooks serait totale.

Seule Guerdan n'avait pas ajusté son appareil respiratoire. Alors que tous dans la pièce s'agitaient de manière plus ou moins confuse, la Spectre était demeurée assise avec une passivité étrangement inquiétante, pistolet toujours en main tandis qu'elle continuait à fixer les restes crépitants d'étincelles de l'écran large devant elle. Avec une lenteur calculée, elle finit pourtant par rengainer son arme, avant de se lever en repoussant son siège, commençant à gronder avec une rage croissante:

–- Non... Ça ne se terminera pas comme ça... Ça ne se terminera pas comme ça!...

Guerdan se tourna alors vers le volet blindé, ne prenant le temps que d'un bref signe des mains pour en écarter ses agents, avant que des brumes d'énergie noire ne commencent à jaillir de ses épaules et de ses bras. Ce qui suivit... fut un spectacle qu'aucun des témoins présents n'oublierait jamais, une manifestation de puissance biotique telle que nul ici n'en avait jamais vue, même chez les combattantes asari les plus légendaires. En moins de trois secondes, le bouillonnement d'ondes bleutées recouvrit l'ensemble du corps de la Spectre, s'amplifiant brusquement en intensité jusqu'à devenir brasier, une flamme verticale qui enveloppa bientôt toute sa silhouette. Poussière et meubles légers s'élevèrent brutalement dans les airs, avant de commencer à danser la sarabande dans toute la pièce. Dame Qoliad semblait à présent changée en une véritable torche vivante, nimbant d'une violente lumière bleue les murs de la chambre forte tout comme les visages sidérés de ses compagnons. Et au milieu de cet holocauste, l'Asari se mit à rugir d'une voix de tonnerre:

–- ÇA NE SE TERMINERA PAS COMME ÇA !!!


Dechainement de puissance biotique en cours !.jpg
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Même la probatrice T'Ribas, impressionnée, recula prudemment de quelques pas en invitant les agents à en faire de même. Dans un premier temps, rien ne sembla se passer au niveau du volet blindé auquel Guerdan faisait face. Puis progressivement, un rai de lumière bleutée sembla sourdre du centre de la paroi métallique; puis plusieurs autres encore tout autour, finissant par s'unir en un dôme incandescent, un véritable soleil bleu en expansion lente mais continue, dont le flamboiement aveuglant continuait irrésistiblement de ronger micromètre par micromètre la matière pourtant inaltérable de ce blindage. Par contraste, le cœur même de cet astre miniature, que l'on pouvait commencer à discerner au travers du métal fragilisé, semblait rejeter toute lumière autour de lui.

Cet incroyable retournement de situation ne pouvait avoir qu'une seule explication: Guerdan était parvenue à réaliser l'exploit de créer une microsingularité au cœur même de la plaque d'acier! La Spectre asari aux ressources insoupçonnées venait de concentrer, en un point focal d'une taille inframoléculaire, un différentiel de gravité d'une amplitude incommensurable, sans commune mesure avec ce que peuvent générer d'ordinaire même les biotiques les plus puissants. Les forces mise en œuvre par ce phénomène inédit développaient ainsi une puissance d'attraction proprement inimaginable, à même de disjoindre l'intrication quantique qui unissait entre elles chacune des microparticules de cette paroi inviolable. D'abord l'une après l'autre, puis par pans entiers, celles-ci disparaissaient à un rythme frénétique au cœur de cet infime trou noir. Et tandis que le pouvoir de Guerdan ravageait méthodiquement ce qui avait été l'une des avancées technologiques les plus abouties de Cerberus, la flamme vivante qui enveloppait le corps de la Spectre biotique, ainsi que les soubresauts du terrifiant maelström d'énergie brute qu'elle avait enfanté, continuaient à projeter sur les murs de la pièce teintée de bleu les ombres mouvantes et fantomatiques des silhouettes des spectateurs médusés.

–- Par la Déesse! murmura Sialan T'Ribas, fascinée par ce déchaînement de puissance absolue.

Même si aucun mot ne parvenait à franchir ses lèvres tétanisées, la même exclamation de stupeur asari tournait peut-être bien en boucle sous le crâne bleu de Feylin Adamas, littéralement pétrifiée devant ce spectacle hallucinant. Quant à Damon da Costa, qui se tenait alors au côté de Sudaj Lenks, lui aussi fixait la scène dans un état second, les yeux hagards. Tout juste l'Humain parvint-il à bredouiller:

–- Bordel... C'est... C'est...!
–- ...dingue?
compléta le Galarien d'une voix impassible. Oui, j'allais le dire.

En moins de trente secondes d'une intense concentration, Guerdan eut bientôt dégagé un passage circulaire d'un diamètre suffisant pour que chacun puisse s'y glisser – sauf sans doute Andrak, pour lequel il faudrait manœuvrer la porte une fois de l'autre côté. Le monstrueux globe irradiant commença alors à se résorber, avant de disparaître d'un seul coup, en balayant le local d'une violente onde de choc qui projeta les agents au sol, et qui envoya les meubles et objets en suspension se fracasser contre les murs. De ce phénomène dantesque, qui l'instant d'avant semblait capable de replier tout le volume de la pièce dans l'espace-temps, ne subsistaient plus que quelques éclairs bleutés grésillant encore sur les bords de l'ouverture béante pratiquée dans le blindage. C'est d'un seul coup également que s'éteignit le brasier qui semblait consumer Dame Qoliad: seules quelques flammèches bleues persistèrent très brièvement à danser sur ses épaules. La Spectre vacilla un instant sur ses chevilles, avant de s'effondrer sur place comme une marionnette dont on aurait coupé les fils, et de demeurer au sol sans connaissance.

–- Guerdan !!

Écartant vivement Sudaj Lenks, pourtant l'infirmier attitré de l'équipe, Feylin Adamas se précipita au chevet de son aînée, se laissant glisser sur un genou pour venir se placer à hauteur du corps étendu à même le sol. Paniquée, l'Asari se mit à rechercher de manière éperdue un pouls, une respiration, une réaction des pupilles qu'elle ne parvint pas à trouver. En se penchant, elle finit pourtant par percevoir un très faible gémissement en provenance des lèvres serrées de sa congénère inerte:

–- J'espère qu'il te reste encore du 'Loukoum de Serrice'... Je crois que je suis complètement vidée...

La jeune chasseresse soupira d'aise, avant de tourner un visage rayonnant vers ses compagnons afin de les rassurer; les mots lui faisant défaut, elle ne put que pointer en l'air un pouce tremblant d'émotion, souligné d'un large sourire. Un concert de rires nerveux mais soulagés accueillit le retour à la vie de l'increvable Spectre asari. Feylin tira de son ceinturon une barre énergétique, qu'elle glissa entre les lèvres de Guerdan encore grelottante d'épuisement. Les nutriments solubles firent rapidement effet, et la Spectre commença à mastiquer avec un appétit croissant. Elle finit par se relever avec l'aide de Feylin et Andrak, encore peu assurée sur ses jambes dans un premier temps. La probatrice T'Ribas fit boire à son ancienne élève le contenu d'un petit tube empli d'un liquide violacé, qui acheva visiblement de la revigorer.

Pendant ce temps, Lenks fut le premier à passer la tête au travers de la brèche circulaire ouverte par Guerdan, après que Damon eût consulté son scanner de poignet, et l'ait assuré de l'absence de toute menace l'attendant dehors. Le Galarien acheva bien vite d'extraire toute la longueur de sa carcasse filiforme, se rétablissant sur ses pieds au milieu du couloir par lequel l'équipe était arrivée dans ce traquenard. Une fois à l'extérieur, ce fut un jeu d'enfant pour l'ingénieur émérite que de trouver un point de connexion accessible, proche de la porte, puis de le pirater depuis son Omnitech. Les dommages critiques subis par le volet blindé empêchèrent ses panneaux de se rétracter en totalité, mais l'ensemble des agents emprisonnées put néanmoins quitter la sinistre chambre forte de Cerberus. Marchant en tête, Guerdan semblait avoir pleinement recouvré son équilibre et ses facultés.

À peine sorti, Damon se hâta de déplier son fusil de précision, puis de se poster genou à terre tout contre un des murs de métal noir de la galerie, tenant en joue l'angle du couloir situé devant lui:

–- 'Faudrait voir à pas trop traîner par ici! lança-t-il sans dévier sa visée. Dès qu'ils donneront l'alerte, il ne faudra pas plus longtemps pour qu'il nous converge du brutal droit sur le dos...» Les échos d'une alarme sonore lointaine retentirent à ce moment sous le plafond bas des galeries obscures, arrachant un soupir fataliste au Sniper humain: «...Et voilà, qu'est-ce que je disais?...

Guerdan glissa vivement deux doigts entre ses lèvres et émit un sifflement suraigu, bref mais violent: un signal de ralliement propre aux soldats de métier de l'Alliance, que la Spectre asari avait fini par adopter après avoir souvent vu Damon l'exécuter. Une fois ses troupes rassemblées autour d'elle, Dame Qoliad exposa son plan de bataille de manière rapide et concise:

–- Feylin, Damon, Andrak et Lenks: tous les quatre, vous allez remonter vers la baie d'amarrage en empruntant une autre voie que celle par laquelle on est arrivés; et là, vous tâcherez de reprendre possession du Citadel, et de sécuriser la position! Piratez ce que vous pourrez pour demeurer invisibles jusqu'au moment de frapper. Si vous pouvez dézinguer la Drelle au passage, c'est tout bonus; mais gaffe: c'est une vicieuse! Une fois à bord, utilisez l'ansible pour prévenir la Citadelle de ce qui se passe réellement ici, et pour demander l'envoi d'une flotte de secours de l'Alliance: le brouillage de la station ne pourra pas bloquer cette transmission. Feylin, tu prendras la tête du groupe; je te transfère mes codes prioritaires de Spectre, pour obtenir une liaison directe avec le Conseil...

La jeune Asari vérifia brièvement la réception des codes sur son Omnitech, avant de demander d'une voix légèrement inquiète:

–- Et toi-même, où seras-tu? Et la probatrice T'Ribas?

Guerdan échangea un regard complice avec la probatrice à côté d'elle, avant de poursuivre avec un sourire troublant:

–- De notre côté, ma vieille Sialan et moi, on va aller semer le boxon comme à la grande époque! On tentera d'aller choper Brooks par la voie directe, en faisant en sorte de rabattre un maximum de ces salopards sur nous pour vous dégager la route...» La Spectre balafrée passa alors son bras autour de l'épaule de la vénérable probatrice, un peu surprise de la familiarité du geste: «...Croyez-moi, si cette foutue donneuse de leçons, toute coincée du cul qu'elle est maintenant, vaut encore seulement la moitié de ce qu'elle a été quand je l'ai connue chasseresse, on va répandre la panique comme une pluie d'aiguilles dans une réunion de Volus – soit dit sans offense pour les Volus, bien sûr... Bon, tout est clair pour vous?

Un murmure d'assentiment général parcourut le petit groupe. Satisfaite, Guerdan arma son fusil Sabre dans un claquement sec, avant de lâcher d'un ton résolu son ultime mot d'ordre:

–- Personne ne me vole mon vaisseau!


[...]


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(1) Anthropy était l'organisation affrontée par notre équipe lors de la saison précédente: Unité N°1: A Mass Effect Story

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 2

Messagepar Dr Sordin Molus » sam. 26 oct. 2019 16:19

  • Épisode 11: Retour de flamme


    Secteur du Nexus d'Hadès – Système Alcas – Orbite du planétoïde Alcas Minor –
    Station d'Alcastarz, colonie pénitentiaire de haute sécurité de l'Alliance –
    Couloirs d'entretien vers la baie d'amarrage principale


-– Bon sang, Feylin! grogna Damon en abaissant son pistolet lourd devenu inutile. Tu sais que j'aurais très bien pu me charger de ces deux-là sans aucun problème...
-– Je n'en doute pas
, répondit joyeusement l'Asari en battant l'une contre l'autre ses paumes encore frissonnantes d'énergie noire. Mais là vois-tu, j'avais vraiment trop besoin de me défouler un peu!

Deux mécas FENRIS, bien mal inspirés, venaient de tenter de charger le quatuor d'agents fugitifs au détour d'un couloir. Il n'en restait plus à présent que deux épaves grésillantes, après que Feylin eut déchargé toute la colère et la frustration accumulées au cours de cette dernière heure, sous la forme d'une violente onde biotique qui avait balayé toute la longueur de la galerie. Tandis que Damon passait à la hauteur des restes fumants des deux quadrupèdes cybernétiques retournés sur le dos, le natif terrien qu'il était nota avec amusement que l'un d'entre eux persistait à gratter stupidement l'air au-dessus de lui d'une de ses pattes avant, ainsi que l'aurait fait l'un des canidés de son monde d'origine en signe de soumission.

-– Il y a pas moins de deux cents mécas LOKI sur cette station, murmura Andrak tandis qu'il passait à son tour à côté des deux épaves de FENRIS. On n'a pas fini de voir débouler de la ferraille humanoïde! Et je ne parle même pas des mécas YMIR, que je n'ai aucune envie d'affronter dans des galeries aussi étroites...

Le petit groupe reprit sa marche oppressante au travers de ces corridors obscurs. Le lieutenant-major Damon da Costa avançait en tête à pas mesurés, Carnifex au poing et détecteur de présence en alerte, avec Sudaj Lenks sur ses talons. L'ingénieur galarien, quant à lui, consacrait exclusivement ses scans réguliers au repérage de certaines interférences, typiquement révélatrices de la proximité de dispositifs de surveillance – dispositifs qu'il s'attachait alors consciencieusement à leurrer l'un après l'autre, avant que le groupe ne puisse progresser à nouveau. Feylin Adamas suivait le mouvement, sans arme en mains, mais prête à déchaîner à nouveau sa puissance biotique à la demande, tandis qu'Andrak Atkoso'dan, le grand chasseur de primes butarien, fermait la procession en veillant sur leurs arrières. À un moment donné, la jeune Asari se porta à la hauteur de son ami humain pour lui murmurer:

-– Hé, Damon! Tu as pu entendre ce que Guerdan m'a répondu, quand je lui ai donné mon avis sur sa mission de diversion avec Sialan T'Ribas, sur le risque insensé de tenter rien qu'à elles deux d'attirer toutes les forces armées d'Alcastarz droit sur elles?

Le soldat de l'Alliance répondit à voix toute aussi basse à Feylin, tandis qu'il vérifiait un angle du couloir:

-– Ouaip. Texto, elle t'a sorti: «Quoi, une probatrice et une Spectre asari contre toute une armée de crevards de chez Cerberus? T'as raison, va, c'est clairement pas un combat à armes égales: ces pauvres bâtards n'ont pas l'ombre d'une chance!» Pas à dire, Ardat-machin ou pas, c'est bien toujours la même sacrée vieille collectionneuse de scalps!...


Vers la baie d'amarrage du penitencier, par des couloirs à l'abandon.jpg
Vers la baie d'amarrage du penitencier, par des couloirs à l'abandon.jpg (193.08 Kio) Consulté 31 fois

La Spectre et la probatrice semblaient effectivement tenir leurs promesses et rameuter toutes les forces vives du pénitencier vers elles, car l'équipe ne croisa la route d'aucun autre parti adverse après la rencontre avec les deux mécas FENRIS. Aux abords d'une nouvelle section de galeries, Damon adressa un signe convenu à ses compagnons derrière lui: Andrak prit à son tour la tête de la formation, avec son fusil Chasseur pointé droit devant lui. Profitant de la courte pause, l'Humain reprit ses échanges de vues avec Feylin, sans que le volume de sa voix s'élevât au-dessus d'un murmure:

-– Au fait, explique-moi un peu: c'était quoi, ce truc qu'on a vu tout à l'heure avec Guerdan, la porte blindée, tout ça...? J'avais déjà vu des Asari user de pouvoirs biotiques sacrément balèzes, mais là...! C'était juste dément!

L'Humain ne put voir le rictus de la jeune chasseresse derrière lui lorsqu'elle lui répondit: le sujet des Ardat-Yakshi la mettait toujours terriblement mal à l'aise.

-– On dit... Hum, on dit que les Ardat-Yakshi deviennent plus puissantes à chaque rapport fusionnel où elles dévorent la vie de leur partenaire. D'où leur addiction, d'ailleurs... Alors tu imagines Guerdan, avec ses 600 ans! Ceci dit, je ne l'avais encore jamais vue faire montre d'un tel pouvoir; je suppose qu'elle devait se restreindre en notre présence, depuis qu'elle a été mise à la tête d'une unité spéciale. Mais je comprends mieux maintenant certains des succès qui ont fondé sa légende, lors de missions réputées impossibles qu'elle avait remplies en tant que Spectre solo... De celles où il ne restait aucun témoin en vie pour raconter comment tout s'était déroulé...
-– Jeeeeuh vois
, acquiesça Damon d'un ton peu convaincant. Bon, ben... C'est une bonne chose qu'elle soit de notre côté, alors!...

Le groupe aborda bientôt une nouvelle portion de galeries, un peu plus larges. Sudaj Lenks y avisa tout à coup un petit poste de contrôle vitré, enchâssé dans la paroi, et tout aussi désert que les couloirs que les agents venaient de parcourir. Semblant faire fi de toute précaution, l'ingénieur galarien quitta aussitôt son poste dans le groupe pour s'avancer d'un pas rapide en direction du réduit, sous les regards stupéfaits de ses compagnons:

-– Aaaah... Voilà juste ce que je cherchais...!

Un bref passage de son Omnitech devant la petite porte coulissante suffit pour lui donner accès au local de sécurité. Tandis que les trois autres agents se rapprochaient – avec davantage de prudence que n'en avait montré Lenks! –, ce dernier activait l'interface holographique de la console de service. Après quelques recherches rapides, son visage s'éclaira, et son débit vocal s'accéléra très nettement, signe habituel chez lui d'une grande excitation intellectuelle:

-– Parfait: console possède accès au réseau général de la station. Permet mise à jour en temps réel des systèmes de sécurité, si nouvelles instructions reconnues recevables et conformes aux protocoles permanents. Concerne toutes les IV de la station, mécas aussi...
-– Oui, bon, et alors?
intervint nerveusement Feylin.

La jeune Asari paraissait aussi mal à l'aise avec l'ambiance sinistre de ces corridors froids et obscurs, qu'avec la menace insidieuse des puissantes forces ennemies qui continuait à peser tout autour d'eux. À l'inverse, Lenks, lui, semblait presque extatique lorsqu'il reprit le cours de ses pensées à voix haute:

-– Vous avez noté faible diversité des fournisseurs matériels militaires sous IV en dotation dans cette prison de l'Alliance? Mécas LOKI: fantassins de base fabriqués par Corporation Hahne-Kedar! Mécas FENRIS et drones légers: Hahne-Kedar! Même gros mécas YMIR: Hahne-Kedar aussi!
-– Par pitié, Sauterelle!
gémit presque Damon. Où tout cela nous mène-t-il?!

Il y avait vraiment des moments où le vétéran N7 aurait encore préféré endurer un récital de poésie hanari déclamée par des duettistes elcors, plutôt que l'un de ces interminables monologues hermétiques si chers à l'ingénieur galarien... Celui-ci passa outre à l'interruption impatiente de son camarade humain, poursuivant avec enthousiasme:

-– Voici vingt ans, une chaîne de montage de mécas militaires de Corporation Hahne-Kedar sur monde de Capek, Nébuleuse du Titan, a subi contamination par virus rendant IV instables, paranoïaques, meurtrières. Totalité des personnels organiques de l'usine massacrée par mécas. Lourdes pertes collatérales ailleurs, du fait dissémination des IV infectées sur station de recherches Jarrahe, cargo MSV Corsica, et j'en passe... Gros scandale à l'époque! Depuis, Hahne-Kedar a installé en série système d'autodestruction par détonation sur ses modèles, activable par téléchargement d'instructions codées. Fonctionnalité tenue secrète, bien sûr. Or, – Hi-hi-hi! – je dispose justement ici des encodages confidentiels de commande déclenchement autodestruction! Trouvés dans les serveurs "sécurisés" [Lenks matérialisa visuellement les guillemets à l'aide des longs doigts de ses deux mains] du siège même de Corporation Hahne-Kedar, sur Elysium. Ancienne mission d'infiltration pour GSI, que je vous raconterai peut-être un autre jour... Ou pas!

Le Galarien gloussait encore tandis qu'il pianotait à une vitesse hallucinante sur le clavier virtuel disposé devant lui. Il passa une nouvelle fois son Omnitech au-dessus de la console, pressa une dernière touche holographique sur son poignet, avant de se retourner vers les autres agents avec un sourire satisfait, son index filiforme dressé dans les airs:

-– Bien. Entré... confirmé... envoyé... Eeeeet...!

Un fracas inquiétant s'éleva brusquement au loin, un grondement continu qui se répercuta et remonta toute la longueur des couloirs de la station jusqu'à nos agents. À mesure que ce roulement de tonnerre enflait et se rapprochait d'eux, ceux-ci purent commencer à le décomposer en une multitude d'explosions distinctes. Quelques hurlements, brefs mais stridents, percèrent également par-dessus ce tumulte d'apocalypse. Lorsqu'enfin la terrifiante onde sonore fut passée, on n'entendit plus résonner dans les couloirs que les cris de douleur distants d'un blessé, et les appels de détresse paniqués d'un autre Humain, peut-être aux côtés du premier. Sudaj Lenks rayonnait de triomphe:

-– Voilà. Finis, les mécas! J'espère que nombreuses troupes ennemies se trouvaient à proximité lors des déflagrations. Hé hé! Fortes pertes en termes effectifs et cohésion nous aideraient bien à progresser...
-– Mouais
, bougonna Andrak. Moi, j'espère juste que ni Dame Qoliad, ni la probatrice T'Ribas ne se trouvaient engagées en combat rapproché contre une de ces ferrailles sur pattes, lorsque tu les as faites détoner!

Les yeux de l'ingénieur galarien s'élargirent brusquement, dans le même temps où les coins de sa bouche s'affaissèrent:

-– Oupsss...! Paramètre non pris en compte; désolé. J'espère que tu as raison...

La petite unité concilienne reprit ensuite sa progression, à présent libérée du poids de la menace de toute une armée synthétique autour d'eux. Au sortir de la galerie, les agents croisèrent les carcasses disloquées et encore fumantes d'un groupe de six mécas LOKI; puis un peu plus loin, alors qu'ils abordaient une sorte de large placette octogonale au carrefour de quatre couloirs, ils tombèrent sur les restes éparpillés aux quatre vents de ce qui avait été un méca YMIR, un véritable cuirassé terrestre à la formidable puissance de feu, dont ils auraient eu bien du mal à venir à bout sur un tel terrain. Andrak, Damon et Feylin ressentirent une brève bouffée de gratitude envers leur ami Lenks, lorsqu'ils reconnurent au sol le redoutable canon automatique de bras de la terrifiante machine de guerre bipède, auquel ils auraient dû faire face sans le génie du Galarien.

Trois corps bien abimés gisaient également parmi les débris et pièces détachées de l'YMIR: trois combattants ennemis qui avaient été pris dans le rayon de l'explosion, au moment où Lenks avait déclenché l'autodestruction des mécas. Il s'agissait là de détenus, à en juger par leurs combinaisons de plastique rouge vif. Depuis que Maya Brooks avait uni sous sa poigne gardiens et prisonniers d'Alcastarz pour en faire le socle de son armée nouvelle, il est bien évident que le cloisonnement théoriquement hermétique de la station entre aile administrative et quartier de détention n'avait plus lieu d'être. Par contre, les adversaires que les quatre agents auraient à affronter lors de la recapture du SSV Citadel, seraient probablement les soldats de métier bien équipés qu'ils avaient vus s'emparer du vaisseau, tandis qu'eux-mêmes étaient maintenus prisonniers, impuissants.

Feylin revérifia rapidement le bon fonctionnement de son communicateur: hélas, toujours pas de nouvelles de Dame Qoliad ni de la probatrice T'Ribas...

Restant sur leurs gardes, les quatre agents poursuivirent ainsi jusqu'à proximité de la grande salle de transit par laquelle ils étaient arrivés, seul point d'accès au quai où était amarré le SSV Citadel. Ils avaient toutefois pris soin, par prudence, d'y revenir par un couloir latéral secondaire, différent de la galerie principale qu'ils avaient empruntée à leur arrivée.

-– Toujours personne jusqu'à maintenant, nota Damon. Les gardiens sont probablement encore à bord du Citadel, avec l'équipage. Quant aux forces mobiles de Brooks, elles doivent être lancées sur la trace de Guerdan et Sialan. Ils n'auront sans doute laissé que quelques arrière-gardes et défenses statiques. Si on a de la chance, il ne s'agira que de simples tourelles de défense sous IV autonomes, rien d'insurmontable...
-– Et si on n'a pas de chance?
demanda Feylin en plissant le front.
-– On n'a pas de chance! confirma gravement Andrak qui venait de s'arrêter net, les yeux fixés sur son scanner de poignet.

Le diamètre impressionnant de l'unique point rouge qui occupait le centre de la salle de transit, sur l'écran que le Butarien montra à ses compagnons, ne laissait aucun doute sur la masse, et donc sur la nature de l'adversaire: tous les mécas YMIR étant désormais hors de combat, il s'agissait là de toute évidence du méca Atlas, prise de guerre sur Cerberus, qui figurait très officiellement sur les états du matériel de la station. Ce vieil engin piloté, dépourvu d'IV, n'était naturellement pas concerné par les mesures de sauvegarde prises par Hahne-Kedar après la Guerre, et qui venaient d'être fatales à tous les autres mécas d'Alcastarz.


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Le brouillage continu émis par Lenks permettait d'étouffer les communications ennemies, et d'empêcher le repérage précis de l'écho des agents dans l'aire qu'il couvrait. Toutefois, cette même aire d'interférences avait l'inconvénient, justement, de prévenir de la proximité d'un brouilleur d'ondes! Le pilote de l'Atlas était donc parfaitement informé de la présence de forces hostiles en approche. Heureusement, trois couloirs distincts débouchaient dans la salle de transit, et le brouillage de Lenks empêchait l'ennemi de présumer duquel des trois allaient bien pouvoir déboucher les intrus..

-– Il va falloir aller l'engager à découvert, sur son terrain, constata Andrak avec regret. Il n'est même pas envisageable de rester ici et de lui tirer dessus depuis l'abri de ce couloir: entassés comme on est dans un espace clos aussi étroit, c'en sera fini de nous tous à la première roquette qu'il nous balancera!

Damon da Costa décrocha de son ceinturon une paire de petits disques renflés, lisérés de brun: des grenades standard de l'Alliance, sécables au moment du lancer en cinq sous-munitions couvrant une bien plus vaste surface:

-– Un vrai magicien n'entre jamais sur scène sans une bonne paire de grenades fumigènes sur lui: je vais en placer une à la sortie de notre couloir, et balancer l'autre à travers la salle vers l'entrée du couloir opposé. Comme ça, ce filho da puta ne pourra pas deviner tout de suite par laquelle des deux portes nous allons déboucher, ce qui devrait nous laisser le temps de nous disperser et de trouver des abris d'où le flanquer.
-– Damon
, intervint Lenks, j'ai souvenir très précis de cette salle. Ne me rappelle pas de beaucoup d'abris; aucun capable de soutenir les tirs d'un Atlas.
-– Je sais, Sauterelle
, soupira le soldat. Alors il faudra qu'on reste mobiles, tirer parti de la lenteur de ses déplacements, le harceler de tous côtés, jusqu'à ce qu'on ait trouvé sa faille. Bon, vous êtes prêts? Feylin, okay? Alors lancer dans trois... deux...

L'Humain s'était avancé à quatre pas de la sortie du couloir: à son propre signal, il laissa rouler l'une des grenades devant lui, et projeta la seconde en direction de l'entrée de l'autre galerie en face, sur laquelle il bénéficiait d'une vue bien dégagée. Deux nuages d'une fumée brune lourde et persistante se déployèrent assez rapidement à l'entrée des deux couloirs opposés. Comme l'avait prévu Damon, l'ennemi n'avait aucun moyen de présumer duquel des deux nuages allait bien pouvoir émerger la menace: au travers de l'écran de fumée qui leur masquait à présent l'accès à la salle de transit, nos agents purent percevoir le vacarme du piétinement de l'énorme machine d'assaut se retournant nerveusement de part et d'autre.

En désespoir de cause, le pilote humain en était réduit à lâcher alternativement de courtes rafales au jugé, au travers de l'un puis l'autre nuage. Il allait donc falloir choisir le bon moment pour ne pas se ruer sur le terrain au beau milieu d'une averse de balles! Feylin laissa volontiers Damon seul juge de ce moment: l'officier N7 était en effet reconnu comme le meilleur tacticien de l'Unité N°1 en l'absence de Guerdan, le plus apte à diriger une équipe en situation de combat. La paume gauche relevée, l'Humain s'avança en tête de groupe jusqu'au débouché du couloir, en bordure de l'écran de fumée brune. Puis alors que le ronronnement des lourds vérins de l'ennemi baissait en intensité sonore, il abattit brusquement son bras en lançant un vif:

-– Go! Go! Go!

Comme un seul homme, les quatre agents traversèrent l'écran de fumée au pas de course, avant de se disperser dans la salle de transit. Feylin et Lenks, les membres de l'équipe les plus véloces et les moins lourdement équipés, s'arrangèrent pour se croiser dans le champ de vision du pilote de l'Atlas, en sorte d'attirer les premiers tirs sur eux et de permettre à leurs compagnons Andrak et Damon, bien mieux armés, de se placer dans une position de tir efficace. Feylin fut la première à essuyer le feu du méca lourd, et dut puiser dans ses ressources biotiques pour accélérer sa course et déjouer la visée du pilote ennemi. Fort heureusement, il était douteux que l'armée ultra-humaniste de Maya Brooks ait fait optimiser le logiciel d'acquisition des cibles du monstre d'acier par un quelconque ingénieur quarien – une pratique assez répandue chez bien d'autres organisations criminelles. Sinon, l'Asari aurait grandement risqué d'y laisser ses deux belles jambes!

De son côté, Lenks, sans ralentir sa course, avait d'abord lancé depuis son Omnitech une surcharge sur son volumineux adversaire, parvenant à affaiblir ses puissants boucliers sans pourtant les neutraliser tout à fait; puis une dizaine de mètres plus loin, il tira une micro-charge détonante de son pistolet Scorpion, en direction de l'énorme machine de guerre. L'idéal aurait bien sûr été d'atteindre la canopée translucide située à l'avant du méca, derrière laquelle on pouvait voir le pilote s'activer sur ses commandes: bien que faite d'un matériau composite spécialement renforcé, cette verrière était reconnue comme le principal point faible de l'Atlas. Mais le Galarien préférait prudemment ne pas se retrouver directement en face de la redoutable machine de guerre, dans l'arc de tir de son puissant canon de bras!... La micro-charge adhésive à basse vélocité franchit néanmoins sans encombre les barrières cinétiques de l'Atlas, pour venir s'accrocher à la jointure de son bras gauche – celui pourvu d'une pince. L'explosion suffit à neutraliser ce membre mécanique, qui demeura pendant sur le côté, inerte, et déséquilibrant quelque peu l'assiette de l'Atlas.

Sur les arrières du méca, Andrak avec son fusil Chasseur, et Damon avec son pistolet Carnifex, arrosaient pour l'heure au jugé l'énorme silhouette blindée, dans le seul but de parvenir à abattre enfin ses boucliers. Ceux-ci semblaient pourtant d'une endurance à toute épreuve, car les tirs nourris des deux agents s'écrasaient invariablement sur cette barrière cinétique, en produisant toujours les mêmes impacts superficiels bleutés. Le pilote de l'Atlas finit par se décider à faire pivoter sa machine vers cette nuisance. Son premier tir fut pour Damon: celui-ci se déplaçait de côté en pas chassé tout en changeant la cartouche thermique de son arme, lorsqu'il vit une roquette fuser vers lui. L'Humain parvint de justesse à esquiver le gros de l'explosion par une roulade latérale; mais le souffle le projeta néanmoins contre une des parois de la salle de transit, le laissant au sol, assommé.


L'arc de tir d'un meca Atlas, une zone mortelle !.jpg
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-– Damon!

Face à cette nouvelle situation, le sang d'Andrak ne fit qu'un tour. Il avait déjà prouvé sur Digeris de quelle abnégation, de quelle témérité forcenée il était capable lorsque l'un de ses nouveaux frères d'armes se trouvait en danger de mort. Et là encore, voyant Damon à terre, il n'hésita pas: lâchant aussitôt son fusil, il se rua droit vers la verrière faciale du méca, et en seulement quatre enjambées, il fut au contact direct de sa cible avant que le pilote ait pu rectifier sa visée. Le colosse butarien empoigna fermement à main gauche une cavité situé sous la canopée, et pour se rehausser et mieux assurer sa prise, plaça son pied sur l'entrejambe blindé de l'engin d'assaut. Ainsi positionné, Andrak tira son pistolet lourd Paladin et en colla la gueule tout contre la verrière, déjouant ainsi les boucliers cinétiques qui protégeaient encore le méca. Le Butarien n'eut cependant le temps de placer que deux des trois tirs tolérés par la cartouche thermique de son arme, avant que l'Atlas ne parvienne à l'éjecter d'un puissant revers de son bras mécanique, l'envoyant rejoindre Damon au sol, tout aussi groggy que lui.

L'audace insensée d'Andrak était pourtant parvenue à fragiliser suffisamment la canopée de l'Atlas pour que Feylin puisse en venir à bout d'une puissante déchirure biotique: le flux bleuté passa les barrières cinétiques de l'engin et fit voler sa verrière en éclats, blessant et désorientant le pilote, et endommageant ses commandes. Dans le même temps, Lenks, situé derrière la machine, avait pu placer une autre micro-charge de son Scorpion droit dans l'œil flamboyant de la petite turbine à ailettes située dans le dos du méca – l'autre point faible de ce formidable blindé bipède. L'action conjuguée des deux derniers combattants encore debout mit enfin un terme à cet affrontement épique: l'Atlas se redressa et commença à convulser, avant d'exploser bruyamment en dispersant en tous sens débris et fragments. Feylin et Lenks n'eurent que le temps de se plaquer au sol tandis que les plus grosses pièces du méca fusaient et rebondissaient sur les murs de la salle de transit.

-– Notre premier Atlas! gémit Damon qui émergeait péniblement, en ôtant son casque de son crâne douloureux. Et Guerdan n'était même pas là pour voir ça!
-– Oh, pas d'inquiétude: j'ai tout enregistré, bien sûr!
se rengorgea fièrement Lenks, qui une fois encore semblait n'avoir pas compris le second degré de la plaisanterie de l'Humain.

Lenks inclina la tête d'un air perplexe lorsqu'il vit Damon, toujours allongé au sol, commencer à partir dans un fou rire d'une intensité croissante. Peu de chances pourtant que cela ait quoi que ce soit à voir avec le contrecoup de la commotion reçue, pour ce que l'infirmier galarien savait de la physiologie humaine. L'hilarité gagna peu à peu Andrak, ainsi que Feylin qui s'était affalée à côté des deux vétérans à terre, laissant Lenks debout dans l'incompréhension la plus totale. Ce moment de jubilation partagée fit presque autant de bien à l'équipe que le sentiment de la victoire qu'elle venait de remporter de haute lutte. Ce n'était peut-être pas superflu: le plus dur restait sans doute encore à venir pour nos héros...


[...]


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