Unité N°1: Saison 3

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 3

Messagepar Dr Sordin Molus » dim. 19 déc. 2021 20:04

  • Épisode 10: Samba sur Zorya


    Frontière d'Ismar – Système Faia – Planète Zorya –
    Campement de jungle de la compagnie mercenaire des Marteaux de Sheitan –
    Poste de commandement souterrain d'Arkoh Ravar

Saïda Keren et Damon da Costa furent introduits dans ce qui était vraisemblablement le Saint des Saints de la base mercenaire, l'ultime refuge du commandant des Marteaux de Sheitan, tapi au plus profond du dernier niveau de ce bunker souterrain. Le lieutenant Caldran Eryx fermait la marche: la mercenaire turienne couvait toujours d'un œil suspicieux les deux Humains en armures N7 qu'elle venait de guider au travers de ce dédale de béton. Derrière le petit groupe, la grande porte blindée se rescella rapidement sur le même verrouillage holographique rouge qui l'avait accueilli.

L'endroit n'était guère engageant... Le plafond relativement bas, les murs de béton nu, et l'éclairage cru mais parcimonieux maintenaient sur les lieux une atmosphère oppressante. La salle aurait pourtant pu paraître assez vaste, si elle n'avait pas été compartimentée en diverses sections cloisonnées ouvertes sur l'espace central. À droite en entrant, un vaste écran tactique servait ainsi de séparation avec un petit centre de commandement opérationnel, creusé en hémicycle autour d'une large console d'holoprojection tridimensionnelle. Et sur la gauche des deux agents se trouvait l'entrée d'un local mal éclairé, où l'on devinait cependant la présence de plusieurs colonnes de serveurs informatiques, réparties comme autant de piliers soutenant le plafond. Sans aucun doute, il s'agissait là des archives hors réseau qui avaient motivé toute cette périlleuse mission d'infiltration... Au fond de la pièce, faisant directement face au portail blindé, le maître des lieux attendait ses visiteurs, assis derrière un vaste bureau encombré de tout un fouillis d'ordinateurs portables, de trophées divers, et de babioles kitsch du plus mauvais goût. Enfin, une dernière porte dérobée derrière le fauteuil du Butarien marquait probablement l'entrée de ses appartements privés.

Pour cette entrevue, Arkoh Ravar fit pleinement honneur à la réputation de paranoïaque que lui avait brodée Saïdan Keren. En effet, pour ce qui touchait à sa sécurité personnelle, le leader des Marteaux de Sheitan ne s'en remettait pas qu'à la seule mitraillette légère Tempête qu'il avait posée bien en vue sur son bureau, à portée de main juste devant lui. Non, le Butarien s'était également adjoint la protection de deux de ses fantassins, qui le flanquaient un peu en avant de son bureau: Eryx, la grande asperge turienne, était venue se poster à sa droite, armée d'un fusil à pompe AT-12 Pirate; et à sa gauche, près de l'écran tactique, un Ingénieur butarien avait activé l'Omnitech qui enveloppait son avant-bras d'un gantelet scintillant, prêt à faire jaillir à la demande Choc neural, Cryo-Blast, Incinération, ou autre joyeuse application offensive! Bref, de quoi parer à toute éventualité, et donc de quoi faire réfléchir à deux fois des invités animés de mauvaises intentions...

Arkoh Ravar voulait sans doute donner l'impression d'un businessman du mercenariat, très pris par le suivi de ses contrats en cours, car il ne daigna pas quitter des yeux l'écran holographique de son ordinateur portable lorsque les deux postulants humains firent leur entrée. Tout juste le Butarien se contenta-t-il de leur lancer d'une voix neutre:

–- Bienvenue chez les Marteaux de Sheitan, tous les deux. On peut dire que votre dépôt de candidature a fait sensation sur la base: au moins, vous savez soigner vos entrées en scène! Alors, qu'est-ce que vous pensez de notre petit chez-nous?
–- J'ai connu pire
, soupira Damon – la meilleure réponse qui lui soit venue à l'esprit, et qui ne fût pas un mensonge complet!


Arkoh Ravar, capitaine des Marteaux de Sheitan.jpg
Arkoh Ravar, capitaine des Marteaux de Sheitan.jpg (143.2 Kio) Consulté 240 fois

Ravar leva enfin ses quatre yeux de son écran pour adresser un sourire entendu au commando humain. Mais son sourire s'éteignit à l'instant où il aperçut le visage ravagé du capitaine Keren – de Shana Bagashvili, si on voulait s'en tenir à son identité du moment –, qui donnait réellement l'impression d'avoir été dévoré par le feu.

–- Par les Piliers de la Force! s'exclama le Butarien. Mais qu'est-ce qui est vous arrivé?

Saïda tâcha de servir avec le maximum de conviction l'explication mensongère qu'elle avait préparée de longue date pour cette occasion:

–- Une trappe d'accès piégée avec une grenade à plasma: quand j'ai voulu checker visuellement, c'est le visage qui a tout pris! On apprend tous de nos erreurs...

Ravar inclina nettement la tête vers la droite à l'issue de ce bref récit, ce qui chez un Butarien équivalait à une remise en question implicite de l'intelligence tactique de l'Humaine qui lui faisait face. Au moins, il ne semblait remettre en question ni ses explications, ni son identité, ce qui après tout satisfaisait pleinement Saïda.

–- Bon, admit Ravar. Comme vous vous en doutez déjà, nous avons pris le temps d'éplucher tout ce à quoi nous avons pu avoir accès dans vos dossiers personnels. Honnêtement, c'est la première fois que des N7 viennent poser leur candidature chez nous: il nous a donc fallu un certain temps pour nous créer un chemin d'accès vers les bases de données confidentielles de l'Alliance!...

Saïda Keren pesta intérieurement d'une rage silencieuse. Si elle s'était volontairement défigurée, c'était par crainte qu'Arkoh Ravar ne conservât dans ses archives quelques photos qui ne cadreraient pas avec les dossiers de leurs identités d'emprunt, à elle et à Damon – quand bien même ces dossiers n'avaient été remaniés que le plus légèrement possible par les services de la Citadelle. Et voilà maintenant qu'elle apprenait qu'au final, ce mercenaire minable n'avait jamais seulement tenté de collecter le moindre renseignement sur de possibles recrues N7! Mais qu'importe: Ravar et ses complices allaient de toute façon payer cher sous peu, lorsque la redoutable Spectre biotique déchainerait par surprise toute l'étendue de sa puissance dans cet espace confiné. Et ils paieraient alors autant pour les souffrances physiques que Saïda s'était infligées en vain, que pour la part qu'ils avaient prise dans les attaques menées contre la Citadelle!

Cependant, le capitaine butarien poursuivait déjà, en consultant son interface holographique:

–- ...Alors je récapitule, pour les présentations; honneur aux dames, comme vous dites chez les Humains. Après votre... petit incident avec la grenade à plasma, on ne peut pas dire que vous soyez très fidèle aux photos d'identité de votre dossier! Mais le reste des données biométriques exploitables correspond: commandant Shana Bagashvili, née en 2164 à New Mecca sur Terra Nova, brevetée en 2183, qualifiée N7 promotion 2190; spécialisation Porte-étendard, aptitudes biotiques de niveau C–. Pas trop mal, pour une Humaine... À vous maintenant, poursuivit le Butarien en se tournant vers Damon. Premier lieutenant Paco Johnstone, né en 2175 à Edmonton sur Terre...
–- Paco Johnstone, mon cul! Ce type-là s'appelle Damon da Costa...


La voix humaine mâle et rocailleuse qui venait de jaillir de leur gauche glaça les sangs des deux agents soudain démasqués. Depuis le local des serveurs, un grand type carré d'épaules émergea lentement du coin d'ombre où il travaillait, si discrètement que ni Damon ni Saida n'avaient seulement soupçonné sa présence. Comme les autres mercenaires présents, l'Humain portait l'armure intégrale bleue et blanche des Soleils Bleus, casque exclus. Damon le reconnut immédiatement à sa courte barbe, d'un blond pâle naturel devenu assez peu commun parmi l'humanité métissée du 23e Siècle. Le problème était qu'en principe, ce salopard n'aurait jamais dû se trouver ici: le sergent artilleur de l'Alliance Hermann Frost était en effet présumé mort depuis deux ans, après que tout son peloton ait été porté disparu lors d'une mission pourrie dans les Systèmes Terminus.

–- ...Ouais, poursuivait déjà le nouvel intervenant. Lieutenant-major Damon da Costa: un N7 pur jus, ça au moins, c'est véridique. Mais aussi, un agent des Groupes d'Enquête, Infiltration & Sécurisation Trans'espèces! Un gentil petit molosse au service de la Citadelle, quoi... Totalement incorruptible, Arkoh, tu peux me croire sur parole: un vrai boy-scout!

À ce moment, Saïda et Damon auraient pu être tentés de risquer le tout pour le tout, de se jeter droit sur Frost, de s'emparer de ses armes, d'utiliser l'Humain comme écran pour parer à la riposte du lieutenant Eryx et de l'Ingénieur butarien... Mais une telle tentative aurait été par avance vouée à l'échec. En effet le sergent Frost était pleinement conscient qu'il venait de démasquer deux dangereux imposteurs, et il n'avait donc pas commis l'imprudence de se présenter les mains vides: tout au contraire, le mercenaire pointait à la hanche un redoutable lance-flammes portatif M-451 Firestorm, déjà amorcé et prêt à cracher l'enfer! Damon tiqua en remarquant que tout le support inférieur de l'arme était plaqué or – une marque de mauvais goût criard très représentative de certains milieux criminels ou mercenaires. Mais considérations esthétiques mises à part, il s'agissait là d'une arme imparable à si courte portée, et dont le déluge de plasma enflammé était en mesure d'ignorer aussi bien les barrières cinétiques et les blindages d'armures, que les défenses biotiques qu'aurait pu tenter de lever le capitaine Keren. Hermann Frost avait d'ailleurs parfaitement conscience de dominer la situation, lorsqu'il interpella sa vieille connaissance sur un ton très sûr de lui:

–- Salut, Dam'... Alors, comment ça va, fichu boy-scout? Toujours aussi fier d'aller nettoyer la merde du Conseil aux quatre coins de la galaxie, pour une solde de misère?

Le lieutenant da Costa avait déjà compris que toute tentative de dénégation de sa part aurait été futile. Il prit donc le parti de répondre avec un détachement feint:

–- Salut, Manny... Comment vont les affaires, enfoiré de déserteur? T'as l'air plutôt en forme, pour un type mort sur Tarith depuis deux ans! On dirait que la perte de ton peloton ne t'a pas beaucoup affecté? Oh, ou alors est-ce que par hasard, tu n'y serais pas un peu pour quelque chose?
–- Un peu des deux, mon pote
, ricana le mercenaire barbu. Un peu des deux... La mission était pourrie d'avance de toute façon. Il ne restait plus qu'une navette, et une poignée de survivants; alors j'ai planté les autres, et j'ai gardé la navette pour aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte... L'Alliance sait investir des millions de crédits pour nous entraîner et nous équiper; mais elle n'est pas fichue de nous tenir motivés par une solde digne de ce nom! Arkoh, lui, il sait payer les hommes de talent à leur juste valeur. Et puis, tu auras remarqué que la discipline est nettement moins casse-burnes ici que dans l'Alliance...
–- Ouais, ça ne m'a pas échappé
, confirma Damon. En fait, la première chose qui m'ait frappé en descendant ici dans ce bunker, c'est que personne n'ait chié dans les coins!

Frost se retint de justesse d'éclater de rire pour ne pas baisser sa garde – ce qui était peut-être bien l'effet recherché par Damon, après tout... C'est donc sans quitter ses prisonniers des yeux que le sergent des Soleils Bleus lança à son chef:

–- Méfie-toi de ce gaillard, Arkoh: c'est un rapide, et un vicieux; et sacrément inventif aussi, pour le souvenir que j'en ai! Quant à la grande brûlée à côté, ce qui reste de sa gueule me rappelle vaguement quelqu'un... En tout cas, je suis à peu près sûr que c'est une biotique, et une bonne! Pas juste une putain de C–...!

Saïda Keren s'était tenue étonnamment tranquille jusqu'à présent. Mais c'est à ce moment qu'elle se décida enfin à jouer son va-tout: la pose martiale qu'elle adopta tout à coup suggéra immédiatement à Damon qu'elle était en train de concentrer brièvement sa puissance biotique, en vue d'une frappe éclair! Mais alors qu'elle s'apprêtait à relâcher l'énergie brute ainsi accumulée, la Spectre humaine se raidit brusquement, tétanisée par une douleur indicible, avant de choir au sol en convulsant de tous ses membres. L'Ingénieur butarien sur le qui-vive avait été le plus rapide, et venait de neutraliser la menace biotique à l'aide d'un Choc neural visiblement chargé au maximum. Avec un temps de retard qui aurait pu lui être fatal, Arkoh Ravar se leva enfin de son fauteuil pour s'emparer vivement de la mitraillette Tempête posée devant lui. C'est le front plissé de colère que le chef mercenaire lança ensuite à son congénère Ingénieur:

–- Garde cette pétasse humaine sous contrôle, Varath: si elle remue ne serait-ce qu'un doigt, tu lui grilles le cerveau pour de bon, pigé?! Eryx, on sait si ces deux-là ont des complices déjà dans la place?
–- Ils ont été vus au Blue Scum avec une recrue asari débarquée ce matin, dont ils semblaient assez proches...»
annonça la Turienne, avant d'ajouter en jetant un rapide coup d'œil aux moniteurs de surveillance à sa portée: «...D'après les caméras, elle a quitté le bar. Mais le caporal Rinhus les y a vus ensemble, et il a longuement parlé avec l'Asari: il pourrait facilement la reconnaître et la retrouver dans le campement.
–- Dis à Rinhus de prendre deux gars et de me la ramener
, ordonna Ravar avec emportement. Refroidie, de préférence: deux biotiques à surveiller de près, ça en fait une de trop!...» ajouta le Butarien en considérant Saïda qui venait de s'évanouir au sol, avant de s'intéresser à nouveau à Damon debout à côté d'elle: «...Frost: menotte-moi ce type-là!

L'ex-sergent artilleur de l'Alliance acquiesça en silence. Il éteignit d'abord son lance-flammes portatif et le replaça sur le dos de son armure, avant de s'avancer vers Damon en tenant le dispositif de contention qui devait déployer une belle paire d'Omni-pinces autour des poignets du Sniper:

–- Mains croisées derrière le dos, Dam'. Essaie même pas de faire le malin avec moi, je te connais trop bien...

Damon sembla obéir avec résignation en ramenant ses mains derrière ses reins; cependant, il ne fit en fait que les placer hors du champ de vision de ses adversaires. De la sorte, il put pianoter en toute discrétion sur son Omnitech une courte directive, amendée d'un retard de trois secondes – le temps qu'il avait évalué comme nécessaire à Frost pour venir se placer derrière lui. Avec pour seule arme un Omnitech purgé de toute application de combat, le N7 avait déjà mûri un plan audacieux, un piège désespéré, dans lequel il espérait pourtant bien voir tomber non seulement l'ex-sergent déserteur, mais aussi les trois complices de ce dernier rassemblés dans la pièce.

Hermann Frost passa derrière le N7, en ignorant sa collègue biotique gisant toujours inerte, et en prenant bien garde de demeurer suffisamment en retrait pour éviter le classique coup de tête lancé vers l'arrière. Mais au moment précis où il s'emparait des poignets de Damon, un vacarme assourdissant retentit sans aucun signe avant-coureur, meurtrissant impitoyablement les tympans de toutes les espèces présentes. Si l'on avait pris la peine de détailler les accords de cette débauche de décibels, on aurait pu reconnaître là un air de samba endiablée, diffusé à plein volume: le premier titre des favoris de la playlist du lieutenant da Costa! Dans ce réduit de béton insonorisé, le rythme agressif sembla jaillir de tous les murs et plafonds à la fois. Surpris et désorientés par la violence de cette attaque sonique, les quatre Soleils Bleus ne surent comment réagir; mais Damon, lui, savait exactement quoi faire...

Le commando de l'Alliance lança ses mains vers l'arrière, et parvint à saisir à l'aveugle les poignets du sergent Frost debout derrière lui. Une prise de close combat parfaitement exécutée lui permit de faire passer devant lui le renégat encore stupéfait, et les poignets toujours emprisonnés. Damon ne relâcha sa prise que le temps de propulser Frost d'un vigoureux coup de pied dans les reins en direction du lieutenant Eryx, la mercenaire turienne, les envoyant ainsi tous deux rouler au sol. Le N7 avait cependant pris soin juste auparavant de soulager prestement son adversaire du pistolet Prédateur accroché bien en vue à sa hanche droite. Son Omnitech activé en mode Lecture audio dessinait toujours un gantelet flamboyant autour de son avant-bras lorsqu'il pointa le calibre droit devant lui, vers Ravar et ses sbires.

Damon savait pertinemment qu'il n'avait pas la moindre chance de l'emporter, seul en combat rapproché, avec pour toute arme un pistolet contre quatre adversaires pourvus de solides barrières cinétiques. Il allait avoir besoin des redoutables talents martiaux du capitaine Keren, et tout spécialement de ses pouvoirs biotiques, dont il avait déjà eu l'occasion d'apprécier l'efficacité à toutes portées. Dès lors, la cible prioritaire du tireur d'élite N7 devenait évidente: le dénommé Varath, l'Ingénieur butarien, le seul de ses quatre adversaires à pouvoir maintenir la dangereuse guerrière biotique sous son emprise.

Comparé au Carnifex qu'employait habituellement Damon, le M-3 Prédateur ne méritait guère le nom de pistolet lourd, tant ses tirs, pris individuellement, manquaient de puissance d'arrêt. Mais pour de nombreux utilisateurs, il compensait ce défaut en ajoutant une cadence de feu très élevée à une endurance thermique appréciable – ce qui rendait ses tirs de barrage très efficaces pour couvrir la progression d'un allié, ou pour saturer rapidement les barrières cinétiques d'un adversaire à découvert. En l'occurrence, c'est cette dernière faculté qui intéressait justement Damon.

Sans doute trop confiant dans les puissants boucliers générés par son armure technique, l'Ingénieur Varath n'avait pas pris la peine d'enfiler son casque de combat – pas davantage d'ailleurs que ses trois comparses en armures bleues. Damon put donc prendre comme point de mire le centre des quatre yeux du Butarien: le tireur d'élite surentraîné parvint à placer en ce point précis, en l'espace d'à peine plus de deux secondes, la totalité des quinze coups tolérés par la cartouche thermique de son Prédateur. Le tir de barrage fit luire la barrière cinétique de Varath de violents flashes bleutés juste devant ses quatre yeux, l'aveuglant et l'empêchant de réagir de manière appropriée. Il ne fallut à Damon pas moins de treize projectiles hypersoniques pour parvenir à épuiser les protections gravitationnelles de sa cible. Mais les deux derniers tirs, remarquables de précision au terme d'un arrosage si intense, suffirent à neutraliser définitivement l'Ingénieur butarien lorsqu'ils l'atteignirent en pleine face – un pour chacun de ses deux yeux inférieurs!

Mais Damon était à présent sur le point de perdre le bénéfice de l'effet de surprise qui l'avait d'abord favorisé. En dépit du fond sonore assourdissant, Ravar commençait apparemment à saisir enfin la situation à laquelle il était confronté, tandis que les deux mercenaires envoyés à terre étaient en train de se relever; bien plus vive, la Turienne était même déjà presque debout sur ses longues jambes. Sans cartouche thermique de rechange à portée de main, Damon était condamné. Mais à l'instant où Ravar et Eryx ouvrirent le feu sur lui, le N7 eut la surprise de voir leurs tirs s'écraser sur ce qui semblait être une barrière cinétique située à un mètre devant lui, dont il n'avait pas soupçonné la présence! À son insu, le capitaine Keren s'était redressée sur un genou à côté de lui, par un effort de volonté et de résilience extraordinaire. La protection gravitationnelle du Dôme biotique qu'elle avait pu déployer autour d'eux venait de leur sauver la vie à tous les deux...

Dès qu'il vit Saïda lui adresser un bref regard impérieux tandis qu'elle demeurait sur un genou, Damon sut ce qui allait se produire. Il avait déjà vu la terrifiante Spectre biotique en action, et n'eut donc besoin d'attendre aucune confirmation verbale pour se jeter aussitôt face contre terre. L'instant d'après, le capitaine Keren percuta violemment le sol de son poing gauche: la combinaison mnémotechnique qu'elle avait longuement travaillée pour que son organisme active une frappe Nova! Cette attaque biotique particulièrement redoutée était censée disperser instantanément toute l'énergie accumulée pour sa défense biotique, en une vague concentrique assez puissante pour balayer toute la pièce. Or l'énergie requise pour déployer un Dôme biotique était énorme... Dans un espace si confiné, il fallait donc s'attendre à un véritable cataclysme nucléaire!


Frappe Nova en action !.jpg
Frappe Nova en action !.jpg (66.63 Kio) Consulté 240 fois

Damon se sentit repoussé d'un bon mètre sur le côté lorsque la tempête le frappa; mais au moins, son corps ne quitta pas le sol contre lequel il s'était plaqué. Lorsqu'il osa enfin relever la tête après le passage de la colère divine, il put évaluer les effets dévastateurs de l'offensive biotique. Tout ce qui n'était pas fixé au sol s'était fracassé contre les murs, et quelques éléments de mobilier fixé s'étaient d'ailleurs même descellés. Plusieurs éclairages avaient également sauté; au milieu de la semi-pénombre et de la poussière en suspension, la cacophonie désarticulée que vomissait toujours l'Omnitech de Damon donnait à cette scène de désolation un air d'antichambre de l'Enfer...

Eryx la Turienne gisait au sol sans vie: tout indiquait que son cou long et mince s'était brisé contre le rebord du bureau du Ravar, lorsqu'elle avait été projetée en arrière. Arkoh Ravar et Hermann Frost avaient survécu. Le capitaine butarien paraissait indemne, mais encore sonné, peinant à reprendre ses esprits. À l'inverse, l'Humain blond, lui, semblait avoir pleinement repris conscience sous l'effet de la douleur; mais les multiples fractures, traumatismes, et lésions internes dont il souffrait justement le clouaient à présent au sol, sans défense. Saïda Keren se redressait déjà, le visage déterminé, et les avant-bras se rechargeant à nouveau de puissance biotique. Damon s'empressa donc également de se relever à son tour, en titubant encore un peu.

Encore à demi-assommé par le séisme, Ravar avait commencé à ramper en gémissant au milieu des gravats, tandis qu'il tentait de récupérer sa mitraillette tombée à terre devant lui. Le chef mercenaire eut cependant à peine le temps de sentir un genou venir plaquer fermement son épaule contre le sol, avant que l'ultime impact d'un poing flamboyant d'énergie noire ne réduise son crâne à deux dimensions! Frost, quant à lui, ne perdit rien du spectacle intimidant de son ancien collègue de l'armée de l'Alliance, qui marchait droit vers lui d'un pas résolu. Lorsque Damon fut assez proche pour pouvoir l'entendre en dépit du tapage à prétention musicale, le misérable tenta piteusement de se disculper:

–- Ça... ça n'avait rien de personnel, Dam'!

Sans répondre immédiatement, Damon posa vivement un genou au sol près de l'homme à terre, et puisa dans le ceinturon de ce dernier une cartouche thermique de rechange, dont il se servit pour réarmer posément le pistolet qu'il tenait toujours en main. C'est avec la même précision glaciale dans ses gestes qu'il glissa une main sous la nuque du renégat impuissant, tandis que de l'autre, il pressait le canon du Prédateur tout contre son front – c'est-à-dire en-deçà de la protection cinétique assurée par les boucliers de son armure. Le regard meurtrier du N7, ainsi que le ton tranchant de sa réponse, ne laissèrent plus aucune illusion à Frost quant à l'extrême brièveté de son espérance de vie:

–- Eh ben pour moi, c'est très personnel... Enfoiré de déserteur!

La détonation d'un unique tir à bout touchant suffit à clore définitivement cet échange. Damon se releva au-dessus du corps de Frost, dans le même temps où Saïda se remettait debout au-dessus de celui de Ravar, au milieu d'une ambiance sonore démente. Une victoire sans appel... Et pourtant, le visage calciné de la Spectre exprimait bien moins le triomphe que l'exaspération, tandis qu'elle gonflait ses poumons avant de lancer un hurlement d'impatience assez puissant pour dominer le tintamarre ambiant:

–- DAMON! Tu peux couper cette m... musique?!
–- Euh, ouais, ouais, bien sûr, désolé!
s'exécuta aussitôt l'amateur de samba.

Le lieutenant désactiva le gantelet scintillant de son Omnitech, et le silence retomba instantanément dans la salle bétonnée. Saïda soupira enfin de soulagement, et son visage pourtant gris et rugueux s'éclaira lorsqu'elle s'exclama avec enthousiasme:

–- Bravo, Champion!

Damon lui adressa un large sourire en retour, et lui tendit le poing de manière à ce qu'elle vienne y accoler le sien, en un 'fist bump' des vainqueurs. La Spectre se rapprocha en souriant également; mais au dernier moment, son poing esquiva brusquement celui de Damon, et en lieu et place, sa paume vint claquer sèchement contre le fessier blindé de l'armure du lieutenant! L'expression de surprise qui se peignit sur les traits de ce dernier fit éclater Saïda de rire:

–- Ah, si seulement tu voulais bien, Champion... Toi et moi, contre toute la galaxie: on en ferait, des étincelles!
–- Tu finirais par me faire éjecter la cartouche thermique avant la visée, cap'taine!
bredouilla Damon d'un ton gêné. J'admets que je me sens très flatté, mais décidément... Non, merci!
–- À force, je vais finir par me mettre dans la tête l'idée fausse que je ne te plais pas vraiment!
ronchonna Saïda avec une moue boudeuse. Ce serait dommage, non?
–- Ben aussi, faut dire...»
Damon hésita un instant, avant se décider à développer sa pensée: «...Tu te verrais maintenant, cap'taine, on dirait que tu as embrassé de trop près le lance-flammes de ce connard de Frost!

Saïda passa avec regret la main sur la partie inférieure de son visage, encore aussi racorni et crevassé que celui d'un Turien. Il faudrait effectivement encore quelques jours, avant qu'elle ne retrouve son charme de briseuse de cœurs d'Asari! La bouillonnante Spectre humaine passa cependant vite à autre chose, lorsqu'elle établit un point rapide sur leur situation:

–- Bon, ben au moins, on peut dire qu'on ne manque pas de priorités pour l'instant: nous rééquiper de pied en cap; localiser et récupérer les données pour lesquelles on est descendus jusqu'ici; neutraliser le reste des Soleils Bleus présents entre ce bureau et la sortie du bunker en surface, sans avertir les autres à l'extérieur; joindre Lenks et Andrak pour qu'ils passent nous récupérer avec le Kodiak...
–- ...Et avant ça
, compléta Damon, il faudra encore désactiver la grosse tourelle antiaérienne là dehors, si on veut éviter qu'ils se fassent descendre en arrivant!
–- Ce PC m'a l'air parfaitement isolé et insonorisé
, constata le capitaine Keren. Ravar souhaitait apparemment négocier avec nous en toute discrétion; donc je doute que les mercenaires derrière cette porte blindée aient pu avoir le moindre écho de ce qui vient de se passer ici. Mais à tout hasard, on va quand même commencer par s'occuper d'eux...

Sans comprendre ce que sa patronne avait exactement derrière la tête, Damon la regarda se diriger d'un pas décidé vers la dépouille d'Arkoh Ravar. Saïda maintint longuement son Omnitech au-dessus de celui du Butarien, probablement afin de scanner des données et instructions, et de récupérer des codes d'authentification. Cette hypothèse se confirma, lorsqu'elle s'employa ensuite à réassocier ces codes à ses propres empreintes biométriques. Pour finir, la Spectre détacha directement l'Omnitech du chef mercenaire de son corps sans vie, de toute évidence en vue d'examens ultérieurs plus poussés.

Dans un deuxième temps, Saïda rejoignit la principale console de commandement du centre opérationnel, où elle réactiva son Omnitech de manière à s'identifier à l'aide de ses codes fraichement appropriés. Un pupitre holographique se matérialisa bientôt devant elle, sur lequel elle commença à faire défiler divers écrans . Ce n'est qu'en relevant brièvement la tête durant son travail, qu'elle croisa enfin le regard désespérément interrogateur de Damon. Et c'est sur un ton plein de confiance en elle qu'elle daigna répondre à ses questions muettes:

–- Je t'ai déjà dit que Ravar était un foutu paranoïaque? Eh bien c'était aussi un obsédé du contrôle sur tout... Comme je le pensais, toutes les défenses du périmètre, y compris la tourelle laser, sont désactivables ou reparamétrables à distance depuis ce PC souterrain, à condition d'avoir les bons accès. En fait, ça inclut même les défenses sous IV internes au bunker lui-même, celles qu'on a croisées en descendant ici; je vais d'ailleurs commencer par là. Mmm... Ah, ça y est, j'ai trouvé! D'abord couper les alarmes vers l'extérieur; verrouiller les accès inter-niveaux et la sortie du complexe fortifié; et ensuite...


Centre de commandement opérationnel souterrain (Wesley Chong).jpg
Centre de commandement opérationnel souterrain (Wesley Chong).jpg (231.94 Kio) Consulté 240 fois

Saïda afficha sur le grand écran tactique l'ensemble des images de surveillance des diverses sections du bunker. Les systèmes audio diffusèrent bientôt le roulement de rafales à très haute cadence de tir, accompagné de toute une symphonie de hurlements de surprise, de panique ou de douleur, tandis que les tourelles défensives faisaient le ménage parmi les personnels des Soleils Bleus piégés dans les niveaux souterrains. Le visage calciné de la Spectre humaine, toujours debout derrière son pupitre holographique, n'exprimait aucune émotion – au mieux, une légère impatience que cette triste formalité s'achève au plus vite. Mais Damon, lui, semblait avoir le cœur serré en écoutant les échos de ce massacre distant:

–- Ces pauvres bougres là-dehors n'ont pas l'ombre d'une chance, gémit-il finalement avec regret. Raios! Je déteste laisser des machines sans âme faire le travail d'un vrai soldat!
–- Tu veux peut-être sortir et faire le boulot toi-même?
proposa Saïda en désignant la porte blindée du PC. Ça rétablirait un peu l'équilibre des chances...
–- Mmm... Non merci
, répondit Damon sans avoir pris le temps d'une longue réflexion. Tout compte fait, ça me fera des vacances!

Tout fut bientôt terminé. Les cris et le bruit des tirs s'éteignirent graduellement; on entendit encore finalement le ronronnement des tourelles automatiques qui rétractaient leurs canons et regagnaient leurs logements, puis plus rien – pas même un râle d'agonie. Un bref examen des moniteurs de surveillance confirma que tout était bien fini. Saïda profita un court instant de ce silence, avant de reprendre ses opérations de reprogrammation:

–- Bien, maintenant, je désactive les défenses pour nous permettre de ressortir. La tourelle laser, à présent... Une petite réassignation des priorités de menaces, et... Voilà! Le système GARDIA devrait maintenant considérer comme hostile tout appareil volant dans son périmètre de défense, à deux exceptions près: les deux Kodiaks du Citadel, celui avec lequel on est arrivés et qu'on va tâcher de récupérer en partant, et celui avec lequel Andrak et Lenks vont venir couvrir notre évasion. Ces instructions s'auto-effaceront d'ici moins d'une heure, pour ne laisser aucune trace de l'identité du transpondeur du second Kodiak...

Le capitaine Keren donnait l'impression de beaucoup s'amuser sur sa console. La redoutable guerrière biotique semblait avoir raté une belle carrière d'Ingénieur... Son aisance surprit passablement Damon, qui finit comme à son habitude par laisser sa curiosité s'exprimer à voix haute:

–- Hé cap'taine, tu t'y connais donc si bien que ça en piratage d'IV?
–- Ça, ce n'est pas du piratage, mon grand: juste de la reprogrammation en bonne et due forme sous privilèges d'administrateur!
expliqua patiemment Saïda, en levant le gantelet scintillant de son Omnitech enrichi des codes d'accès dérobés à Ravar. Et puis, depuis que j'ai rejoint l'Unité, j'ai déjà pris pas mal de cours particuliers avec Lenks. Tu le connais: c'est pas franchement un prof très patient, ni très pédagogue; mais c'est quand même un sacré bon expert, mine de rien!

Damon dodelina de la tête d'un air entendu: avec l'Ingénieur galarien, même les conversations les plus anodines pouvaient souvent s'avérer pénibles; mais le lancer délibérément sur des sujets techniques pointus relevait du pur masochisme! De son côté, Saïda s'employait déjà à transférer, depuis le terminal d'opérations vers son Omnitech, les données contenues dans les serveurs de ce sous-sol – celles pour lesquelles Damon et elle étaient descendus jusqu'ici au mépris de tous les dangers, et aussi un maximum d'autres, pertinentes ou non, que l'on disséquerait plus tard.

–- Tout est encodé, évidemment, constata Saïda sans grande surprise. Mais les analystes de la Citadelle sauront bien déchiffrer tout ce fatras quand on le leur remettra...

Damon émit un petit reniflement, lorsqu'il répartit:

–- Oh, je suis sûr que Lenks saura craquer tout ça, rien qu'à partir de son Omnitech magique et de ses petites cellules grises. Euh, ou vertes, peut-être bien: en fait, je ne me suis jamais vraiment demandé quelle couleur ça peut bien avoir au juste, la cervelle de Galarien... Enfin bref, cet empaffé de pingouin pédant a souvent le don de savoir jouer avec mes nerfs, mais je dois bien lui reconnaître qu'il lit les codes les mieux cryptés plus couramment encore que je ne lis le manuel d'entretien d'un flingue!

La blancheur d'un sourire éclaira brièvement le visage noirci de Saïda. Il était temps de passer à l'étape suivante: préparer leur retour en surface vers le campement des mercenaires, et envoyer à Lenks et Andrak le signal d'appel convenu pour exfiltration. La Spectre humaine lança vivement à son collègue N7:

–- Tiens, tu parlais tout à l'heure du Firestorm de Frost... Eh bien je pense que tu devrais le récupérer: il pourrait nous être utile pour nous tirer d'ici en force, ou pour semer un peu de boxon derrière nous, en cramant quelques véhicules ou une paire de dépôts... Et puis au pire, ce joli bébé plaqué or fera toujours un trophée de guerre tout à fait acceptable à ramener!

Damon acquiesça, puis ajouta en regardant tout autour de lui:

–- Il nous servira déjà à nettoyer ce bloc par le feu, en détruisant les serveurs de Ravar derrière nous à présent qu'on en a extrait ce qui nous intéresse. On est censés ne laisser aucune trace de nos recherches, mais Lenks ne nous a filé aucun dispositif explosif ou EMP qui aurait pu être découvert lors d'une fouille. Il nous a juste dit de faire avec les moyens du bord en temps utile. Eh ben là ça va, je crois qu'on tient justement l'outil ad hoc!
–- On devrait même carrément incinérer tout ce qu'on pourra derrière nous en remontant
, jugea Saïda en entrant quelques commandes supplémentaires sur sa console. Ça empêchera l'ennemi d'utiliser ce sanctuaire pour se réorganiser, quand Lenks et Andrak passeront à l'action; et ça devrait aussi nuire à leurs capacités de redressement après notre départ. Tiens, voilà: j'avais déjà désactivé les signaux d'alarme vers l'extérieur, et là, je viens de pousser à fond la ventilation des différents blocs pour favoriser l'extension de l'incendie...
–- Whoh, ça promet du spectacle!
se réjouit Damon par avance.

Les deux N7 se livrèrent ensuite à une fouille rapide du réduit bétonné, en vue de faire main basse sur tout ce qui pourrait les aider dans leurs combats encore à venir. Outre le Firestorm de Frost, qu'il garda en mains prêt à l'emploi, le lieutenant da Costa plaça également à sa hanche la mitraillette légère Tempête arrachée aux doigts crispés d'Arkoh Ravar. En bonne combattante biotique, le capitaine Keren se contenta quant à elle d'emporter le pistolet Prédateur de Frost. Pendant que Damon garnissait les pochettes de son ceinturon de cartouches thermiques et d'une paire de grenades à fragmentation, Saïda ne négligea pas de son côté de descendre coup sur coup trois cannettes trouvées dans le minibar de Ravar, afin de récupérer des forces mises à mal par ses récentes dépenses massives d'énergie biotique. Damon prit bien sûr également le temps de récupérer et de réinstaller les principaux modules militaires de son Omnitech: communication et brouillage, détection et furtivité... plus quelques nouveautés intéressantes trouvées sur place, en fouillant les casiers techniques de l'armurerie personnelle de Ravar. Saïda, elle, avait déjà employé tout l'espace mémoire disponible sur son propre Omnitech pour stocker un maximum de données dérobées dans les serveurs du PC souterrain.

Une fois que les deux combattants humains furent prêts à sortir – en se frayant un chemin par la force le cas échéant –, Saïda Keren se rapprocha de la console de communications externes du centre de commandement. Lors de leur reconnaissance à pied, elle et Damon avaient repéré une petite parabole dans l'enceinte clôturée du bunker: elle était probablement destinée à recevoir et émettre vers un relais de communication à effet de masse, discrètement établi sur l'une ou l'autre des lunes du système Faia, et spécifiquement dédié aux transmissions sécurisées des Soleils Bleus. La Spectre rappela à voix haute quelques éléments du briefing préparatoire, autant pour elle-même que pour Damon:

–- Lenks et Andrak attendent avec le second Kodiak, parés au décollage sur alerte, depuis la baie d'envol du SSV Citadel stationné en bordure du système. D'après les projections réalisées avant la mission, ils devraient arriver sur cible au-dessus de cette base environ vingt-huit minutes après avoir reçu notre signal.

Damon prit quelques secondes pour se remémorer l'ensemble du circuit effectué au travers des différents niveaux de l'abri souterrain, sur les pas du lieutenant Eryx; puis il estima rapidement:

–- Ça nous prendra un peu moins d'un quart d'heure pour regagner la surface, en foutant le feu un peu partout derrière nous. Ce serait bien qu'on retrouve Feylin dans le campement, aussi; sinon, on la reverra surement au moment de l'arrivée du Kodiak et de l'embarquement...
–- Ça devrait le faire
, considéra Saïda d'un ton optimiste, tandis qu'elle pianotait sur la console de communications. Bon, l'appel est lancé... Ah, signal en retour, confirmation de Lenks... Compte à rebours enclenché... Top! Vingt-huit minutes tout juste avant extraction!

La Spectre venait d'activer le mode Chronomètre de son Omnitech. Damon, de son côté, avait déjà amorcé son Firestorm. Il pointa d'abord le lance-flammes en direction du grand bureau d'Arkoh Ravar, nettoyé par l'onde de choc biotique de toutes les babioles kitsch que le Butarien y avait empilées, et derrière lequel son corps reposait à présent avec ceux de ses acolytes. Juste avant d'activer la projection de plasma embrasé, Damon se fendit d'un clin d'œil réjoui en direction de sa patronne:

–- Y a quand même des jours où j'adore vraiment ce boulot!


[...]

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 3

Messagepar Dr Sordin Molus » mer. 16 févr. 2022 19:38

  • Épisode 11: Apocalypse now !


    Frontière d'Ismar – Système Faia – Planète Zorya –
    Campement de jungle de la compagnie mercenaire des Marteaux de Sheitan –
    Moins 13 minutes avant extraction !

Conformément à leur plan, le capitaine Keren et le lieutenant da Costa avaient regagné la surface, en répandant consciencieusement l'incendie derrière eux dans les niveaux souterrains du bunker à mesure qu'ils remontaient. À cette occasion, Damon avait pu étrenner sa toute dernière acquisition: le lance-flammes M-451 Firestorm au châssis plaqué or qu'il avait conquis de haute lutte sur l'ex-sergent artilleur de l'Alliance Hermann Frost. L'efficacité ravageuse de l'arme avait positivement enthousiasmé le commando N7; et ce n'est qu'à regret qu'il l'avait finalement replacée sur le dos de son armure, une fois son œuvre de destruction accomplie.

Tandis qu'ils parcouraient les salles et les galeries bétonnées, les deux agents avaient pu réaliser pleinement l'ampleur du massacre causé un peu plus tôt par l'activation des défenses automatisées du complexe souterrain: ça et là, des corps de mercenaires gisaient au pied de parois ou de consoles défoncées par des rafales d'armes lourde, avec leurs armures bleues et blanches perforées de larges orifices encore fumants, et leurs visages figés sur une expression de terreur absolue. Saïda et Damon avaient ainsi pu recenser pas loin d'une dizaine de victimes au total. Cela représentait un sérieux coup porté aux effectifs des Marteaux de Sheitan, et autant d'adversaires en moins à affronter pour la suite... Mais Damon n'en avait pas moins semblé assez mal à l'aise avec la façon relativement déloyale dont ce brillant résultat avait été obtenu.

Saïda avait semblé s'orienter avec une facilité déconcertante dans ce dédale de petites salles basses et de coursives mal éclairées. Lorsque Damon lui en avait fait la remarque, elle avait simplement répondu:

–- Comme je te l'ai dit pendant qu'on descendait, l'architecture de ce bunker correspond point par point à un modèle exclusif, préfabriqué en série par un prestataire privé turien pour le compte du Conseil, qui les déploie essentiellement sur Tuchanka. J'ai déjà eu l'occasion d'en visiter quelques uns, sur place. J'ignore comment Ravar a bien pu s'y prendre pour arriver à s'en procurer un, mais il était apparemment moins bête que je ne le pensais! On en apprendra peut-être plus là-dessus en dépouillant les données qu'on lui a piquées, conclut-elle en levant son Omnitech.

Seules quelques sections du bunker étaient demeurées inaccessibles, hermétiquement verrouillées par des protocoles résiduels de sécurité anti-incendie que Saïda n'avait pu contourner. Parmi celles-ci se trouvaient hélas le garage pour véhicules lourds, et le hangar à navettes. Il aurait pourtant été bien appréciable, pour les agents conciliens, de pouvoir neutraliser la menace que représentaient de tels appuis terrestres et aériens pour leur évacuation à venir...

Damon et Saïda atteignirent bientôt le sas blindé de l'unique porte d'accès au bunker, celle-là même par laquelle ils étaient entrés. Saïda vérifia rapidement son Omnitech; ils étaient tout juste dans les temps sur leur planning horaire: plus que 13 minutes avant l'arrivée sur zone de Lenks et Andrak! Il leur resterait donc encore un peu de temps pour retrouver leur amie Feylin Adamas, avant que la navette Kodiak de leurs compagnons ne vienne déverser l'enfer sur la base des Marteaux de Sheitan.

Un ultime obstacle se dressait toutefois encore entre eux, et l'espace relativement ouvert du campement: la grande clôture électrifiée qui matérialisait l'enceinte du blockhaus. L'unique moyen de franchir cette barrière se limitait au petit poste de garde par lequel les deux N7 étaient déjà passés à leur arrivée, situé à environ 10 mètres face au sas d'entrée dans l'ombre duquel ils se dissimulaient encore. Ce qui se passait au niveau de ce checkpoint était visible de tous les mercenaires circulant dans le secteur; et à ce stade, il n'était pas encore question d'engager un combat susceptible de dégénérer en affrontement contre l'ensemble des forces armées de la base! Il allait donc falloir y aller au culot...

En voyant approcher les deux visiteurs humains à présent pourvus d'armes visibles, les trois sentinelles des Soleils Bleus se raidirent et commencèrent à apprêter nerveusement leurs propres fusils. Le caporal turien qui dirigeait le dispositif vint se placer sur le chemin des deux commandos en armures N7, une main fermement posée sur le pistolet placé à sa hanche, et l'autre levée vers eux pour leur intimer l'ordre de s'arrêter:

–- Une petite minute, tous les deux... Comment ça se fait que vous portiez des armes, maintenant? Et où est passée le lieutenant Eryx? Elle était censée vous coller aux semelles durant tous vos déplacements dans le périmètre fortifié!

Ce fut Saïda qui prit l'initiative de répondre: la Spectre chevronnée savait pouvoir compter sur sa bonne connaissance du fonctionnement interne des Soleils Bleus – alliée à une exploitation intelligente de la réputation de suffisance des combattants d'élite N7 de l'Alliance! – pour pouvoir berner ce sous-fifre de mercenaire. Et elle pensait également pouvoir tirer parti de l'aspect peu engageant de son visage noirâtre et craquelé, probablement intimidant même pour un Turien. Le fait est que le sourire triomphal qu'elle adressa au caporal avait quelque chose de franchement terrifiant!

–- Mon gars, commença-t-elle avec entrain, on vient tout juste de signer un putain de beau gros contrat avec ton boss, là en bas! Je devrais dire notre boss, vu qu'après la période de probation ramenée au minimum, on sera officiellement des vôtres... Et quand je parle d'un beau gros contrat, je te dis même pas le montant de notre solde avec primes, mon pauvre vieux, ça t'en ferait grincer des mandibules! ajouta-t-elle avec condescendance, en passant son majeur sous le sigle N7 blanc et rouge estampillé sur sa poitrine. Bref, en signe de bienvenue et d'intégration, le capitaine Ravar nous a autorisés à porter des armes sans délai, et devine quoi? il nous a même laissés les choisir dans l'armurerie privée de son bureau! Ça t'en bouche un coin, ça, hein? Quant au lieutenant Eryx, ben... Elle, elle avait pas l'air franchement d'accord avec les décisions du capitaine; donc, elle est restée en bas pour, disons... pour en discuter en privé avec lui...

Devant la réticence patente du Turien à admettre ses dires, Saïda ajouta d'un ton indifférent:

–- ...Oh, tu peux toujours appeler le lieutenant Eryx ou le capitaine Ravar pour vérifier tout ça. Ceci dit, ils étaient en grande conversation quand on a pris congé, et je peux même dire que ça avait l'air de barder méchamment entre eux. Parti comme c'était, je crois qu'ils sont loin d'en avoir encore fini... Alors si tu veux vraiment les déranger maintenant, c'est ton problème!

En bonne psychologue, Saïda pensait avoir assez bien jaugé les manières abruptes et rébarbatives de la grande bringue turienne qui était venue les chercher au Blue Scum, elle et Damon, pour supposer qu'elle devait traîner une solide réputation d'irascibilité parmi la piétaille des mercenaires. En conjuguant celle-ci au caractère notoirement emporté de Ravar, l'Humaine se doutait que personne n'oserait prendre le risque d'importuner ces deux-là dans un de leurs mauvais jours... De fait, les hésitations du caporal turien furent brèves, et il se résolut assez vite, bien que visiblement a contrecœur, à laisser les deux nouvelles recrues quitter l'enceinte clôturée avec leurs armes.

–- Hé! s'exclama soudain l'une des sentinelles du poste de garde, au moment où Damon passait devant lui. Mais dites donc, c'est le Firestorm personnel du sergent Frost que vous portez là derrière!

Damon fit face au soldat, un jeune Humain, de manière à lui adresser un grand sourire légèrement condescendant. Le N7 tapota le lance-flammes portatif au châssis plaqué or arrimé sur le dos de son armure, en expliquant joyeusement:

–- Petit, on s'est aperçus dans le bunker là en bas qu'on se connaît en fait de longue date, ce cher vieux Hermann et moi! C'est lui-même qui m'a confié son joujou préféré, afin que j'aille l'essayer sur le pas de tir. Il m'a conseillé d'utiliser le même modèle d'arme, et il tenait à ce que je m'en fasse une idée par moi-même avant de me décider...

L'assurance et le pouvoir de conviction dont Damon fit preuve en cette occasion, pouvaient surprendre de la part du soldat qui se prétendait le plus mauvais comédien de l'Unité N°1. La jeune sentinelle devant lui sembla hésiter un moment à avaler cet énorme bobard, mais un signe de tête autoritaire de la part de son caporal le convainquit bientôt de lâcher l'affaire. Dès que les deux imposteurs eurent pris quelque distance, Damon eut droit aux félicitations de sa supérieure, qui semblait aussi surprise que sincèrement ravie:

–- Eh bien là, s'extasia la Spectre, on peut vraiment dire que tu m'as bluffée! Tu as quand même fait preuve d'un sacré sang-froid, pour parvenir à sortir une foutaise de ce calibre sans même sourciller!
–- Bah, c'était trop facile!
répondit Damon avec modestie. Je comprends encore mieux maintenant ton mépris pour les Marteaux de Sheitan, cap'taine: leurs protocoles de sécurité sont une farce! Réussir à rouler dans la farine des guignols pareils n'a vraiment rien de glorieux...
–- Il reste un dernier point à régler
, poursuivit Saïda d'un ton soucieux. Il va encore falloir retrouver Feylin avant de pouvoir se tirer d'ici...

Le hululement sinistre d'une alarme s'éleva soudain derrière eux, se répétant bientôt sur tout le périmètre du campement. Heureusement, la zone d'entreposage qu'ils étaient en train de traverser était totalement déserte. Damon compléta vivement les priorités énoncées par sa patronne:

–- Il va falloir trouver Feylin et un endroit peinard où se faire oublier, le temps que Lenks et Andrak arrivent à la rescousse! Tu as un signal de ton côté?

Feylin, Saïda et Damon avaient envisagé la possibilité qu'à leur entrée sur la base des Marteaux de Sheitan, les modules de communication de leurs Omnitechs pourraient être désactivés ou leur être confisqués – ce qui avait effectivement été le cas. Aussi avaient-ils pris soin, avant leurs départs respectifs, de synchroniser leurs Omnitechs de manière à ce qu'ils entrent en résonnance s'ils se retrouvaient suffisamment proches les uns des autres. À présent que Feylin devait avoir activé cette application au même titre que ses deux complices d'infiltration, tous trois allaient pouvoir se localiser mutuellement sans trop de difficultés, même ici dans cette agglomération anarchique faite de conteneurs modulaires posés et empilés un peu n'importe comment.


Une allee glauque de la base mercenaire.jpg
Une allee glauque de la base mercenaire.jpg (252.01 Kio) Consulté 179 fois

Ce fut Damon qui détecta le premier le signal de l'Omnitech de Feylin, qui les mena lui et Saïda vers un dédale d'allées étroites; il allait sans doute devenir plus difficile d'obtenir ici une localisation précise du signal. Mais alors qu'ils passaient devant l'entrée d'une de ces venelles, les deux agents y entendirent siffloter un air de musique assez majestueux. L'air en question, qu'ils connaissaient pour l'avoir déjà entendu siffloter ainsi à bord du SSV Citadel, n'était autre que l'hymne des chasseresses de la Garde de Serrice. Or ils n'avaient encore guère croisé beaucoup d'Asari sur cette base des Soleils Bleus; et il n'y en avait qu'une seule parmi entre elles dont ils aient su en connaissance de cause qu'elle avait servi dans ce corps de troupes prestigieux...

Saïda et Damon pénétrèrent aussitôt dans le passage en question. Leur amie Feylin Adamas les attendait effectivement bien sur place, avec son sourire le plus radieux aux lèvres. Se trouvaient également là les corps sans vie de trois mercenaires turiens en armures bleues et blanches, avec leurs armes rassemblées dans un coin... Les trois agents enfin réunis prirent le temps d'une étreinte rapide, heureux de s'être retrouvés, avant de commencer à faire le point:

–- Contente de vous revoir! s'exclama Feylin ravie. Je commençais vraiment à m'inquiéter pour vous deux... On a nos billets d'envol?
–- Quatre minutes avant extraction
, confirma Saïda en consultant rapidement son Omnitech.
–- On dirait que tu as eu de la visite pour t'occuper? s'enquit Damon en désignant les dépouilles des trois Soleils Bleus.
–- Oh, un vieil ami est juste passé me dire bonjour! On allait prendre congé...

Damon et Saïda reconnurent effectivement, parmi les toutes dernières victimes en date de la redoutable chasseresse asari, le grand escogriffe balafré qui lui avait fait du rentre-dedans au Blue Scum, juste un peu plus tôt dans la journée. Il s'agissait probablement là du soldat qu'Arkoh Ravar avait appelé caporal Rinhus, lorsqu'il l'avait lancé à la poursuite de Feylin. Les autres étaient d'ailleurs ses acolytes déjà croisés également au Blue Scum: tous deux étaient assis dos contre la paroi d'un des conteneurs modulaires, juste au-dessous d'une large projection de sang gris bleu. Quant à Rinhus, l'angle insolite que sa tête carapacée formait avec son long cou certifiait, de manière assez nette, que ses ardeurs avaient été définitivement refroidies!

–- Vous avez pu obtenir les infos? demanda fébrilement Feylin. Et Ravar?
–- On a copié les fichiers dont on avait besoin
, confirma Saïda en levant le gantelet doré de son Omnitech. Et pas mal d'autres aussi. Quant à Ravar...

Damon pointa la direction du QG bétonné d'un coup de menton, tandis qu'il annonçait joyeusement:

–- Ravar a préféré rester retranché à jamais dans Fort Ducon. On lui a même fait une petite flambée avant de partir, pour qu'il n'y prenne pas froid trop vi...!

Le N7 fut interrompu en pleine blague vaseuse par les rafales qui vinrent brusquement s'écraser au beau milieu du groupe d'agents, en égratignant leurs barrières cinétiques au passage. Fort heureusement, les tirs ne provenaient que d'une seule des deux entrées de l'allée de conteneurs où ils venaient d'être localisés: le groupe de mercenaires chargé de les coincer ici avait ouvert le feu trop tôt, avant que le piège ne se soit totalement refermé.

Saïda et Feylin s'élancèrent aussitôt vers l'autre issue de cette venelle, avec Damon en serre-file: le tireur d'élite couvrit leur retraite avec la mitraillette légère Tempête qu'il avait récupérée dans le bureau de Ravar, en arrosant simplement en pleine course d'une seule main ferme et experte. Sa première rafale longue, particulièrement bien ajustée, lui suffit pour faire tomber les boucliers du plus exposé des mercenaires: l'homme se jeta aussitôt à couvert, imité en cela par ses comparses mus par le même réflexe de survie. Les trois fuyards parvinrent à s'extraire du piège mortel de ce passage étroit, juste avant que l'autre issue n'en fût occupée par un second groupe de Soleils Bleus.

Saïda, Feylin et Damon continuèrent à cavaler droit devant eux d'une allée à l'autre, en bifurquant à chaque fois qu'ils en avaient l'occasion, de manière à contrer les plans d'encerclement des mercenaires qui les avaient pris en chasse. Damon fermait toujours la marche, en continuant à lâcher au jugé quelques brèves rafales derrière lui, lorsque leurs poursuivants se rapprochaient un peu trop à son goût. S'arrêter, tenter de se retrancher sur l'une ou l'autre position, aurait signifié l'enveloppement immédiat par l'ennemi, la submersion sous le nombre, et la mort à très court terme. Deux mercenaires butariens tentèrent bien à un moment donné de se mettre en travers de leur route, lorsqu'ils surgirent devant eux au détour d'une nouvelle allée de conteneurs. Mais avant même que Saïda ait pu commencer à charger la double Projection qu'elle avait prévue de lancer, Feylin avait déjà dégagé le passage en une Charge biotique dévastatrice, qui envoya les deux Soleils Bleus percuter violemment les parois des abris modulaires derrière eux.

–- Bon Dieu de merde! jura Saïda, tandis qu'elle revérifiait le compte à rebours sur son Omnitech tout en continuant à courir. J'espère vraiment que Lenks et Andrak ne vont plus tarder, maintenant...!

Comme pour répondre à la "prière" du capitaine, la navette tant attendue émergea à ce moment précis depuis l'horizon de la canopée de la jungle de Zorya, pour venir survoler le campement. Conformément aux préconisations de Feylin, le second des deux UT-47A Kodiak de l'Alliance embarqués sur le SSV Citadel avait été entièrement repeint d'une couleur grise uniforme, de manière à couvrir cette opération hostile du voile d'un parfait anonymat. L'engin lourd ouvrit immédiatement le feu à l'aide de ses deux canons orientés vers l'avant, en faisant sauter celui des conteneurs modulaires derrière lequel se trouvaient la plupart des poursuivants de Feylin, Damon et Saïda. Comme la Spectre l'avait prévu, la grande tourelle antiaérienne sous programme de défense GARDIA ignora totalement cette menace, ce qui ne manqua pas d'accroître encore le désarroi des mercenaires confrontés à la brutalité de cette frappe surprise.

–- WHOOOOUHAHH! rugit Damon en brandissant son poing vers le ciel. Vas-y Sauterelle! Fais-leur bouffer du métal!

Sudaj Lenks – alias 'Sauterelle' pour Damon – était aux commandes de la grosse canonnière, ce qui était le choix le plus logique: le vétéran du GSI galarien était en effet le deuxième meilleur pilote de l'Unité N°1, loin derrière Damon toutefois. En ce qui concernait Andrak Atkoso'dan, le rôle qu'il s'était réservé devint vite évident lorsque le panneau latéral droit du Kodiak s'ouvrit en grand, pour dévoiler les tubes juxtaposés du redoutable canon automatique de portière du véhicule d'assaut! Après tout, le gigantesque chasseur de primes butarien était quant à lui le deuxième meilleur opérateur d'armes lourdes de la petite équipe – toujours derrière le Sniper humain, mais de bien peu cette fois-ci.


Canon de sabord d'un Kodiak - Attention, ca depote !.jpg
Canon de sabord d'un Kodiak - Attention, ca depote !.jpg (193.48 Kio) Consulté 179 fois

Lenks commença à manœuvrer le Kodiak de manière à décrire des cercles concentriques au-dessus de la base mercenaire, en vue d'offrir le meilleur champ de tir au canon latéral d'Andrak. Ce dernier ne manquait pas de cibles d'opportunité: l'organisation anarchique du camp de jungle faisait en effet danser devant sa mire holographique toute une concentration inespérée de citernes d'hydrogène, d'accumulateurs énergétiques, et de conteneurs de munitions hautement explosives stockés en plein air sans la moindre protection! Le déluge de projectiles hypersoniques du canon de sabord déchirait également les parois des abris modulaires comme du papier, en massacrant allègrement tout ce qui se trouvait à l'intérieur. En seulement quelques rotations, Lenks et Andrak avaient déjà transformé le cœur de la base en un brasier ardent secoué d'explosions intermittentes...

Les tirs nourris d'armes légères étaient la seule réponse que les mercenaires impuissants étaient en mesure d'opposer aux passages dévastateurs de cette véritable arme d'extermination massive. Mais leurs rafales ne faisaient que s'écraser sur les barrières cinétiques de la navette, sans même représenter d'ailleurs la moindre menace pour son épais blindage. Le poste de tir ouvert d'Andrak était toutefois particulièrement exposé; quelques projectiles ricochèrent même à l'intérieur du compartiment passagers du Kodiak. Mais les puissants boucliers de l'armure lourde du Butarien absorbèrent sans aucun problème l'impact des quelques tirs qui parvinrent à atteindre sa vaste silhouette.

Une mercenaire humaine armée d'un lance-missile ML-77 tenta de se glisser sur les arrières de la navette d'assaut, dans son angle mort. Mais alors qu'elle ajustait sa visée, l'Humaine eut la surprise de sentir le sol se dérober sous ses pieds, tandis qu'elle s'envolait à plus de six mètres de hauteur! La troupière désemparée finit cependant par regagner le plancher des varrens plus rapidement encore qu'elle ne l'avait quitté, mais surtout bien plus vite qu'elle ne l'aurait souhaité: un bruit spongieux écœurant filtra de son armure, lorsque son corps revint s'écraser au sol à la vitesse d'un météore! À trente mètres de là, Saïda Keren abaissa en souriant son avant-bras environné de vapeurs bleues, assez satisfaite de son petit tour de force biotique.

–- On embarque! lança la Spectre en pointant vers l'avant son bras encore fumant. Maintenant ou jamais!

Les frappes précises et impitoyables d'Andrak et Lenks avaient semé suffisamment de chaos pour que le pilote galarien puisse maintenant envisager de rapprocher son engin du sol, en position stationnaire à moins de vingt mètres de ses amis. Saïda et Damon avaient projeté de récupérer le Kodiak aux couleurs de l'Alliance à bord duquel ils avaient rejoint le campement des mercenaires, mais cela allait malheureusement s'avérer impossible. L'engin était certes visible au sol, soigneusement épargné par l'offensive aérienne, mais il était trop éloigné et trop exposé pour que Damon, Feylin et Saïda puissent espérer le rejoindre. Nos trois agents se résignèrent donc à piquer un sprint en direction du Kodiak gris, bien plus proche, sous la protection des tirs de couverture d'Andrak.

La grosse canonnière d'assaut planait toutefois encore assez haut au-dessus du niveau du sol; mais il n'y avait là rien d'insurmontable pour trois combattants surentraînés. Damon dut effectuer une traction aux épaules pour se hisser à bord – un bel exploit athlétique dans une armure lourde! –, tandis que Feylin passait simplement au-dessus de sa tête en un Saut biotique d'une grâce admirable. En cheffe digne de ses responsabilités, le capitaine Keren embarqua la dernière: Andrak la treuilla à bord à la force de son bras, alors que le Kodiak redécollait déjà. Le panneau blindé latéral de la navette se referma aussitôt, et Lenks reprit rapidement de l'altitude avant que les mercenaires au sol aient pu réagir.

–- Bienvenue à bord du Citadel 02! lança joyeusement le Galarien depuis le poste de pilotage. Météo clémente, malgré forte concentration de métal dans l'air. Grand choix de boissons sucrées sous vos sièges, pour les biotiques ayant fait grosses dépenses d'énergie...
–- Je rêve, ou la Sauterelle vient d'essayer de faire de l'humour?!
s'étonna Damon, qui reprenait encore son souffle.

Tandis que le Kodiak se réorientait sur une trajectoire de fuite, Saïda et ses compagnons purent observer depuis l'écran intérieur du compartiment passagers la mise en place d'une première véritable phase de riposte concertée de la part des Soleils Bleus. Tout d'abord, un volet de protection blindé commença à coulisser au sommet de la grosse colonne de béton que Damon et Saïda avaient précédemment identifiée comme un puits d'atterrissage vertical pour navettes – ce qui signifiait que les mercenaires avaient déjà dû commencer à réinvestir les sections accessibles du bunker souterrain, en dépit de l'incendie qui y sévissait. Un unique appareil ne tarda pas à prendre l'air depuis ce conduit sécurisé: un chasseur de fabrication turienne, taillé de manière caractéristique en forme de griffe acérée. Presque simultanément, deux navettes légères civiles de chez Cision Motors, reconverties avec les moyens du bord en véhicules de reconnaissance armés, s'élevèrent au-dessus de la jungle; elles devaient avoir pris leur envol depuis une petite aire d'atterrissage camouflée à proximité du campement, dont Lenks n'avait pas relevé la présence. Un groupe de mercenaires se pressait également pour monter à bord du Kodiak bleu et blanc que l'Unité N°1 avait dû abandonner intact derrière elle; le gros appareil ne tarderait sans doute pas à décoller pour venir rejoindre la curée.

Ce que les Soleils Bleus ignoraient, c'était que leurs vaisseaux seraient condamnés à l'instant même où ils ouvriraient le feu. Saïda y avait veillé, lorsqu'elle avait reprogrammé les protocoles du système de défense GARDIA, et réassigné un nouvel ordre de priorité des menaces à la grande tourelle antiaérienne automatisée qui trônait au beau milieu du camp... L'énorme canon laser bitube, jusqu'alors inerte, prit successivement pour cibles les trois objets volants en l'espace d'à peine deux secondes en tout. Les deux navettes légères explosèrent d'abord coup sur coup en plein vol, en dispersant leurs débris sur les mercenaires au-dessous d'elles! Puis l'instant d'après, le chasseur turien fit une brusque embardée en dégageant un épais panache de fumée, avant d'aller s'abattre dans la jungle à l'extérieur du camp.

Après ce nouveau coup du sort, la résistance morale des Marteaux de Sheitan se mit à montrer des signes très nets d'effondrement: certains parmi les mercenaires commencèrent même à fuir vers l'abri de la jungle toute proche! Feylin reconnut parmi ceux-là certaines des plus jeunes recrues avec lesquelles elle avait partagé cet éprouvant trajet nocturne en Grizzly: les bleubites venaient sans doute de réaliser qu'il était préférable, pour leur propre bien, de renoncer à un engagement dans un groupe paramilitaire qui savait se faire de si puissants ennemis!

L'UT-47A Kodiak tombé aux mains des Soleils Bleus était cependant quant à lui immunisé contre toute attaque de la part de la tourelle antiaérienne: le capitaine Keren l'avait en effet explicitement exclus des protocoles de verrouillage des cibles du système GARDIA, puisque les agents conciliens avaient espéré pouvoir le ramener avec eux... Les mercenaires furent peut-être d'abord surpris de ne pas subir le même sort que leurs petits camarades après avoir pris leur envol; mais ils ne tardèrent guère à profiter de l'aubaine pour prendre en chasse la canonnière des fuyards. Lenks déploya toute l'étendue sa science du pilotage de combat pour enchainer chandelles, glissades et zig-zags. Ces manœuvres évasives permirent cependant au véhicule des poursuivants de se rapprocher de celui de l'Unité N°1, et n'empêchèrent pas les boucliers cinétiques de ce dernier d'encaisser deux impacts successifs. Damon finit par faire irruption dans le poste avant, en posant vivement sa main sur la frêle épaule du pilote galarien:

–- Passe-moi le manche, vieille branche! Laisse donc faire un vrai professionnel... Oh, et puis la daronne t'attend à l'arrière, aussi: je crois bien qu'elle a un boulot pour toi!

Contre toute attente, Lenks ne vit pas l'intérêt d'argumenter quant au fait que la navette ne se manœuvrait pas à l'aide d'un "manche", mais de tableaux de commandes holographiques – pas plus d'ailleurs qu'il ne disputa ces dernières à l'expert en voltige de l'équipe. C'est donc sans un mot que le grand échalas amphibien se coula souplement hors du siège pour rejoindre le compartiment passagers, tandis que Damon se laissait tomber dans le fauteuil ainsi libéré avec un râle d'intense satisfaction. Sans que Lenks ait eu besoin d'en faire la requête, Saïda s'employa sur-le-champ à transférer sur son Omnitech les données pertinentes récupérées dans le bureau de Ravar. Délivré pour l'heure de toute autre tâche, le vétéran du GSI se mit aussitôt à l'œuvre sur les algorithmes cryptiques à mesure qu'ils défilaient devant ses yeux.


Kodiak en trajectoire de fuite au-dessus des jungles de Zorya.jpg
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Avec le changement de pilote, la course-poursuite descendit à très basse altitude, au ras des crêtes montagneuses de Zorya. Les manœuvres évasives du Kodiak des agents se firent également plus sûres, plus fluides, et plus inspirées. La navette des mercenaires perdit rapidement son verrouillage, et ne parvint jamais à regagner l'avantage dont elle avait pu profiter dans un premier temps. Damon aurait sans doute même pu réussir à passer derrière le véhicule de ses poursuivants s'il l'avait voulu, par exemple en le poussant à dépasser le sien. Mais pour une raison ou pour une autre, il se contentait pour l'heure de faire tourner ses adversaires en bourrique, de leur faire comprendre qui dominait le combat aérien, de leur montrer qui était le patron... Depuis le compartiment passagers, Saïda le laissa un moment s'amuser, en le couvant du même regard complice dont une mère couve son jeune enfant absorbé par son nouveau jeu vidéo. La Spectre finit cependant par abandonner sa contemplation énamourée pour se tourner vers Andrak Atkoso'dan, le servant du canon de sabord qui venait de faire du si bel ouvrage au-dessus du camp des Soleils Bleus:

–- Andrak? Je crois que c'est le bon moment pour le feu d'artifice qu'on avait prévu au cas où...

Le colosse butarien fourra aussitôt son énorme main dans la sacoche à munitions sanglée contre sa cuisse gauche. Ce fut pour en tirer ce qui ressemblait à une simple poignée, pourvue à l'une de ses extrémités d'un bouton-poussoir, qu'il tendit obligeamment à sa supérieure:

–- Je vous en laisse l'honneur, Madame...
–- ...L'honneur, et le plaisir!
répartit Saïda en s'emparant avidement du détonateur à distance.

Pas de compte à rebours: la Spectre humaine pressa sans plus de cérémonie la commande d'activation des micro-charges explosives – celles que Lenks avait habilement dissimulées par précaution, avant le départ de Damon et Saïda, à bord de la canonnière aux couleurs de l'Alliance avec laquelle ceux-ci avaient ensuite rejoint la base des Soleils Bleus! Une vive série d'explosions déchiqueta littéralement le véhicule piégé, dont les débris enflammés s'abattirent ça et là dans la jungle de Zorya, derrière la navette de nos agents.

–- Game over! conclut joyeusement Damon en reprenant un cap de vol rectiligne. À la prochaine fois, les gars!
–- Mission parfaitement remplie!
résuma Andrak d'un ton satisfait. On a récupéré les données, les effectifs de Marteaux de Sheitan sont saignés à blanc, leurs activités en cours sont sérieusement compromises...
–- ...Et les agents du SSC assassinés sur la Citadelle sont enfin vengés
, compléta Feylin en regardant sur l'écran intérieur du Kodiak les colonnes de fumée noire qui s'élevaient depuis la jungle dans leur sillage.

Le capitaine Keren ne trouva rien à ajouter; mais son sourire d'une oreille à l'autre en disait assez long sur son état d'esprit en ce moment de gloire éphémère. La Spectre humaine tourna ensuite son attention vers Sudaj Lenks, qui semblait en avoir déjà fini avec son travail de décryptage:

–- Alors? Tu as les coordonnées de la commanditaire des attaques contre la Citadelle?

Le Galarien ne répondit pas immédiatement: visiblement surpris par le résultat de ses recherches, il était en train de procéder à une seconde vérification, puis réinitialisa encore l'authentification du traçage des circuits de financement. Cela ne lui prit au total que quelques secondes. Lenks finit alors par tourner un visage incrédule vers la Spectre, en lâchant rapidement:

–- Aucune trace de Maya Brooks. Commanditaire, une de nos vieilles connaissances: Haut-Maréchal Sanxhet Qahlah'ram, Guide suprême d'Okhrid! (1)


[...]

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(1) Relire Unité N°1: Saison 3, Épisode 2 (3ème mission)

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Arnaud
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Re: Unité N°1: Saison 3

Messagepar Arnaud » jeu. 21 avr. 2022 12:46

J'adore vraiment ton travail! c'est excellent à lire, on s'attache au personnage et leurs caractères ressortent bien à la lecture.
Hâte de lire la suite de leurs avantures


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