Unité N°1: a Mass E...
 
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Unité N°1: a Mass Effect story

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Dr Sordin Molus
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  • Épisode 5: Une mine d'informations

    Nébuleuse d'Oméga – Système Sahrabarik – Astéroïde Oméga -
    Exploitations minières désaffectées

  • Les phares de la petite navette de Guerdan, Damon et Llor déchiraient l'obscurité alors que le véhicule aérien descendait les vastes galeries désertes, loin des districts populeux de la station pirate, pour enfin aboutir à un promontoire en surplomb au-dessus d'une large crevasse, une veine de ce minerai d'élement zéro dont Oméga est si richement pourvue. Ce filon autrefois exploité pour le compte d'Aria T'Loak avait été fermé depuis longtemps par manque de rentabilité; mais il rouvrirait sans doute le jour où les gisements voisins seraient épuisés. La navette urbaine qu'avaient empruntée Feylin, Lenks, et leur prisonnier butarien, était déjà posée à côté d'une petite tour de contrôle d'excavatrices automatisées dominant la faille, le seul bâtiment minier encore debout dans les environs. Deux lampes de chantier récemment réactivées dispensaient un faible éclairage sur cette partie de la voûte.


    Damon alla poser son véhicule sur la plate-forme, à côté de celui de leurs compagnons. Sudaj Lenks descendait justement l'escalier de la petite installation technique pour accueillir les nouveaux venus. Le Galarien pointa l'étage supérieur largement vitré:

    –- Feylin est là-haut avec la vermine esclavagiste. Sécurisé et menotté; mais pas désinfecté... Une fois, j'ai dû débarrasser carcasse de Vortcha crevé depuis deux semaines dans vieilles toilettes elcors. Désagréable souvenir rémanent, ravivé par expérience récente. Ce Butarien empesterait sûrement moins si mort depuis deux semaines...

    Guerdan monta rejoindre Feylin Adamas, sa consœur asari qui surveillait le prisonnier, pendant que les autres faisaient le guet dehors. Lenks nota à son langage corporel que la Spectre semblait familière avec les lieux, qui lui avaient certainement déjà servi de planque ou de lieu d'interrogatoire lors de précédentes missions. Des scans d'ADN sur le plancher donneraient sans doute de bien macabres surprises, songea l'ancien agent du GSI.

    Feylin n'avait pas eu l'occasion de se changer; elle portait toujours la robe moulante et échancrée qu'elle avait dû revêtir pour sa mission au club Eezo Booster. Dame Guerdan Qoliad, en revanche, arborait à présent une rutilante armure légère de couleur pourpre, frappée de l'emblème des Spectres sur les épaulières: un atout de plus pour intimider la vermine esclavagiste, comme disait Lenks... Menotté sur une chaise au milieu de la petite pièce crasseuse, Vasan Erdrast paraissait fiévreux, encore secoué jusqu'aux entrailles par ce qui était sans doute son premier contact avec une alimentation dextro-protéinée. Les deux Asari s'efforçaient de faire abstraction de l'odeur immonde qui suintait toujours du pantalon hors de prix du Butarien entravé.

    –- Tâche de débarrasser ta cabine de tout le f'oona que la Quarienne y planque encore, glissa Guerdan à Feylin. Je ne veux plus jamais devoir endurer une telle infection!


    Feylin entama la première phase de l'interrogatoire, un rituel mis en place de longue date entre elle et Dame Qoliad. Elle s'assit juste en face d'Erdrast, son visage presque contre le sien, allongeant voluptueusement ses bras nus autour des épaules du Butarien. D'aucuns prétendent que les Asari doivent forcément user de phéromones, pour s'assurer une emprise érotique si légendaire sur une si grande variété d'espèces de cette galaxie. Pour mieux déconcentrer sa cible, Feylin lui offrait une vue plongeante sur toute la profondeur du décolleté provocant de sa tenue de tapineuse de haute volée. L'Asari attaqua d'une voix chaude et sensuelle:

    –- Bon, mon grand, on connaît tes rapports avec tes frangins de Bahak'Je Relag: on sait que c'est toi qui les finances, toi qui les rencardes sur les colonies humaines les plus vulnérables à attaquer, toi qui récupères et revends les esclaves capturés lors de ces expéditions... Ce qu'on ignore, c'est qui au-dessus de toi te désigne les cibles, qui t'envoie les infos, les armes, les ressources... Alors ou tu nous dis dis ce qu'on veut savoir, et on te renvoie changer de pantalon et reprendre tes tristes activités de trafiquant de chair humaine; ou tu fais le mauvais choix, et ma copine bleue ici présente t'envoie visiter sans moteur gravitationnel les profondeurs des sillons métallifères en-dessous de nous...

    Une des paires d'yeux du Butarien restait fixée sur la ravissante créature en face de lui, tandis que l'autre détaillait la grande brute balafrée qui demeurait en retrait les bras croisés, adossée à un mur de la pièce, le soupesant visiblement du regard avec autant d'aménité qu'on le ferait d'un quartier de viande prêt pour la découpe. Erdrast déglutit pour mieux se préparer à parler:

    –- Bon, d'accord... Depuis quelques mois, on me transmet régulièrement les cibles humaines à attaquer, avec les codes de sécurité des systèmes de défense, les fréquences à brouiller, les faiblesses structurelles, le programme des patrouilles navales de l'Alliance dans ces secteurs... Et avec à chaque fois accès à un compte bancaire couvrant largement les frais, et ma comm'... Tout ça vient d'adresses toujours différentes, mais avec le même code de reconnaissance, le même encryptage dont on m'a remis la clé... Moi, je me suis dit qu'il devait s'agir d'un groupe de patriotes butariens discrets, avec de gros moyens. J'ai effacé toute trace des messages, et je n'ai pas cherché à en savoir plus long: c'est mauvais pour les affaires!
    –- Gentil garçon
    , susurra Feylin en souriant de toutes ses dents; un sourire qui n'avait absolument rien d'aimable.

    L'Asari n'était pas mécontente que tout se soit passé si facilement. En cas de réticence, elle aurait toujours pu extraire ces informations de l'esprit d'Erdrast en opérant une fusion mentale avec lui. Elle l'avait déjà fait lors de précédents interrogatoires. Mais l'esclavagiste la révulsait bien trop, et pas seulement à cause de son état actuel. Et puis, la perte de Serval était encore si récente...

    À présent, c'était au tour de Guerdan d'incarner le rôle de la furie incontrôlable: son préféré! Feylin venait à peine de se lever lorsqu'elle agrippa brutalement Erdrast par le col de sa chemise en soie de Thessia et l'attira vers elle, pointant deux doigts en fourchette vers sa paire d'yeux supérieure. Miser sur la valeur religieuse que les Butariens accordent à leur intégrité oculaire est une technique d'interrogatoire souvent payante.

    –- N'espère pas t'en tirer comme ça, ordure! Un foutu paranoïaque comme toi, qui n'entre aux chiottes sans ses gardes du corps qu'en dernier recours, a sûrement dû chercher à en savoir plus long sur un employeur qui fait tant de mystères. Tu as intérêt à me dire tout ce que tu sais, crevure d'esclavagiste! Tout, ou je te jure que tu vas sacrément perdre en profondeur de vision!

    Les Spectres, une élite peu nombreuse, sont des personnages publics dont l'actualité fait l'objet d'une grande médiatisation dans l'espace concilien et au-delà. Avec ses cicatrices faciales et sa longévité dans la profession, Dame Qoliad était probablement l'un des agents les plus connus et les plus facilement identifiables. Sans s'être présentée, elle savait qu'un trafiquant de l'envergure de Vasan Erdrast l'avait déjà reconnue. Tout comme elle savait qu'il connaissait la réputation impitoyable des Spectres en chasse: il y a peu de différences pour eux entre la vie et la mort, entre l'éthique et l'abominable lorsqu'ils sont en quête d'informations cruciales. Bien sûr, tous les Spectres ne sont pas faits du même métal. Mais ce n'était pas là une nuance que Guerdan jugeait utile de préciser au Butarien; pas maintenant qu'il allait se mettre à table...

    –- Oui c'est vrai, confessa Erdrast en convulsant de tous ses membres. J'ai essayé d'en savoir plus. Mes gars ont dû remonter un paquet de reroutages, d'adresses fictives, de liens morts... Des pros, pour sûr. Ça a excité ma curiosité. J'ai fini par aboutir au véritable expéditeur. Sur Novéria. Centre de Recherches du Pic N°10, société Cryosurv... non, Cryosurge! Des Humains. Évidemment, que je me suis posé la question: pourquoi des scientifiques humains voudraient la destruction de petites colonies humaines sans importance, sans lien les unes avec les autres? Mais après tout, je m'en fiche: ils m'ont payé ce qu'ils me devaient, et j'ai tiré un bon paquet de la revente des esclaves... J'ai arrêté là pour éviter de me faire repérer: leur surveillance relève d'un niveau de sécurité militaire! Ces types-là ne sont pas des petits plaisantins, en tout cas sûrement pas de simples chercheurs en médecine... Pitié, je vous ai tout dit! Je le jure sur tous mes yeux!

    Guerdan estima pouvoir faire confiance à la lâcheté de l'esclavagiste: oui, il lui avait sans doute tout dit. D'un mouvement de tête, elle fit signe à Feylin de quitter la pièce.


    La jeune Asari descendit rejoindre ses compagnons qui attendaient au pied du petit bâtiment, assis près du bord de la faille. La question que se posaient maintenant les quatre agents était de savoir quoi faire de leur prisonnier. L'emmener? Certes, Erdrast serait bien accueilli par les tribunaux criminels de l'Alliance, devant lesquels il aurait à répondre de sa participation dans les attaques contre les colonies humaines; mais tenter de le ramener sur leur vaisseau serait risqué, alors que des recherches actives étaient sans doute lancées sur la station pour le retrouver, et qu'il serait déjà bien assez difficile pour les agents de regagner leur bord sans attirer l'attention. Le relâcher serait plus problématique encore: libre de ses mouvements, le Butarien pourrait nuire à l'exfiltration de l'équipe. Ayant identifié un agent Spectre, il pourrait aussi incriminer l'ingérence du Conseil sur Oméga – peut-être même prévenir ses employeurs anonymes, s'il avait conservé un moyen de les joindre. Et puis, il y avait un obstacle moral à laisser ses crimes impunis, et à lui permettre de reprendre son ignoble commerce.

    Feylin, Lenks, Damon et Llor en étaient tous là de leurs réflexions, sans qu'ils aient eu besoin de se concerter, lorsqu'un fracas de vitres brisées leur fit lever la tête vers l'étage où Guerdan s'était isolée avec Erdrast. Ils eurent juste le temps de voir le corps de l'esclavagiste passer à travers les fenêtres et plonger droit vers le fond de la crevasse, plusieurs dizaines de mètres en contrebas. Sa dépouille y serait sans doute un jour ou l'autre déterrée et mise en pièces par l'une des excavatrices automatiques d'Aria. Chacun nota que que le Butarien n'avait pas crié durant sa chute. Il devait déjà être assommé, ou...

    L'avantage et l'inconvénient de faire partie d'une équipe où les décisions importantes sont prises en dernier ressort par l'agent Spectre en charge de l'unité, c'est qu'il revient à celui-ci et à celui-ci seul de porter le poids des choix difficiles. Et il était notoire que face aux choix difficiles, Dame Qoliad avait généralement tendance à opter pour la solution de facilité. Lorsque l'Asari sortit du bâtiment, elle mesura vite l'intensité des regards tournés vers elle:

    –- Quoi? Quelqu'un allait dire quelque chose? Vous saviez très bien qu'on ne pouvait ni l'emmener, ni le laisser partir. Et puis de toute façon... Je n'ai jamais pu sentir les esclavagistes!

    Guerdan soupira en parlant de sentir, désespérant de jamais parvenir à débarrasser son armure préférée de cette odeur abjecte de Butarien malade.

    –- J'ai bien l'impression, observa Llor, qu'il vaut nettement mieux se tenir aux côtés de Dame Qoliad que parmi ses ennemis...
    –- T'apprends plutôt vite
    , Miroir Magique, concéda Damon. Sauf que nous, on dit juste: "Faut pas faire chier Guerdan!"

    [...]

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    Dr Sordin Molus
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  • Épisode 6: Entre ciel et glace

    Nébuleuse de la Tête de Cheval – Système Pax – Planète Novéria -
    Centre de recherches du Pic N°10 -
    Siège et laboratoires sécurisés de la firme Cryosurge

  • Les informations soutirées à Vasan Erdrast sur Oméga s'étaient révélées très instructives. Une fois passés au peigne fin, il s'était avéré que les bilans comptables du groupe de recherche médicale Cryosurge, basé sur Novéria, avaient été trafiqués de la première à la dernière ligne. Tous les fournisseurs et clients listés existaient bien; mais après enquête, la plupart d'entre eux n'avaient jamais entendu parler de cette société. Les transactions déclarées par Cryosurge ne représentaient qu'une trace fantôme dans leurs trésoreries. Pour autant, une société factice capable de s'offrir l'un des quelques vingt complexes scientifiques ultra-secrets et hyper-sécurisés disponibles sur Novéria, possédait à coup sûr une très solide assise financière.

    À bien y réfléchir, Novéria était sans doute l'endroit idéal pour comploter loin des yeux du Conseil. Situé hors de la juridiction de la Citadelle, ce monde gelé hébergeait les laboratoires de plusieurs firmes de recherches parmi les plus paranoïaques et les plus en marge de la légalité – sans même parler de l'éthique! Parmi les plus riches et les plus influentes aussi, bien sûr: la plus extrême discrétion s'achète toujours au prix fort... L'envoi direct d'une force militaire concilienne n'était donc pas envisageable, à moins de pouvoir la justifier par des preuves irréfutables. Encore eût-il fallu préalablement recueillir celles-ci sur le terrain... Or la Noveria Development Corporation, le consortium propriétaire de la planète, y tolérait tout juste la venue d'agents Spectres très officiellement accrédités par le Conseil. Impossible bien sûr, dans ces conditions, d'espérer pouvoir mener une enquête discrète  sur ce monde où le secret industriel était au centre de toutes choses.


    C'est pour cette raison que Dame Guerdan Qoliad avait préféré tenir purement et simplement les autorités de Port Hanshan à l'écart de l'opération de son unité de terrain. Avec l'aval de l'amiral Padias Eldon, elle avait donc rapidement opté pour une insertion planétaire à l'ancienne, sans recours à une navette trop aisément détectable. Systèmes furtifs activés, la frégate SSV Citadel descendrait à très basse altitude les vallées enneigées de Novéria, afin d'y larguer en vol sous le plancher des radars un petit véhicule tout-terrain Mako avec l'unité GEIST à son bord. Ensuite, tandis que la frégate remonterait se positionner en attente hors de l'orbite planétaire, le Mako rejoindrait son objectif, le complexe de recherches du Pic N°10, en passant par le point d'entrée sans doute le moins surveillé qui ait pu être localisé: un tunnel de maintenance rendu accessible par l'effondrement d'une voûte glaciaire, à la base d'un des versants de la gigantesque installation.

    La météo du jour avait favorisé l'opération: pas de blizzard, mais un ciel immaculé qui avait facilité le passage en rase-mottes du Citadel. Le raid polaire en Mako sur les flancs silencieux des vallées de Novéria, puis l'infiltration discrète dans les soubassements du complexe, tout s'était déroulé à merveille. Et à présent les cinq agents cheminaient pas à pas dans les couloirs déserts de l'antre d'un ennemi encore indéfini...

    Llor'Issah vas Cymris, la nouvelle Infiltratrice de l'Unité N°1, effectuait un constant mouvement de navette, avançant d'abord en tête, son Omnitech pointé devant elle, pour repérer et neutraliser à distance les systèmes de surveillance; puis se replaçant en queue de peloton après la progression de son équipe, pour les réactiver sans laisser aucune trace de son intervention. La Quarienne s'avérait décidément un excellent élément – même si Guerdan ne se sentait pas encore prête à l'admettre à voix haute. La Spectre asari, quant à elle, maintenait un œil prudent sur son détecteur de présence, afin d'anticiper tout mouvement potentiellement hostile dans les environs immédiats du groupe. Toujours aucun contact pour l'heure, ce qui d'un certain côté ne manquait pas d'être inquiétant. Les immenses complexes autonomes de Novéria étaient conçus pour accueillir plusieurs centaines de chercheurs et d'employés; alors comment diable se faisait-il qu'aucune trace de vie n'ait encore été relevée?!

    L'équipe remonta ainsi plus d'un kilomètre de couloirs sans croiser âme qui vive, empruntant plusieurs ascenseurs piratés sans déclencher aucune réaction, avant de parvenir au centre de contrôle du complexe. Les murs de la grande salle déserte étaient tapissés d'une surabondance de serveurs que Sudaj Lenks, l'Ingénieur galarien, estima les plus modernes et performants qu'auraient pu s'offrir les forces armées d'une grande nation. Cette débauche de puissance de traitement d'informations devait exiger une quantité d'énergie faramineuse. C'est en s'arrêtant devant les écrans de veille de cette salle, sur lesquels s'affichait orgueilleusement l'emblème non pas de la société fictive Cryosurge mais du véritable résident du centre de recherches du Pic N°10, que les agents découvrirent l'identité réelle de leur adversaire. Le nom de l'organisation, Anthropy, et son logo, un crâne humain en surimpression sur une planète dont chaque Terrien connaissait le contour des continents, ne laissaient aucun doute sur la nature de l'ennemi: une nouvelle faction suprémaciste humaine!

    –- De foutus clones de Cerberus! cracha Guerdan.
    –- Coupez une tête, il en repoussera deux, grogna Damon.
    –- Une opération 'false flag', analysa rapidement Lenks, l'ancien agent du GSI galarien. Intéressant. Très médiocrement ingénieux, mais néanmoins intéressant. En téléguidant Bahak'Je Relag depuis l'ombre, Anthropy joue sur la peur; crée un ennemi non-humain puissant, imprévisible, capable de frapper n'importe où. D'odieux esclavagistes, en plus. Probable repli identitaire humanocentriste dans les secteurs menacés, réflexe compréhensible chez une espèce jeune. Défiance de l'Alliance envers passivité du Conseil, et des Humains envers incompétence de l'Alliance; comme au temps des meilleurs jours de Cerberus face aux Récolteurs! Anthropy et mouvements xénophobes y récupèrent sympathisants, donations, recrutements motivés. Conjecture: accroissement unilatéral de la pression militaire de l'Alliance dans Travée de l'Attique. Frictions inévitables, rétorsion, escalade, déstabilisation de secteurs frontaliers tout entiers. Anthropy, de jolis fils de pute, pour rester sur une expression socio-génétique humaine!

    Llor'Issah semblait s'intéresser à un terminal en particulier:

    –- J'ai ici les historiques de navigation des navettes légères de Cryosurge... enfin, d'Anthropy. Un code destination ressort très souvent, dans le secteur de la Nébuleuse de l'Aigle: probablement une autre base d'opérations associée. Pas de coordonnées... Hmm, en croisant les identifiants des relais cosmodésiques empruntés, plus les rapports d'incidents atmosphériques, de relevés météorologiques et de contacts observés, je devrais parvenir à isoler non seulement un monde, mais même un secteur planétaire bien précis...

    Guerdan jura tout à coup en observant de l'activité sur son détecteur de mouvement:

    –- Contact!! Six, non, huit éléments avancent vers nous en formation d'assaut, derrière cette porte... Position défensive, vite!
    –- La force de réaction d'Anthropy
    , confirma Damon en consultant son propre scanner. D'après leurs masses: soit des Krogans en slip – douteux; soit des putains d'armures Titan! S'ils ont l'armement qui va bien, là on est mal!

    Au lieu de prendre une posture de combat, les deux Ingénieurs de l'équipe, Llor et Lenks, sans s'être concertés, s'étaient précipités sur des consoles bien précises de la salle de contrôle. Au bout de seulement quelques secondes d'un pianotage frénétique, ils purent rendre compte du travail accompli:

    –- Toutes les portes du central sont scellées, annonça la Quarienne en reprenant son souffle. Ça devrait leur prendre pas mal de temps pour casser le réencodage que je viens d'installer...
    –- Retraite coupée vers le Mako
    , commenta le Galarien. Autre groupe ennemi repéré sur notre itinéraire d'arrivée, armement lourd déployé. Suggestion: surprendre l'ennemi par évasion audacieuse, voie alternative inattendue. Hangar à navettes situé à trente niveaux au-dessus, accessible par petits ascenseurs de maintenance, en partant de ce couloir d'entretien, poursuivit Lenks en désignant un panneau dérobé sur un des murs de la salle. Très risqué, mais totalement imprévisible; probabilités désespérantes, mais... pourrait marcher!
    –- Bref ça passe ou ça casse
    , soupira Guerdan. Putain, on pourrait en faire notre devise, à force... Bon, ben en avant! On va pas rester plantés là comme des Elcors!


    Au bout de 200 mètres d'une course haletante le long de corridors étroits et sinueux, l'équipe atteignit la porte d'un petit ascenseur de service. En se retournant, Guerdan s'aperçut brusquement que Llor n'avait pas suivi. Son communicateur encaissa toute la virulence de son emportement:

    –- Issah!! Vérole de Déesse, qu'est-ce que tu fous derrière!? On est tous à l'ascenseur! Recolle au peloton, au galop!

    Le calme serein dans la voix de la Quarienne fut peut-être plus déconcertant encore que le contenu de sa réponse sur le communicateur de la Spectre asari:

    –- Désolée Madame, mais... je ne compte pas vous rejoindre. Je suis toujours dans la salle de contrôle, et j'espère pouvoir m'y maintenir le plus longtemps possible. D'ici, en agissant depuis ces terminaux, je peux suivre votre progression et celle de l'ennemi, bloquer portes et ascenseurs pour eux, les débloquer pour vous... Je ne serais pas arrivée à en faire autant sur mon petit Omnitech, en cavalant sous les tirs en votre compagnie. Si vous y réfléchissez... c'est la meilleure solution. Bonne chance à tous, et... Keelah se'lai!

    Stupeur, colère, puis hésitation se succédèrent en quelques instants sur le visage couturé de Guerdan, pour être aussitôt remplacées par la plus implacable détermination: l'expression de la terrible décision qu'elle venait de prendre face au choix cruel qui s'était imposé à elle. Pouvoir en l'espace d'une seconde mettre toute émotion de côté, pour se résoudre à la seule alternative viable pour la survie de la majorité du groupe: c'est là la marque des vrais commandants de terrain.

    –- Llor reste en arrière pour nous couvrir! On s'arrache!!
    –- Vai com Deus, menina
    , murmura Damon da Costa alors que le panneau de l'ascenseur se refermait sur les quatre agents.

    Dès lors, ceux-ci se concentrèrent sur leur course folle au travers des couloirs déserts de la base ennemie, afin d'éviter de songer au sort de leur malheureuse consœur... d'éviter d'être écrasés par la honte, d'être tentés de faire demi-tour. À plusieurs reprises pourtant, ils durent bien saluer le formidable ouvrage que continuait à accomplir l'Ingénieure quarienne, quand les tourelles et drones de défense automatique qu'ils croisèrent les ignorèrent totalement.

    Au sortir du dernier ascenseur, ils réalisèrent cependant que leur ange gardien ne veillait déjà plus sur eux, lorsqu'ils furent pris sous le feu de deux tourelles légères Sentinelle positionnées dans l'enfilade du couloir débouchant sur le hangar à navettes. Rien d'insurmontable toutefois pour l'unité GEIST, qui réagit une fois encore avec la coordination et l'efficacité qui lui étaient coutumières. En un éclair, Guerdan enveloppa ses équipiers d'un large dôme de Protection biotique, que les armes automatiques des deux postes défensifs ne parvinrent qu'à moucheter en vain d'une constellation de petits éclairs bleus. Lenks tira aussitôt parti du champ de tir dégagé que la Spectre asari avait pris soin de ménager à ses agents: en pointant son Omnitech vers la tourelle la plus proche, le Galarien généra instantanément sur celle-ci un champ d'énergie localisé assez puissant pour surcharger ses boucliers et griller son Intelligence Virtuelle rudimentaire. Dans le même bref laps de temps, Damon déploya son fusil de précision et ajusta la dernière cible: deux projectiles tirés en succession rapide lui suffirent pour abattre les barrières cinétiques de la tourelle, traverser ses faibles blindages, et fragmenter son cerveau électronique en dizaines d'éclats.

    Une fois neutralisé ce dernier obstacle sur leur route, les quatre agents se ruèrent en avant, droit vers la plus proche des trois navettes UT-47A Kodiak présentes dans cette baie. Sitôt à bord, Damon se jeta dans le siège du pilote, activant l'interface holographique du tableau de bord puis l'allumage des moteurs.

    –- Non! hurla Feylin. Llor est encore là-dedans! On ne peut pas partir sans elle!
    –- Ou on part maintenant, ou on ne partira jamais!
    répondit vivement Damon, qui venait de voir entrer dans le hangar un soldat porteur d'un lance-missile d'épaule ML-77.

    D'autorité, l'Humain referma la trappe de la navette, tout en lançant la procédure de décollage d'urgence. Le Kodiak quitta le dock en dérapage contrôlé, presque sans s'être élevé au-dessus du niveau du pad, et à peine atteint l'air libre remonta aussitôt en chandelle vers le ciel bleu, au-dessus des chaînes enneigées de Novéria.


    Les craintes de Damon furent hélas bientôt confirmées, lorsqu'un signal lumineux sur l'interface holographique l'avertit du verrouillage d'un missile ennemi sur leur sillage. Dans la seconde même, le pilote N7 lança brutalement la navette dans une glissade sur la tranche, qu'il compléta aussitôt par un tonneau barriqué, serrant la figure au point de surcharger les amortisseurs gravitationnels du Kodiak et d'envoyer ses trois passagers s'écraser au plafond. Mais l'audace de Damon s'avéra payante, parvenant à déjouer les capacités de manœuvre du missile qui poursuivit sa route au-delà de leur trajectoire.

    –- Whouh-houh, champion-de-la-galaxiiiiie!! jubila le virtuose humain, au comble de l'excitation. Et alors, à qui on vient embrasser les pieds?...
    –- Merci bien, on vient déjà d'embrasser les nôtres
    , gémit Feylin en se massant le front.

    Damon maintint la navette en vol stationnaire hors de portée du brouillage de la base, gardant un œil sur celle-ci tandis qu'il lançait un appel à la rescousse à destination de la frégate Citadel. Au bout de deux minutes, il vit cependant décoller depuis les hangars un groupe d'une dizaine de navettes armées, frappées comme la leur du logo de la société fictive Cryosurge. Aucune d'entre elles ne fit cependant mine de s'attaquer à l'embarcation de fortune des agents du Conseil: toutes filaient en vol ascensionnel droit vers le ciel immaculé. Les rats étaient de toute évidence en train de quitter le navire. Guerdan se rua dans l'habitacle de pilotage afin de transmettre l'information au Citadel sur le communicateur de bord.

    Mais un autre événement capta bientôt l'attention de l'équipe, lorsque la base secrète d'Anthropy fut soudain secouée par toute 'une série d'implosions! Plusieurs dalles de béton, soufflées par des langues de feu jaillies du cœur de la montagne, se mirent à en dévaler les pentes. La haute tour dominant le Pic N°10 commença à vaciller, avant de basculer et de s'abattre sur les installations en contrebas. Miné jusqu'aux fondations, l'immense complexe finit par s'effondrer sur lui-même, dans une féerie de cristaux de glace en suspension. Feylin poussa un cri d'horreur en visionnant la scène sur l'écran intérieur du Kodiak:

    –- Llor !! Noooon !!!

    Une transmission du Citadel ne tarda pas à apporter son lot de mauvaises nouvelles. Les navettes d'Anthropy étaient passées en vol SLM depuis l'orbite basse avant l'arrivée de la frégate; leur destination ne pouvait être tracée. Si elles étaient équipées d'identifiants trafiqués, ou si un vaisseau gros porteur les attendait quelque part dans le système, il serait impossible de savoir par quels relais cosmodésiques elles auraient ensuite transité. De rage impuissante, Guerdan frappa du poing sur la paroi de la navette:

    –- Par la Déesse! C'est pas possible que ces salauds puissent s'en tirer comme ça! Il doit bien y avoir un moyen...

    Dans un coin du vaisseau, Sudaj Lenks consultait son Omnitech d'un air circonspect, affichant des pages virtuelles en succession rapide au-dessus de son avant-bras:

    –- Guerdan, on m'a téléchargé des fichiers quelques minutes avant destruction de la base. Incomplets mais restituables. Cryptage d'Anthropy, partiellement cassé. L'envoi vient de... Llor!?

    Damon tourna vivement la tête depuis le poste de pilotage. Toute l'équipe comprit en un éclair. Sur le point d'être neutralisée, l'héroïque petite Quarienne, plutôt que d'envoyer un appel à l'aide ou sa position, avait consacré ses derniers instants de liberté à contourner le brouillage d'Anthropy pour faire parvenir à ses compagnons les ultimes bribes d'informations qu'elle venait de recueillir, dans l'espoir qu'elles seraient utiles pour la mission. Lenks eut immédiatement l'idée brillante de compléter ces éléments décryptés en les confrontant aux mémoires de navigation de l'ordinateur de bord du Kodiak détourné. Ce remarquable travail d'analyse et de recoupement demanda moins d'une minute à l'Ingénieur galarien; et l'équipe connut bientôt la destination vraisemblable des autres navettes d'Anthropy, la position précise de la base secrète qu'avait recherchée Llor. Celle-ci était localisée sur Korlus, dans le système-relais Imir: la planète poubelle des Systèmes Terminus!

    L'heure n'était pourtant pas aux réjouissances. Dans le Kodiak, aucun regard ni aucun mot ne furent plus échangés avant que la navette eût rejoint le hangar du Citadel...

    [...]

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  • Épisode 7: Dies Irae !

    Nébuleuse de l'Aigle – Système Imir – Planète Korlus -
    Base de repli du groupe terroriste Anthropy

  • Korlus était le monde dépotoir où pourrissaient tous les vaisseaux hors d'âge envoyés s'écraser là en attente d'un hypothétique démantèlement. Les quatre agents du Conseil avaient dû patauger durant plus d'une journée dans cette fange toxique, afin d'approcher la base ennemie sans risquer d'être repérés. Ils avaient désarmé des pièges laissés sur leur route lors d'un ancien conflit territorial entre récupérateurs; subi deux attaques de varrens, des bêtes de guerre retournées à l'état sauvage; et réchappé de justesse à l'effondrement d'une paroi métallique rongée par la corrosion.


    Tous avaient probablement respiré diverses saloperies dont il faudrait plus tard purger leur organisme. Sudaj Lenks avait sans doute été le plus durement éprouvé de tous, du fait de sa nature amphibienne: le Galarien était en effet au bord de la suffocation! S'ils étaient pourtant parvenus à survivre ensemble à cet enfer, c'était essentiellement grâce à la longue expérience de baroudeuse de Dame Guerdan Qoliad, la Spectre asari, ainsi qu'à la formation en survie tous terrains du vétéran N7 Damon da Costa. Une fois parvenus sur la zone cible, il avait encore fallu encore aux agents trois longues heures de recherches, avant qu'un des drones de Lenks ne découvre l'une des entrées secrètes du repaire d'Anthropy, enterrée dans les fonds de la carcasse rouillée d'un tanker volus.

    Par comparaison avec les flamboyantes installations du Pic N°10 sur Novéria, Korlus n'était de toute évidence qu'une position de repli secondaire, délabrée et pauvrement équipée, visant au mieux à maintenir une présence dans ce secteur de la galaxie. Mais là où le gigantesque complexe de Novéria se cachait en pleine lumière, cette base-ci était très astucieusement dissimulée. Il n'aurait jamais été possible de seulement envisager son existence sans les données transmises in extremis par Llor'Issah vas Cymris – le cinquième agent de l'Unité GEIST N°1, portée disparue sur Novéria. Guerdan et Feylin, Damon et Lenks, tous entretenaient tant bien que mal le mince espoir de retrouver vivante leur camarade quarienne. Il n'avait même pas été possible de déterminer si elle avait péri lors de l'autodestruction de la base d'Anthropy, ou si elle avait été capturée et emmenée ici par les membres de cette faction suprémaciste humaine.

    Seules dix navettes avaient évacué la base principale de Novéria avant son implosion: les effectifs adverses devaient donc être assez réduits. Logique pour une organisation de l'ombre spécialisée dans la collecte d'informations, la corruption de données, et la manipulation d'autres groupes armés à leur insu... Pour autant, les agents conciliens demeuraient constamment aux aguets. C'est au pas, armes à l'épaule et Omnitechs en alerte, que le petit groupe progressait au travers de coursives désespérément désertes. Même s'il n'était pas aussi bon hackeur que Llor'Issah, Lenks parvint à déjouer sans problèmes les systèmes d'alarme et de surveillance au fur et à mesure de leur avancée, de la même façon que la Quarienne l'avait fait sur Novéria. Toujours sur le qui-vive, l'équipe parvint au principal poste de sécurité de la petite base. Personne en vue, mais quelques indices évoquaient un départ précipité: une tasse de café encore tiède retint particulièrement l'attention de Guerdan.

    –- Restez concentrés! gronda sourdement la Spectre asari. Ces sales pyjaks n'ont pas pu détaler bien loin...


    Cette hypothèse se confirmait par le fait que les mémoires des serveurs n'avaient pas été purgées. Lenks activa la lecture de quelques uns des fichiers disponibles. Sur plusieurs vidéos, l'équipe put reconnaître Kader Erbil, le leader d'Anthropy identifié d'après les documents récupérés sur Novéria: un brillant officier des renseignements de l'Alliance, renvoyé pour manquement à l'honneur après de multiples prises de position ouvertement xénophobes, et disparu de la circulation alors qu'il faisait l'objet d'une enquête pour soutien à des activités terroristes anti-turiennes. Ces mêmes documents avaient d'ailleurs pu confirmer l'hypothèse selon laquelle Anthropy était bien à l'origine du trafic d'ézo à échelle galactique sur lequel avait déjà enquêté l'Unité N°1 - enquête qui avait causé la mort du commandant turien Serval Quirinus sur Benning.

    Sur l'un des écrans, Feylin Adamas tomba brusquement en arrêt devant le nom d'un fichier vidéo. La fébrilité de la jeune Asari transparut dans son timbre lorsqu'elle lança la commande vocale de lecture. Il s'agissait là de l'enregistrement de l'interrogatoire d'une prisonnière quarienne, dirigé par Erbil en personne. Les images étaient à peine soutenables, sans parler du son. Les tortionnaires d'Anthropy s'acharnaient sur le corps dénudé de la malheureuse, aux chairs grises brûlées et labourées en plusieurs endroits, en un rituel particulièrement étudié. Aucun membre de l'équipe n'avait encore vu le visage de Llor'Issah sans son masque; pourtant, il était évident pour tous que c'était le martyr de leur sœur d'armes qu'ils étaient en train de visionner là. Au bord de la nausée, Feylin sauta directement à la dernière des nombreuses entrées de l'enregistrement. Celle-ci montrait les ultimes moments de Llor: soumise aux plus infâmes supplices, ravagée par les fièvres infectieuses, la valeureuse Quarienne était morte en véritable agent, sans même avoir lâché son propre nom.

    Jamais encore une telle expression de rage et de dégoût mêlés ne s'était lue sur le visage généralement impassible de Sudaj Lenks. Les dents de Guerdan se serraient à en crisser, tandis que des volutes de brumes d'un bleu électrique saillaient autour de ses poings, les mêmes nuées vengeresses qui remontaient le long des bras de Feylin en larmes. C'est finalement Damon qui traduisit à mi-voix l'état d'esprit général par un laconique:

    –- Okay. Maintenant, c'est personnel...

    * * * * * *

    C'est dans le vaste hangar à navettes, tout à fait à l'autre bout de la base déserte, que les quatre agents retrouvèrent les forces d'Anthropy, visiblement sur le départ. Une quarantaine de soldats et de techniciens, dont Kader Erbil lui-même, s'activaient autour des dix Kodiaks de Cryosurge qui avaient évacué Novéria, repeints aux couleurs d'une autre société fictive. Vraisemblablement, Erbil avait interrogé sa prisonnière quarienne afin de savoir quelles données avaient été compromises sur Novéria; mais faute d'avoir pu obtenir l'assurance que Korlus n'était pas exposée, il avait finalement dû décider d'abandonner cette base par mesure de sécurité, pour rejoindre en urgence un autre point de repli. Il n'avait pas même donné l'ordre d'effacer les fichiers d'Anthropy sur les serveurs: tout était censé disparaître dans l'autodestruction du repaire de Korlus! Cela, l'équipe concilienne l'avait déjà compris en découvrant plusieurs charges de démolition réparties dans toute la base. Mais l'expertise en explosifs de Lenks lui avait permis de répérer les principaux terminaux IV commandant les groupes de charges. Ç'avait été un jeu d'enfant pour lui de corrompre l'encodage de leurs récepteurs, de sorte que ceux-ci ignorent le signal d'autodestruction lorsqu'il serait transmis.

    À présent, l'unité GEIST s'était discrètement positionnée le long d'une galerie ouverte dominant le hangar. Erbil était si pressé de décamper qu'il avait mobilisé tous les bras disponibles pour l'embarquement des dernières caisses: pas une seule sentinelle n'avait été postée sur les points d'accès au dock! Le SSV Citadel s'était placé en attente hors de l'orbite de Korlus, mais il était impossible aux agents de contacter leur frégate depuis la base sans révéler leur présence. Et Guerdan semblait littéralement bouillir à l'idée que son gibier puisse lui échapper une nouvelle fois. Très remontée, la Spectre asari venait de donner par signes l'ordre d'assaut. À quatre contre quarante! Mais les agents conciliens avaient l'avantage de la position dominante, de la surprise, et de l'armement – ainsi que de la motivation...

    C'est à Damon, le tireur d'élite de l'Unité N°1, qu'il revenait d'ouvrir le bal. L'Humain épaula son lance-grenade M-100, et régulant sa respiration, il prit le temps de viser longuement la cible qu'il jugeait optimale. Lorsque enfin il fit feu, le projectile hautement explosif traversa le hangar pour aller s'engouffrer directement dans la trappe ouverte d'une navette déjà chargée de troupes. La déflagration enflamma une autre navette voisine puis un réservoir d'hydrogène, éliminant d'un coup toute une partie des forces d'Anthropy regroupées dans cet espace! Damon poursuivit ensuite ses tirs meurtriers jusqu'à épuisement du chargeur de son M-100. Entretemps, Guerdan, Feylin et Lenks avaient décoché une volée bien ajustée de grenades incendiaires ou détonantes, avant d'ouvrir le feu sur leurs adversaires pétrifiés à découvert, en contrebas. Les pilotes de navettes et les nombreux techniciens et analystes d'Anthropy ne portaient que de légères combinaisons tactiques, tandis que la plupart des fantassins n'avaient pas activé leurs barrières cinétiques. En à peine quelques secondes, la moitié des effectifs ennemis était déjà au sol!

    Et le carnage se poursuivit: quatre agents d'élite du Conseil enragés, contre une vingtaine de terroristes humains paniqués...

    Lorsqu'un mitrailleur d'Anthropy tenta de fixer les assaillants depuis une position bien protégée, Lenks envoya l'un de ses drones le déloger. Virevoltant en spirales descendantes, l'agile petite sphère vint harceler l'Humain, saturant ses boucliers et l'obligeant à changer d'angle de couvert – l'offrant ainsi à la lunette de Damon. Fusil calé en joue, le Sniper qui n'attendait que cela disposa de sa cible d'un seul tir en pleine carotide, au défaut de l'armure. Un peu plus loin, l'instinct et les sens affûtés de Dame Qoliad repérèrent deux combattants ennemis tentant de se dissimuler en embuscade derrière un angle de mur; leur ombre au sol était pourtant à peine visible. Guerdan fit glisser une grenade incendiaire jusqu'à l'angle, tout en plongeant immédiatement à l'abri. Lorsque l'engin explosa, les deux Humains jaillirent de leur cachette, en se tordant de douleur sous la morsure du plasma. L'implacable Foudre de guerre asari envisagea un court instant de les laisser brûler vifs, avant d'interrompre finalement leur danse tragique en déchaînant sur eux une Tempête biotique. Quant à Feylin la chasseresse, elle enchaînait Charge biotique sur Charge biotique. Les infortunés soldats d'Anthropy se trouvant sur sa route avaient à peine le temps d'entrevoir une tornade bleue déferlante, avant d'être basculés par-dessus une rambarde ou écrasés contre le mur derrière eux.


    En l'espace d'une minute de pure férocité, tout était réglé. Le dernier Humain encore debout était Kader Erbil lui-même, adossé contre l'épave fumante de la navette qu'il aurait dû emprunter, et qui serrait en grimaçant son épaule blessée. Il tenait encore dans l'autre main la commande d'autodestruction de la base, dont il avait déjà pu réaliser qu'elle avait été rendue inopérante. Contournant à pas lents les foyers d'incendie, les quatre agents convergeaient maintenant vers le chef terroriste, tout en restant attentifs à tout soldat d'Anthropy qui aurait fait le mort pour les piéger. Une ultime détonation retentit, lorsque le fusil Séide de Dame Qoliad mit un terme à la tentative pathétique d'un moribond de s'éloigner en rampant des lieux du massacre.

    La Spectre asari mettait à présent Erbil en joue, le fixant d'un visage chargé de haine. Mais c'est à ses agents qu'elle s'adressa:

    –- Ramassez les datapads, les Omnitechs, toutes les infos que vous pourrez réunir. On va vider toutes les mémoires de cette putain de base! Et on n'aura pas besoin des mensonges de ce fanatique pour savoir si on en a fini ou pas avec ces enfoirés! Mon rapport d'opérations précisera qu'aucun connard d'Anthropy n'aura tenté de se rendre...
    –- S'il te plait Guerdan
    , intervint calmement Damon. Laisse-moi m'en charger. C'est comme qui dirait... une affaire de famille. Entre Humains.

    Sans un mot, la Spectre balafrée abaissa son fusil afin de lui laisser le champ libre. Erbil, l'ex-officier de l'Alliance, toisa avec mépris le lieutenant N7 qui s'avançait vers lui, pistolet levé:

    –- Alors? Tu es fier de faire le sale boulot des Asari et des Galariens? Tu as donc tellement honte d'être humain?
    –- Pauvre type
    , lâcha Damon avec détachement. Même si tu devais vivre mille vies d'Asari, tu ne comprendrais sans doute jamais ce que ça signifie réellement, que d'être humain... Pour les milliers des nôtres que tu as sacrifiés à tes plans délirants... Pour Serval Quirinus, le plus vaillant salopard que j'aie jamais connu...

    Aucun des membres de l'Unité N°1 n'aurait admis que le tortionnaire de Llor bénéficie d'une fin rapide. Damon prit donc son temps; et ce n'est qu'au dernier des six tirs tolérés par la cartouche thermique de son Carnifex qu'Erbil cessa de se rouler au sol en vagissant. Un dernier claquement sec troubla le silence pesant qui venait de retomber dans le hangar, lorsque Damon éjecta la cartouche surchauffée de son arme.

    –- ...Et pour Llor'Issah vas Cymris; une sacrée dure à cuire. Repose en paix, Miroir Magique...

    [...]

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  • Épisode 8: Vers de nouvelles aventures...

    Anneau du Présidium sur la Citadelle, locaux du Ministère de la Défense Concilien –
    Bureau de l'amiral Padias Eldon, 9e Flotte concilienne

  • Deux semaines s'étaient écoulées depuis l'assaut brutal sur la base de Korlus. Grâce aux données récupérées par l'Unité GEIST N°1, les deux dernières planques d'Anthropy avaient pu être localisées et capturées – sans la moindre difficulté, les lieux étant totalement déserts. De précieux documents y avaient été saisis; mais il s'y était confirmé que l'intégralité des forces du groupuscule ultra-humaniste avait bel et bien été anéantie sur Korlus. Ces données avaient également permis d'anticiper le raid suivant des terroristes butariens de Bahak'Je Relag: les vaisseaux esclavagistes avaient été piégés et mis en déroute par une escadre légère de l'Alliance dans l'orbite de Chasca, secteur de la Mer Pourpre. La dépouille mutilée de Llor'Issah avait pu être rapatriée depuis Korlus, et restituée avec les honneurs à sa seule famille: l'équipage de la corvette scientifique Cymris, des Projets Spéciaux de la Flotte Nomade quarienne. Quant à la frégate SSV Citadel, après avoir pris part aux dernières opérations contre les bases d'Anthropy, elle était depuis quelques jours en entretien à quai au Présidium, tandis que son équipage goûtait les joies d'une permission bien méritée sur la gigantesque station concilienne.

    L'Unité N°1 avait été dûment débriefée et félicitée, et elle aussi se trouvait à présent au repos, en attente d'une nouvelle mission – ainsi que d'un nouvel équipier. Les quatre agents survivants venaient tout juste d'être convoqués par leur supérieur direct, l'amiral galarien Padias Eldon, en charge de superviser une quinzaine d'autres petites cellules de terrain. Et pour l'heure, Dame Guerdan Qoliad, la Spectre asari dont le visage marqué racontait la longue et tumultueuse histoire, Feylin Adamas, sa congénère aussi douce en apparence que mortelle au corps-à-corps, Damon da Costa l'intrépide lieutenant N7 de l'Alliance, et Sudaj Lenks l'ancien baroudeur du GSI, patientaient en silence dans la salle de réception attenante au bureau de l'amiral.


    La pièce était décorée en son centre d'un grand massif de sables, rocailles, et rares plantes basses aux brins épais et aux feuilles coupantes, figé sous une lumière orangée, sans une touche d'humidité. C'était paraît-il la création d'un artiste paysager drell en vogue sur la Citadelle. On ne pouvait imaginer biotope plus à l'opposé de la moiteur luxuriante de Sur'Kesh, le monde qui avait donné naissance à l'espèce amphibienne des Galariens. C'est peut-être justement pour l'étendue de ce contraste que l'amiral avait choisi de meubler ainsi cette antichambre, reflet de la diversité de cette galaxie sur laquelle il devait contribuer à maintenir l'ordre concilien. Son propre bureau bénéficiait tout de même quant à lui de tons plus chlorophylliens, ainsi que d'une atmosphère plus humide – plus galarienne...

    L'attente se prolongeant, Feylin et Damon commencèrent à échanger sur ce qu'ils avaient fait chacun de leur côté, depuis le début de leur relâche:

    –- Au fait, tu as pu passer embrasser Demba? demanda l'Asari à son ami humain, qui la tenait généralement au fait de ses amours du moment.
    –- Nan! Demba était déjà reparti en mission sur le Montreal. Du coup, je sais pas trop ce que je vais faire ce soir pour arriver à me sortir toute cette merde de la tête: Llor, le bain de sang sur Korlus... Vais sûrement aller écluser à l'Électron Libre... Danser, draguer un brin... Tu m'accompagnerais pas, jouer un peu les rabatteuses?
    –- Pff... Essaie juste de faire pitié: ça devrait marcher.
    –- Je me demande si l'amiral nous a sélectionné un nouvel équipier
    , reprit pensivement Damon, ou s'il s'est déjà lassé d'envoyer les meilleurs agents du Conseil tomber comme des mouches en notre compagnie. Serval d'abord, et maintenant cette pauvre Llor... On n'aura jamais vraiment eu le temps de bien la connaître...
    –- Moi je parie sur un Krogan
    , avança Feylin. L'amiral doit penser qu'on manque de puissance brute.
    –- S'il pense un truc pareil
    , plaisanta l'Humain, c'est qu'il ne t'a pas vue combattre sur Korlus, Tornade Bleue!
    –- Damon, tu deviens soûlant avec tes surnoms, tu sais ça?
    –- Moi j'ai eu quelques tuyaux
    , glissa Lenks en souriant. N'en dirai pas plus. Mais Feylin, je veux bien enregistrer ton pari sur un Krogan pour, disons 20 crédits? ajouta le Galarien en levant son Omnitech.
    –- Escroc, va! Tu n'aurais pas eu un père volus, toi aussi? grogna Damon, à qui sa pique valut un regard noir de la part de Feylin.
    –- Ah, Damon! réexpliqua patiemment Lenks. Tu sais pertinemment que les Galariens mâles n'ont pas de père. Mode de reproduction haplodiploïde, majorité des œufs n'est pas fécondée par partenaire contractuel, donnent naissance à des mâles. En outre, l'idée d'un Galarien apparenté à une espèce respirant de l'ammoniac à haute densité est totalement irréaliste.

    La réponse naïve de Lenks illustrait une fois encore la tendance des représentants de son espèce à tout prendre au pied de la lettre, d'où leur grande difficulté à saisir cet humour au second degré dont les Humains sont si friands. Ou bien peut-être, peut-être en donnent-ils juste l'impression: une forme de troisième degré galarien, alors...

    Durant ces échanges plus ou moins animés entre ses trois équipiers, Dame Qoliad était demeurée cloîtrée dans un silence étrangement recueilli. Si tous avaient été profondément affectés par les circonstances de la mort de Llor'Issah, la Spectre asari semblait avoir été plus personnellement atteinte. Même si c'était de son propre chef que la jeune Quarienne avait endossé le risque de tomber aux mains de l'ennemi, c'était bel et bien la décision prise par Guerdan sur le terrain, dans le feu de l'action, qui avait scellé le sort de leur valeureuse camarade, et l'avait condamnée à une fin cruelle et indigne. Le rôle de chef d'unité est parfois un fardeau bien lourd à assumer...

    Un trille enjoué vint mettre un terme aux conversations, lorsque le verrou holographique affiché au centre de la porte du bureau de l'amiral passa de l'orange au vert. Les quatre agents se levèrent aussitôt d'un même mouvement, les panneaux d'accès se rétractant à leur approche. Padias Eldon, le vieux Galarien toujours alerte, avait déjà quitté son fauteuil pour les accueillir:


    –- Mes respects, Dame Qoliad. Salutations, agents. Désolé pour cette attente prolongée. Le sur-amiral Shepard m'a chargé de vous renouveler ses plus sincères félicitations pour la mise hors d'état de nuire d'un dangereux groupe terroriste, dont les plans menaçaient de déstabiliser des pans entiers de notre galaxie. Il aurait aimé vous remercier en personne, mais il se trouve actuellement en tournée de relations publiques dans plusieurs secteurs d'expansion coloniale, justement afin d'y remédier aux dommages psychologiques engendrés par les actions d'Anthropy. Le sur-amiral, hum... a également transmis au nom de la Flotte concilienne ses condoléances à sa vieille amie l'amirale Tali'Zorah, de la Flotte Nomade, pour la disparition de notre malheureuse collègue Llor'Issah vas Cymris. Une perte bien lourde à supporter. Elle s'était confirmée être l'élément de très grande valeur que j'avais pressenti...
    –- Ça
    , reconnut Guerdan en baissant les yeux, on peut dire que je l'avais bien sous-estimée, cette foutue scaphandrière qui donnait l'impression d'avoir été taillée dans un Hanari séché... Mais la Déesse en soit témoin, elle avait plus de tripes dans son petit orteil qu'un Elcor dans toute sa bedaine!

    Padias Eldon tiqua en se se demandant combien d'épitaphes aussi peu orthodoxes la Spectre asari six fois centenaire avait bien pu composer pour d'autres de ses compagnons tombés au combat. Mais en même temps, il songea que son langage si fleuri, tout comme sa personnalité directe et pragmatique, avaient justement dû être façonnés autant par la douleur des pertes répétées d'êtres chers que par le passage des siècles. C'est à ce moment que le drone d'assistance de l'amiral bourdonna au-dessus de son bureau; le Galarien porta la main à son communicateur pour confirmation:

    –- Ha! Voyez-vous, si j'ai dû vous faire patienter si longuement – et je m'en excuse encore –, c'est que j'attendais la venue d'un cinquième invité. On vient de m'informer de son arrivée à l'étage. Dame Qoliad, agents, je vous présente votre nouveau collègue...

    Les yeux de nos quatre héros s'écarquillèrent alors, lorsque la porte se rétracta sur l'entrée du Butarien sans aucun doute le plus massif qu'ils aient jamais vu. Le colosse dépassait en effet d'une bonne tête Sudaj Lenks le Galarien, pourtant le membre du groupe le plus élevé en stature. Les épaulières renforcées de l'armure lourde dans laquelle le nouveau venu semblait se mouvoir avec la plus grande aisance, donnaient l'impression de doubler la largeur de son torse – lequel n'avait pourtant guère besoin d'un tel artifice. Le Butarien savait apparemment aussi soigner ses entrées, baissant la tête au passage de la porte du bureau, alors même qu'il aurait sans doute pu la franchir sans en toucher le linteau d'acier.

    –- Sacré morceau, souffla Feylin à son voisin humain médusé. Je n'étais pas tombée loin en imaginant un Krogan...
    –- Voici Andrak Atkoso'dan
    , reprit l'amiral visiblement content de son petit effet. Il revient tout juste d'une dernière mission d'évaluation dans la Bordure skylienne, que je lui avais personnellement confiée et qu'il a réussie haut la main. Andrak possède à très haut niveau une spécialisation de Franc-tireur, ce qui en fait l'égal de notre regretté ami le commandant Serval Quirinus...
    –- ...La fiabilité en moins
    , persiffla Damon à voix basse.

    Constatant chez ses agents une perplexité comparable à la sienne, Guerdan considéra de son devoir de cheffe d'équipe de se faire la porte-parole de leurs inquiétudes:

    –- Amiral, enfin... Sauf votre respect... Un Butarien, vous êtes sérieux!? Je veux dire, vous n'êtes pas sans savoir les accrochages répétés que nous avons eus avec toutes sortes de verm... de Butariens au cours de nos dernières missions!
    –- Oui, tout comme je sais que vous avez également eu quelques démêlés récents avec une faction de xénophobes humains fanatiques. Et pourtant, il n'en est sans doute pas un seul parmi vous qui hésiterait à remettre sa vie entre les mains du lieutenant da Costa ici présent, je me trompe? Pour ce qui est d'Andrak, je peux vous assurer qu'il n'a rien à voir avec les pirates et les esclavagistes auxquels vous avez pu vous frotter. Tout au contraire, en fait. Par sa naissance et durant son jeune âge, il a connu la plus basse condition d'esclave dans l'ancienne Hégémonie butarienne – condition à laquelle ses parents, eux, n'ont pas survécu. Les bouleversements de la Guerre du Dernier Cycle lui ont permis de quitter l'espace de l'Hégémonie et d'entamer une nouvelle vie, sous la houlette du chasseur de primes qui venait d'abattre son "propriétaire". Il avait alors 15 ans
    , poursuivit l'amiral en considérant avec fierté sa nouvelle recrue.
    Depuis, Andrak est devenu l'un des meilleurs dans sa dangereuse profession; mais jamais il n'a oublié d'où il venait. Outre qu'il privilégie les contrats d'"acquisition" les plus honorables, ceux impliquant des sadiques, des pédophiles ou des kidnappeurs, il consacre l'essentiel de ses fonds et de son temps libre à une croisade toute personnelle contre les réseaux esclavagistes dirigés par ses semblables – comme celui que vous venez justement de, hum, de décapiter sur Oméga! Dans cette lutte sans merci, Andrak a même été admis à collaborer à trois reprises avec des probatrices asari parties en guerre contre l'asservissement de leurs congénères, ce qui est un gage de réputation; et il est parvenu à survivre au terme de tels partenariats – ce qui là est un gage d'éthique. Ceci dit, si ses combats sont nobles, ses méthodes sont souvent pour le moins... expéditives! Je crois que cela vous fait au moins un point commun, Dame Qoliad?
    –- Sans commentaire, amiral
    , répliqua l'Asari d'un ton pincé.

    Le géant butarien s'avança à ce moment à distance respectueuse de Guerdan; puis inclinant la tête vers la gauche – une marque de déférence profondément enracinée dans la culture de son peuple –, il s'adressa à elle d'une voix de basse étonnamment mesurée, dénotant un degré d'éducation plutôt rare chez le commun des porte-flingues des Systèmes Terminus:

    –- Vénérable Dame, c'est pour moi un immense honneur que d'être admis à me joindre à votre glorieuse ligue. Je ne vous décevrai pas. Ma loyauté est à votre service. Mes muscles et mon matos aussi, ajouta-t-il en bombant le torse.
    –- Bien, bien, conclut Padias Eldon. Eh bien puisque les présentations sont faites, je vous invite à aller faire plus ample connaissance entre vous. Mon travail ne se fait pas tout seul à mesure que le temps passe. Oh, une dernière suggestion... Andrak connaît encore très peu le Présidium: vous devriez lui faire la visite...


    Ainsi mis à la porte avec le plus grand tact dont puisse faire preuve le vieil amiral galarien surmené, les agents et leur nouvelle recrue quittèrent les locaux du MDC en empruntant l'une des longues passerelles vitrées enjambant le Lac du Présidium: une vue légendaire dans toute la galaxie! Le colosse butarien en armure lourde marchait en tête; les espaces les plus encombrés avaient tendance à se dégager spontanément devant lui. Juste derrière, Damon glissa à Guerdan:

    –- Et alors, "Vénérable Dame", qu'est-ce que tu penses de notre nouvelle recrue? Moi je me demande ce que ce grand balèze a dans le ventre. Bon allez, je me dévoue pour aller l'aiguillonner un peu...
    –- Damon, pédale douce sur le bizutage cette fois-ci, okay? Je ne viendrais pas sauver tes miches si le "balèze" décide de tester la solidité des verrières avec ta tête!
    –- Hé!
    lança Andrak par-dessus son épaule. Vous savez que le "balèze" entend tout ce que vous marmonnez?

    Remontant son retard, Damon se rapprocha du géant butarien, avant d'attaquer bille en tête:

    –- Alors ma grande, on t'a déjà dit que t'es sacrément baraqué? Je veux dire, pour un type qui n'a pas dû se taper du steak de varren tous les jours, d'après ce que nous a raconté l'amiral... Dis-moi, c'est quoi ton kiff dans la vie? Oh, je sais: tabasser des Humains entravés! Tous les Butariens que j'ai croisés adoraient tabasser des Humains entravés!

    Sans répondre de prime abord, Andrak allongea sa foulée – ce qui obligea Damon à sautiller de manière ridicule pour parvenir à rester à sa hauteur. De guerre lasse, le chasseur de primes finit par grogner:

    –- Rmmf... Tu t'écoutes toujours autant parler, petit homme? Tu me fais penser à un bouffon hanari prétentieux que j'ai vu dans je ne sais plus quel nanar merdique!...
    –- Oh, tu parles de Blasto? On dirait bien que tu as des goûts artistiques très sélectifs, mon ami... Drax, c'est ça? Non, sérieusement, il te faut un nom de code, un identifiant qu'on puisse tous mémoriser. Tu ne peux pas t'intégrer à un groupe d'élite comme le nôtre sans un putain de pseudo qui fleure bon le héros! Tiens, qu'est-ce que tu dirais de...

    Andrak pila net et se retourna tout d'une pièce. Son énorme index au dos cuirassé de plaquettes de céramique se retrouva entre les yeux de Damon avant même que celui-ci l'ait vu élever la main. Les deux paires d'yeux perçants du colosse butarien convergeaient vers l'extrêmité de son doigt, ce qui ne manquait pas d'être inconfortable pour l'Humain ainsi placé en point de mire.

    –- Écoute, Blasto-Man. Si tu envisages de m'appeler Neuneuil, Mirettes, Carré-de-prunelles, ou même Quat'z'yeux, laisse-moi te dire que tu gagneras pas le Prix Francis Kitt d'originalité de l'année. Beaucoup de connards m'ont déjà collé ces noms débiles. Et la plupart d'entre eux n'ont pas eu assez de leurs deux yeux pour pleurer...

    Les expressions lisibles sur le visage de l'Humain passèrent successivement de la stupeur au défi, puis à la franche hilarité:

    –- C-comment tu m'as appelé?! Blasto-Man!? Eh ben! il manque pas de souffle, celui-là! En fait... Ben je dirais même qu'il me plait plutôt bien! On l'adopte?
    –- On fera peut-être quelque chose de lui... Blasto-Man!
    conclut Guerdan en s'efforçant de contenir son sourire.

    _ [ FIN ] _

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    Voilà, c'en est fini des palpitantes aventures de l'Unité GEIST N°1. J'espère que vous avez trouvé à les lire le même plaisir que j'ai eu à les écrire. En fait, je ne désespère pas de rédiger un jour un nouvel opus, avec tout ce qu'il faut dans une bonne Saison 2: plus de missions épiques et de victoires à l'arrachée, plus de combats spatiaux, plus de Krogans, plus de sex... euh, de fusions asari... J'ai déjà quelques idées, mais si vous avez des suggestions, n'hésitez pas à m'en faire part.

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