Unité N°1: Saison 3

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Dr Sordin Molus
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Unité N°1: Saison 3

Messagepar Dr Sordin Molus » mer. 26 févr. 2020 22:30

Comme le temps passe vite! Voici déjà venir le troisième volet des chroniques de l'Unité GEIST N°1. Les effectifs de cette petite cellule d'enquêteurs et commandos d'élite ont certes quelque peu varié au fil des saisons précédentes... On y retrouve donc actuellement: Feylin Adamas, jeune chasseresse asari aussi adorable pour ses amis que mortelle pour ses ennemis; le lieutenant N7 Damon da Costa, Sniper hors-compétition et boute-en-train attitré de l'équipe; l'Ingénieur Sudaj Lenks, vétéran du GSI galarien, hackeur et saboteur de haute volée; et Andrak Atkoso'dan, gigantesque chasseur de primes butarien forgé dans la fange des Systèmes Terminus. Dame Guerdan Qoliad, la redoutable Spectre asari qui avait été le cœur et l'âme de cette unité, a été remplacée par le capitaine Saïda Keren, Spectre humaine biotique, une légende parmi les N7 eux-mêmes, et qui semble n'en avoir pas encore fini de dévoiler toute l'étendue de son potentiel!

Pour une meilleure compréhension de l'univers, des personnages et de leurs passés, il reste bien sûr préférable d'avoir lu au préalable Unité N°1: a Mass Effect story et Unité N°1: Saison 2, nouvelles également publiées plus bas dans cette rubrique. Même si l'ensemble de ces nouvelles et palpitantes aventures galactiques n'est pas encore pleinement scénarisé à l'heure où j'écris ces lignes, j'espère qu'elles sauront vous tenir en haleine au fur et à mesure de leur publication...

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 3

Messagepar Dr Sordin Molus » mer. 26 févr. 2020 22:45

  • Épisode 1: London by night...


    Secteurs de la Citadelle, Avenue Stellargent –
    Aire de combat virtuel de la Nouvelle Armax Arena –
    Terrain "Ruines de Londres", en mode Duel...

La jeune Asari resserra sa poigne sur son fusil à pompe et s'immobilisa tout contre un pan de mur calciné, dont l'ombre la dissimulait encore davantage dans cette nuit éprouvante. Elle retint sa respiration. Tous ses sens étaient en alerte, à la recherche du moindre indice qui pourrait lui livrer la position de son insaisissable adversaire. Jusqu'alors, l'affrontement n'avait encore été rythmé que par quelques contacts occasionnels à longue distance, suivis de brefs échanges de tirs ou de frappes biotiques imprécises, puis de manœuvres évasives et de nouvelles pertes de contact. Tous ces préliminaires stériles n'avaient finalement guère représenté qu'un échauffement, une escalade graduelle dans la surenchère d'adrénaline pour les deux combattantes.

Le fracas des explosions lointaines, et le mugissement intermittent des Moissonneurs dominant les ruines de Londres, empêchaient de repérer quoi que ce soit au son. Feylin se mordit la lèvre, puis risqua un œil hors de son abri: l'odeur de cendres flottant dans l'air agressa sa narine, mais rien ne bougeait dans cette faible luminosité qui projetait des ombres sinistres sur les décombres de la cité morte... Il ne manquait en fait dans tout cela qu'un seul, qu'un unique élément de réalisme: la peur – la peur authentique, s'entend, celle que l'on ne ressent que sur les véritables champs de bataille, là où c'est sa propre vie qui est l'enjeu de la partie. Car en l'occurrence, il ne s'agissait là que d'un simple combat amical, une simulation sur décor synthétiquement recréé en arène virtuelle...


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1a- De retour dans l'un des pires souvenirs de l'Histoire galactique... (Ryan Love).jpg (226.04 Kio) Consulté 55 fois

Feylin Adamas avait enfin pu obtenir ce qu'elle souhaitait de plus en plus ardemment depuis quelque temps déjà: le privilège de pouvoir mesurer en combat singulier sa puissance biotique à celle de sa nouvelle cheffe d'unité, le capitaine de l'Alliance Saïda Keren – Spectre réputée, N7 illustre, et biotique plus légendaire encore! C'est pourquoi au retour de leur dernière mission, les deux guerrières avaient retenu un créneau dans le simulateur de combat terrestre le plus justement renommé de toute la Citadelle: la Nouvelle Armax Arena.

Rebâtie sur une base bien plus ambitieuse après les ravages subis par la Citadelle en 2186, la Nouvelle Armax Arena disposait désormais de pas moins de quatre arènes, pouvant accueillir simultanément des meutes de joueurs enthousiastes. En outre, elle proposait depuis plusieurs années de nombreuses innovations, toutes plus attractives les unes que les autres: nouveaux terrains et nouveaux adversaires disponibles, bien sûr, nouveaux modes de combat, nouvelles fonctionnalités telles que des éléments de décor virtuel entièrement destructibles... Mais la trouvaille qui emportait le plus d'adhésions était sans aucun doute le mode Terrain étendu, qui par un jeu d'émulateurs optiques et cinétiques, parvenait à dilater artificiellement les distances visuelles et physiques entre les participants réels ou virtuels, et entre les éléments de décor reconstitués: on parvenait ainsi, sur un box de taille modeste, à recréer des zones d'affrontement de plusieurs hectares, propices à l'emploi d'armes lourdes à longue portée!

Feylin et sa supérieure avaient choisi de se confronter l'une à l'autre sur l'un des terrains les plus populaires du moment, "Ruines de Londres", où des équipes en mode Coopération affrontaient habituellement des hordes de troupes des Moissonneurs restituées par IV et modélisateurs cinétiques. Mais aujourd'hui, pas d'adversaire virtuel: en mode Équipe contre équipe, ou bien comme ici en mode Duel, seuls des combattants de chair et de sang s'affrontaient sur le terrain jusqu'à ce qu'un vainqueur émerge. En mode Terrain étendu, "Ruines de Londres" couvrait la surface de tout un quartier urbain noyé dans les ténèbres, dans l'état même de désolation que présentait la malheureuse cité terrienne lors des tout derniers jours de la Guerre contre les Moissonneurs. Par privilège de Spectre, le capitaine Keren avait également obtenu une option privative, sans enregistrement ni visibilité du public sur le déroulement du combat: les agents du Conseil tenaient autant que possible à préserver le secret sur leurs méthodes de terrain... Une fois équipées, Feylin et Saïda étaient donc entrées chacune par une extrémité du terrain, ce qui avait donné le signal du début des hostilités.

Fidèles à leurs habitudes, les deux athlètes biotiques avaient choisi de privilégier la fluidité de leurs mouvements à la lourdeur des protections et de l'équipement. Outre leurs armures légères, elles n'avaient donc amené sur le terrain, chacune, qu'une seule et unique arme à feu. Pour Feylin, il s'agissait bien sûr de son cher fusil à pompe Disciple, fierté des industries d'armement de la République asari, une merveille de légèreté, aussi précis à moyenne distance que meurtrier à bout portant. Quant à Saïda, elle s'enorgueillissait à juste titre de détenir une arme plus rare et plus dangereuse encore que le fusil Chasseur d'Andrak Atkoso'dan, butin de guerre prélevé sur Cerberus qu'entretenait jalousement le gigantesque Franc-tireur butarien de l'Unité N°1. La Spectre humaine portait en effet en permanence à la hanche, à l'exclusion de tout autre armement, un redoutable pistolet Silencieux M-11, une arme de poing capable d'enchaîner à une cadence hallucinante, avec une déviation minimale, des tirs plus précis et plus dévastateurs encore que ceux de la plupart des fusils d'assaut!

Naturellement, les duellistes pouvaient tout de même aussi compter sur l'Omni-lame de poing que générerait leur Omnitech, si le moment devait venir d'engager le combat au contact. Et toutes deux emportaient également un petit assortiment de grenades diverses, peu encombrantes, et indispensables en milieu urbain – même simulé! – pour gérer les emplacements sur lesquels elles ne pouvaient obtenir une vue directe.


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1b- Plongee au coeur des ruines de Londres (Ryan Love).jpg (175.42 Kio) Consulté 55 fois

Et justement, Feylin entendit brusquement derrière elle le cliquetis caractéristique d'une poignée de ces micro-charges rebondissant au milieu des gravats. Elle n'en fut pas autrement surprise, ayant déjà perçu une demi-seconde auparavant l'ébranlement de l'air correspondant à la poussée biotique qui venait de démultiplier la portée du lancer de son adversaire. Mobilisant en un éclair ses propres ressources biotiques, Feylin s'élança hors de sa cachette à une vitesse surhumaine, devançant d'un court instant le moment où l'abri précaire fut noyé dans un torrent de flammes rugissantes. Ce magma infernal éclaira d'une vive lumière la chasseresse asari, désormais exposée à découvert au milieu des ruines nocturnes.

Alors qu'elle accélérait encore sa course, Feylin put entendre six balles s'écraser tout autour d'elle en succession rapide – SPAK!-SPAK!-SPAK!-SPAK!-SPAK!-SPAK! –, en projetant à l'impact éclats de pierres et volutes de cendres. L'un des tirs fendit les restes d'un bloc de béton devant son genou, tandis qu'elle en sentit nettement un autre frôler l'épaulière gauche de son armure; mais aucun n'atteignit sa cible de manière décisive. Le pistolet M-11 de Saïda était équipé d'un suppresseur de son et d'un cache-flamme, qui empêchaient l'Asari de repérer précisément la tireuse dans la nuit artificielle. Mais la trajectoire d'arrivée des tirs suffit à lui donner une idée approximative de leur point d'origine...

Sans ralentir, Feylin poursuivit une course apparemment erratique, d'abord destinée à lui permettre de sortir du plan de tir de la Spectre humaine, mais également à la ramener sur les arrières de la position estimée de celle-ci. Saïda avait bien évidemment déjà percé à jour les intentions de son adversaire, car cette dernière ne trouva plus sur place qu'une cartouche thermique abandonnée au sol, encore fumante. Feylin parvint pourtant à repérer le nouveau poste de tir vers lequel s'était dirigée l'Humaine: le nuage de cendres que celle-ci avait levé dans sa course reflétait encore un peu de la faible luminosité régnant sur ces ruines. Cette piste providentielle menait droit vers un angle de mur plutôt bien placé – une position d'embuscade idéale, que l'Asari elle-même aurait également choisie, dans la même situation.

Déloger à la grenade Saïda de sa cachette aurait été un prêté pour un rendu, mais c'est une idée plus originale qui vint à l'esprit de Feylin: étendant le bras, elle ouvrit brusquement une Singularité sur l'angle même du mur derrière lequel se dissimulait son adversaire. Un juron de surprise étouffé fusa depuis cet emplacement: le capitaine Keren avait pu se dégager de justesse du rayon d'attraction de ce minuscule trou noir, mais le pistolet Silencieux qu'elle tenait alors en main au-dessus de son épaule n'avait pu échapper à ce sort. Et pas question pour la biotique humaine ni de se rapprocher de ce dangereux paradoxe gravitationnel pour y récupérer son arme, sous peine de s'y retrouver elle-même emprisonnée, ni de faire détoner la Singularité au risque d'endommager définitivement le précieux pistolet...

–- Bien joué! cracha la Spectre entre ses dents.

Feylin compléta aussitôt sa manœuvre en expédiant une poignée de micro-charges incendiaires droit sur la position de son adversaire, forçant celle-ci à se précipiter à son tour à découvert. Saïda esquiva vivement l'aire d'effet de la Singularité, avant de s'éloigner d'une roulade au moment même où son abri se changeait en volcan. Feylin était hélas trop éloignée de sa cible pour conclure l'engagement à l'aide de son fusil à pompe, aussi choisit-elle l'alternative où elle excellait le mieux: surchargeant en un instant l'ensemble de son organisme de pure puissance biotique, l'Asari se rua à l'assaut de son adversaire à une vitesse démentielle, ne laissant entrevoir de sa silhouette que le sillage d'un missile bleu... Inutile même d'en venir à l'Omni-lame, estima Feylin: le poing avec lequel elle s'apprêtait à porter le coup décisif aurait sans doute déjà pu traverser de part en part un méca YMIR! Tout juste l'ancienne chasseresse de la Garde de Serrice eut-elle le temps de voir l'Humaine chétive debout devant elle tenter de se charger également d'énergie biotique, en concentrant cependant tout son potentiel sur ses seuls avant-bras.

–- Que la meilleure Asari gagne! pensa rapidement Feylin, encore pleine d'optimisme...

Mais à sa grande surprise, Saïda croisa en un éclair ses avant-bras en X devant elle, poings serrés, produisant à l'endroit où se rejoignaient ses membres crépitants d'énergie noire un véritable arc électrique, un écran d'autant plus impénétrable qu'il se concentrait sur une très faible surface. Décontenancée, Feylin ne put dévier l'angle de son coup, qu'elle plaça au point précis que l'Humaine avait justement prévu de protéger. Ce bouclier aussi imprévisible qu'inédit parvint à amortir entièrement la frappe de l'Asari. Et ce fut celle-ci qui subit tout le contrecoup du surcroît de puissance qu'elle avait voulu apporter à ce punch décisif: le choc en retour lui donna l'impression d'avoir ébranlé l'ensemble de ses articulations, et la fit tituber sur deux pas en arrière.

L'instant d'après, la Spectre décroisa vivement les bras, dispersant ainsi toute la puissance biotique accumulée en une violente onde de choc circulaire, qui balaya l'espace entre les deux combattantes. Le phénomène rejeta brutalement l'Humaine et l'Asari en arrière, les écartant l'une de l'autre. Tandis que Feylin rétablit instantanément son équilibre, Saïda, elle, tira parti de l'élan imposé par son propre recul pour le compléter par une agile pirouette arrière, qui lui permit de prendre encore davantage de champ. À quarante ans passés, cette Humaine svelte et légère comme une brindille faisait décidément encore preuve d'une souplesse digne d'une gymnaste virtuose!

–- Par la Déesse! songea Feylin, à demi sonnée. Je n'avais encore jamais vu une telle façon de canaliser l'énergie biotique! Décidément, j'en apprends tous les jours, avec elle...

À ce moment, Feylin Adamas commença réellement à se sentir en difficulté. Puis elle se souvint de ce que Saïda elle-même lui avait rappelé lors de leur première mission commune sur Sur'Kesh: à forces à peu près égales, c'est lorsque l'une des deux parties commence à prendre l'ascendant psychologique sur l'autre, à l'acculer dans une posture défensive teintée de désespoir, qu'elle peut considérer la bataille comme à moitié gagnée. Cette seule pensée suffit à remotiver l'Asari. Et lorsque son regard déterminé croisa celui de l'Humaine devant elle, elle put y lire la satisfaction de celle-ci de voir que ses leçons avaient porté leurs fruits.

Les péripéties du combat avaient placé les deux adversaires face à face en terrain découvert: d'une manière ou d'une autre, cet affrontement était donc sur le point de prendre fin. Celui-ci durait de toute façon depuis si longtemps, et avait drainé tant d'énergie chez les deux guerrières biotiques, que la fatigue n'était plus très loin de les plaquer au sol l'une comme l'autre, en un pitoyable match nul...


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1c- A decouvert au milieu du no man's land (Ryan Love).jpg (223.33 Kio) Consulté 55 fois

Encore secouée par le contrecoup inattendu de sa dernière attaque, Feylin allait avoir besoin d'une ou deux secondes de plus pour récupérer; l'initiative de la frappe suivante revenait donc à Saïda. Ceci dit, l'Humaine avait déjà perdu son unique arme de poing, et l'Asari se sentait encore assez vive pour esquiver toute attaque biotique à distance que pourrait tenter son adversaire – Projection, Déchirure, ou même une Singularité: Feylin savait d'expérience comment échapper au rayon d'attraction d'une telle anomalie gravitationnelle, dès qu'elle la sentirait se former... Une dernière éventualité lui vint cependant à l'esprit un quart de seconde plus tard – un quart de seconde trop tard, lorsque l'Humaine étendit le bras vers elle: Feylin éprouva aussitôt l'étrange sensation que chaque fibre de ses muscles venait d'être scellée dans une chape de plomb, sans pourtant qu'elle s'en retrouvât elle-même écrasée au sol: non, elle demeurait toujours debout, mais totalement immobilisée! La chasseresse aguerrie comprit immédiatement ce qu'il venait de lui arriver:

–- Oh, par la Déesse! Une Stase! Non, c'était pourtant tellement évident...

En combattante biotique avisée, Saïda Keren venait de déployer instantanément, sur l'emplacement même où se tenait son adversaire asari, un champ gravitationnel localisé assez puissant pour priver de toute latitude de mouvement celui ou celle qui s'y retrouvait emprisonné. Feylin devinait à présent très bien ce qui allait suivre: ce cocon de Stase la protégeait certes de toute attaque physique ou cinétique, pour l'instant; mais comme pour tout champ gravitationnel, il suffisait d'une puissante attaque biotique pour le faire détoner violemment, infligeant ainsi des dégâts critiques à quiconque demeurait piégé dans son aire d'effet. Et Saïda, le bras replié vers l'arrière, était justement en train de se concentrer sur la charge d'une Déchirure qui faisait luire son poing dans la nuit, d'une flamboyance bleutée de plus en plus inquiétante:

–- Oh non! songea la prisonnière, totalement paniquée. Non! Nonononononon...

Impuissante, incapable d'esquisser le moindre mouvement de réaction, Feylin eut le temps de voir arriver le flux incandescent, droit sur elle, avant de ressentir sur l'ensemble de son corps une douleur fulgurante, inconcevable, comme si la moindre parcelle de ses os, le moindre lambeau de sa chair, venait d'être arraché des autres et projeté par relais cosmodésique vers l'autre extrémité de la galaxie! La malheureuse Asari sombra instantanément dans une inconscience libératrice... Mais juste auparavant, elle avait eu le temps d'entrevoir la Spectre humaine lui adressant un sourire des plus troublants. Pas un sourire sadique, ni cruel, ni même supérieur, non, rien de tout cela: juste le sourire d'encouragement d'un professeur de génie à une élève certes douée, mais qui viendrait seulement de réaliser tout le chemin qu'il lui reste encore à parcourir...


[...]

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 3

Messagepar Dr Sordin Molus » jeu. 12 mars 2020 22:42

  • Épisode 2: Ma nouvelle patronne s'appelle Tempête!


    Secteurs de la Citadelle, Avenue Stellargent –
    Aire de combat virtuel de la Nouvelle Armax Arena –
    Terrain "Ruines de Londres" – Combat achevé !

Quand son ami Damon da Costa lui avait décrit pour la première fois le capitaine Saïda Keren comme "une biotique d'une puissance hors du commun...", Feylin Adamas avait cru devoir compléter d'elle-même "...pour une Humaine". Mais depuis lors, la jeune chasseresse avait dû admettre que la légende N7 aurait pu représenter plus qu'un défi même pour les meilleures commandos asari de sa connaissance. À bien y repenser, Feylin aurait dû se rappeler que lors de leur toute première rencontre, l'Humaine avait déclaré avoir affronté à plusieurs reprises Dame Guerdan Qoliad – la Spectre asari qui l'avait précédée à la tête de l'Unité N°1 – lors de combats amicaux en arène virtuelle, sans qu'elles soient parvenues à se départager de manière décisive. Oh bien sûr, Guerdan avait pris de longue date l'habitude de restreindre toute démonstration publique de son incroyable puissance biotique, tant l'étendue de celle-ci aurait pu faire naître les questions, et peut-être ainsi trahir sa condition d'Ardat-Yakshi six fois centenaire. Mais par la Déesse, même bridée de la sorte, elle demeurait pourtant la combattante la plus exceptionnelle que Feylin ait jamais connue!...

...Tout au moins, jusqu'à ce qu'elle ait été amenée à servir sous les ordres du capitaine Saïda Keren.

Depuis la mort brutale de Dame Qoliad sur le pénitencier orbital d'Alcastarz, l'Unité GEIST N°1 avait déjà rempli trois missions de plus pour le compte de la Citadelle, sous la direction de la Spectre N7 tout récemment placée à sa tête: autant d'excellentes occasions pour l'équipe de jauger cette nouvelle patronne, et de prendre ses marques avec elle. D'autant plus que chacune de ces trois interventions aurait facilement pu entrer dans le Top 10 des missions les plus périlleuses d'un historique pourtant déjà bien fourni!

Comme l'indique leur célèbre acronyme, les GEIST sont censés être d'éminents spécialistes en matière d'Enquête, Infiltration, et Sécurisation. Pour ce qui est de la partie 'Enquête', la première mission avait requis toutes les ressources de l'équipe en termes de matière grise, d'observation, d'intuition, de mémoire, et d'interrogatoires de longue haleine – oh, d'exploitation de bases de données, et de piratages de fichiers, également... L'élément 'Infiltration', lui, représente souvent l'un des aspects les plus dangereux de ce boulot, qu'il s'agisse d'ouvrir la route d'un commando de choc en territoire hostile, comme cela était advenu lors de la seconde mission, ou bien de détacher un agent solitaire sous couverture au beau milieu d'une organisation criminelle impitoyable, ainsi que ce fut le cas au début de la dernière opération en date. Quant à la partie 'Sécurisation' qui avait conclu chacune de ces trois missions... Eh bien le moins que l'on puisse en dire, c'est qu'elle avait coûté cher en cartouches thermiques!...

* * * * * *

La première des trois missions que l'Unité N°1 avait eues à mener sous les ordres du capitaine Keren, émanait d'une requête personnelle du conseiller galarien. Divers éléments troublants, de plus en plus récurrents, laissaient à penser qu'un ou plusieurs agents du Groupement Spécial d'Intervention de l'Union galarienne, parmi ceux dotés des plus hautes accréditations, détournaient des informations ultra-confidentielles à des fins d'enrichissement personnel, peut-être même les revendaient à des puissances indéterminées. La seule idée que de si précieuses données puissent fuiter de manière incontrôlable, avait rendu le conseiller Calon Joban plus blême qu'il ne l'était déjà: ignorant jusqu'à quel point les services secrets de sa propre nation pouvaient être gangrenés, il avait donc demandé à ce que la responsabilité de l'enquête soit confiée à des éléments les plus extérieurs possibles au microcosme du renseignement galarien. La sensibilité des informations compromises, ainsi que l'incertitude quant à l'identité des factions qui pouvaient en bénéficier, avaient achevé de convaincre le reste du Conseil. Et c'est ainsi qu'un beau jour, nos agents dûment mandatés avaient débarqué par surprise en plein Quartier Général du GSI, au cœur de la vaste capitale planétaire de Talat tapie dans la moiteur de Sur'Kesh.

Ce n'est certes pas avec le plus grand plaisir que le GSI avait vu ces étrangers venir fouiner dans ses locaux: comme à peu près tous les services de renseignements de la galaxie, la célèbre organisation aurait sans doute préféré laver son linge sale en famille... Toutefois, les agents du Conseil avaient réussi à boucler la première partie de leur enquête avec une diligence et un professionnalisme qui étaient parvenus à intriguer les Galariens eux-mêmes. Leurs conclusions désignaient pour origine la plus probable des fuites un gros centre de traitement des données, isolé dans la jungle équatoriale de Sur'Kesh. L'équipe s'était donc rendue sur place, en compagnie de quelques agents de confiance détachés par le QG de Talat.


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Base du GSI sur le monde luxuriant de Sur'Kesh.jpg (70.69 Kio) Consulté 41 fois

Il se trouvait malheureusement là un grand nombre d'agents du GSI correspondant justement au profil de recherche établi. Les interrogatoires avaient été longs et difficiles, et il avait fallu l'aide d'un esprit rompu au raisonnement non-linéaire des Galariens – celui de Sudaj Lenks, l'ingénieur de l'Unité N°1, lui-même vétéran du GSI – pour parvenir à interpréter les réactions et le mode de pensée peu évidents de ses congénères. Avec les recoupements opérés sur les bases de données du centre elles-mêmes, les enquêteurs avaient finalement pu isoler un suspect privilégié. Mais ce n'est qu'au moment de procéder à son arrestation, que l'équipe avait réalisé que l'individu en question n'était que la partie émergée d'une bien plus vaste organisation d'agents corrompus – lorsque ses complices présents sur place étaient entrés à leur tour dans la danse! Des tirs avaient commencé à être échangés, et des Galariens à tomber de tous côtés... Certains même parmi les agents "fiables" spécialement dépêchés par le QG du GSI, s'étaient mis à abattre sans aucun signe avant-coureur ceux de leurs collègues avec qui ils avaient fait le voyage depuis Talat – ce qui en disait assez long sur l'enracinement profond et la discrétion de longue date de cette cellule renégate!

Les combats entamés dans les locaux du GSI s'étaient ensuite déplacés dans la jungle environnante. Au final, il avait donc fallu affronter sur leur terrain un pack soudé d'une petite douzaine d'agents galariens surentraînés, rompus à toutes les formes de combat indirect: furtivité, pièges, embuscades à longue portée, et surtout, un usage inédit et particulièrement inventif des drones, mécas, et autres IV à leur disposition. Lenks et Andrak avaient été blessés tous deux dans cette lutte sans merci contre des ombres insaisissables; quant à Damon, il n'avait dû de conserver sa tête sur ses épaules – au sens littéral du terme! – qu'à l'intervention énergique de Saïda Keren. Mais la plupart des agents du GSI restés loyaux, qui avaient soutenu l'Unité N°1 sur le terrain, n'avaient quant à eux pas survécu aux combats: la victoire n'avait finalement été remportée que de très haute lutte.

À l'issue de la bataille, le capitaine Keren avait fait aligner les corps des adversaires vaincus, moitié pour filmer les opérations de scan de leurs ADN et certifier ainsi la destruction de la cellule renégate, mais moitié également afin de raffermir le moral de son équipe, ébranlé par ces combats d'un genre auquel elle n'avait jusqu'alors jamais eu à faire face. C'est en fait à ce moment, davantage encore qu'au cœur des combats, que les vétérans de l'Unité N°1 avaient réellement pris conscience que cette redoutable Spectre humaine, aussi pragmatique qu'efficace, était bel et bien la plus digne héritière de Dame Qoliad qu'ils auraient pu se voir assigner.


Et là, ç'avait été la plus facile de leurs trois dernières aventures... Car l'engagement suivant avait sans doute été le plus brutal, le plus frontal, le plus désespéré auquel l'équipe ait jamais survécu!

Cette mission-là leur avait été confiée en urgence à la demande pressante de la conseillère de l'Alliance. Le Haut Comité aux Affaires Kroganes, l'organisme concilien créé au lendemain de la Guerre afin d'encadrer l'expansionnisme atavique de ce peuple turbulent, avait récemment dépêché sur Tuchanka une observatrice civile hautement qualifiée, Erin Hamakwayo-Lavigne – une Humaine. Le Haut Comité tendait en effet à privilégier l'emploi d'émissaires humains, issus d'une espèce généralement considérée comme la plus neutre vis-à-vis des Krogans. Or le clan Hromach, une mouvance traditionaliste mineure, mais aux méthodes particulièrement radicales, venait tout juste d'abattre la navette de l'observatrice au-dessus de son territoire. L'Humaine avait été capturée vivante, tandis que son escorte de marines de l'Alliance avait été sauvagement massacrée sur place. Les exigences envoyées par les Hromach ayant été jugées inacceptables par le Haut Comité, il y avait tout à craindre pour la vie de l'observatrice Hamakwayo...

En règle générale, aucune mission de sauvetage n'est jamais organisée dans les régions les plus instables de Tuchanka. Mais l'Alliance avait pu obtenir un droit de passage exceptionnel pour l'envoi d'un peloton d'élite de ses Forces Spéciales – reconnaissables dans toute la galaxie à la célèbre bande verticale rouge couvrant toute la hauteur du bras droit de leurs armures. Et surtout, la conseillère Claudia Messeri était parvenue à négocier le prêt d'une unité GEIST, afin que les commandos puissent bénéficier de l'expertise de terrain d'une de ces petites cellules d'agents d'élite, réputées pour leur polyvalence, pour leur expérience des coups durs, et pour leur réactivité presque surnaturelle face aux rebondissements les plus imprévisibles. Ce qui ne gâchait rien, c'est que chacune de ces unités spéciales du Conseil disposait par ailleurs de son propre vaisseau léger, spécialisé dans l'insertion discrète d'équipes réduites sur zones hostiles: dans le cas de notre Unité N°1, il s'agissait bien sûr de la frégate furtive de classe Normandy SSV Citadel. Pour finir, l'opération devait également recevoir le soutien au sol d'éléments de choc de la célèbre Compagnie Aralakh, le fer de lance de la Coalition progressiste krogane, placés sous les ordres du puissant Urdnot Grunt.

Évoluant sous camouflage de ses signatures radar et thermique, le Citadel avait d'abord déposé ses passagers de nuit, à l'écart des installations ennemies. Les troupes de la Compagnie Aralakh avaient alors commencé à mener de violentes opérations de diversion sur les marges des terres Hromach, afin d'y attirer le gros des forces du clan. La mission de sauvetage avait pu progresser le plus discrètement possible au cœur du territoire hostile, jusqu'à la principale base d'opérations adverse où était détenue l'observatrice Hamakwayo: les vestiges majestueux d'un temple monumental, remontant aux temps reculés où la splendeur d'une civilisation krogane désormais éteinte rayonnait encore à la surface de Tuchanka.


Tuchanka, les ruines de l'ancienne civilisation krogane (Celyntheraven).jpg
Tuchanka, les ruines de l'ancienne civilisation krogane (Celyntheraven).jpg (196.77 Kio) Consulté 41 fois

Les premières phases d'infiltration s'étaient déroulées sans accroc majeur: grâce à la virtuosité du lieutenant-major Damon da Costa, le redoutable Sniper humain de l'Unité N°1, les quelques gardes demeurés sur place avaient été neutralisés sans avoir pu donner l'alerte. Mais l'opération dans son ensemble avait déjà subi divers contretemps; puis aux premières lueurs de l'aube, tout s'était gâté lorsqu'il avait fallu faire face à un puissant retour offensif des troupes Hromach... Piégés et encerclés par des forces ennemies en supériorité numérique écrasante, agents du Conseil et commandos de l'Alliance s'étaient battus pour leurs vies, retranchés derrière les murailles du temple, avec une rage et un acharnement qui avaient fini par ébranler la détermination de leurs assaillants. Mais il avait tout de même fallu l'apport d'un appui direct au sol de la part du Citadel, l'emploi d'un volume ahurissant de charges explosives de classe militaire – ainsi que l'intervention spectaculaire en plein milieu des lignes kroganes d'un dévoreur dérangé par tout ce vacarme! – pour que les forces conciliennes finissent par l'emporter.

C'est sans doute au plus fort de ces combats désespérés que Saïda Keren avait pu le mieux démontrer à son équipe toute l'étendue de son incroyable puissance biotique. Après avoir terrassé sans effort apparent les rangs des guerriers d'élite ennemis devant elle, en déployant la même violence impitoyable avec laquelle le vent couche les blés, la Spectre s'était retrouvée face à face avec le chef même du clan Hromach, un gigantesque seigneur de guerre biotique, l'un de ces terribles Foudres krogans que Feylin redoutait tant. Le duel qui avait opposé les champions des deux camps avait été si long et si intense, et avait atteint un tel degré de haine et d'implication personnelles, que les autres combattants avaient tacitement suspendu leurs propres affrontements pour mieux suivre le spectacle de cette lutte à mort. La victoire sans appel que la Spectre humaine avait fini par remporter, dans une véritable débauche d'énergie noire, avait scellé le sort de la bataille et la déroute de l'ennemi. Lorsque enfin le SSV Citadel avait quitté le système Aralakh, avec à son bord les survivants du peloton de l'Alliance ainsi que l'observatrice Hamakwayo saine et sauve, le nom de Hromach avait été virtuellement effacé de la très longue liste des clans krogans...


Quant à la dernière opération en date, elle avait débuté par une mission d'infiltration sous couverture, en préparation d'une intervention militaire. Cependant, elle avait pris sur la fin un tour diplomatique assez inattendu, au dénouement plus stupéfiant encore...

L'Unité N°1 n'en était certes pas à sa première mission d'infiltration; mais leur nouvelle cible dépassait de très loin en envergure et en puissance de feu les quelques organisations criminelles ou terroristes qu'elle avait fait tomber jusqu'alors. L'Autarcie d'Okhrid, un petit monde butarien des Systèmes Terminus épargné par les ravages des Moissonneurs, avait délibérément choisi de tirer parti du chaos durablement engendré par la Guerre pour se lancer dans la piraterie interstellaire. Le dictateur local, le Haut-Maréchal et Guide suprême Sanxhet Qahlah'ram, entretenait donc de manière officieuse – mais notoire! – une flottille corsaire fort redoutée: celle-ci avait déjà mené d'innombrables raids éclairs, toujours parfaitement renseignés, contre les principales routes commerciales de l'Alliance dans la Travée de l'Attique. Le reste du temps, les forbans savaient couvrir leurs traces et se rendre totalement insaisissables; rien ne les reliait officiellement à Okhrid, où ils faisaient pourtant très régulièrement relâche...

Le navire-amiral de cette flotte fantôme, l'élément qui en faisait toute la puissance, était un grand croiseur miraculeusement rescapé de la flotte butarienne d'avant-Guerre, le Har'Garrok, face auquel aucun transport ni convoi, même lourdement escorté, ne parvenait à faire le poids. Le Conseil avait toutefois fini par décider que ce grand bâtiment mettait en péril à lui seul l'équilibre des forces dans toute cette partie des Systèmes Terminus. L'infiltration, la neutralisation depuis l'intérieur, et le marquage de ce redoutable vaisseau corsaire en vue d'un abordage en règle, telle était donc la mission qui avait été dévolue à l'Unité N°1.

Le rôle d'agent infiltré au sein de l'équipage du Har'Garrok revint tout naturellement à Andrak Atkoso'dan. Outre qu'il était le seul Butarien de l'équipe, l'ancien chasseur de primes pouvait à l'occasion faire montre d'un talent tout à fait confondant dans l'art d'incarner un personnage fictif, de donner vie à une identité de couverture: un atout qui l'avait aidé plus d'une fois à parvenir jusqu'au plus près de ses cibles. Quant à la petite force d'assaut destinée à prendre le contrôle du croiseur une fois que celui-ci aurait été immobilisé et désarmé, elle devait être composée d'une poignée de vétérans de l'Alliance, personnellement sélectionnés par le capitaine Keren. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il s'agissait pour la plupart d'hommes et de femmes au côté desquels la Spectre N7 avait déjà tout dernièrement combattu, lors de la récente mission de sauvetage sur Tuchanka.

Discrètement introduit sur Okhrid, Andrak avait commencé par organiser un "accident" insoupçonnable, qui priva le Har'Garrok d'un nombre substantiel de membres de son équipage, lors d'une permission en ville au retour d'un raid. Le Franc-tireur butarien savait que le croiseur devrait compléter ses effectifs dans l'urgence avant sa prochaine opération. Et il savait également que les identifiants factices et les références irréprochables que lui avaient forgés les services du Ministère de la Défense Concilien lui ouvriraient sans aucun problème l'accès à un poste de choix au niveau du secteur Propulsion du vaisseau. Dès sa première croisière à bord du Har'Garrok, l'agent infiltré s'employa donc à télécharger dans les réseaux du vaisseau les virus informatiques indétectables qui lui avaient été remis – non sans que ceux-ci eussent d'abord été dûment complétés et perfectionnés par le cerveau bouillonnant de Sudaj Lenks! Lorsque Andrak activa enfin ses pièges, le grand croiseur se retrouva brusquement privé de transmissions, de propulsion, de boucliers, d'armement... tout en signalant bruyamment sa position à plusieurs secteurs galactiques à la ronde!

C'est peu de temps après cette première frappe surprise que la seconde partie du plan se mit en branle, lorsque la petite force d'abordage du capitaine Keren, quatre navettes Kodiak en tout, sortit de vitesse SLM au plus près possible du Har'Garrok. Esquivant avec brio les autres vaisseaux légers de la flottille corsaire, encore sous le coup de la stupeur, les navettes se ruèrent droit vers la baie d'amarrage du croiseur, grande ouverte par les bons soins d'Andrak. Agents et soldats de l'Alliance sécurisèrent le quai en un tournemain, puis commencèrent à progresser au travers des coursives en direction des points stratégiques du vaisseau – vers la passerelle de commandement en tout premier lieu.

L'ensemble des dispositifs de défense sous IV du croiseur avait déjà été neutralisé par les virus implantés et activés par Andrak. Aussi, malgré leur supériorité numérique, la surprise et la désorganisation de l'équipage butarien ne put s'opposer sérieusement à l'énergie et à l'esprit de décision d'assaillants conciliens parfaitement préparés. En peu de temps, et avec des pertes minimes, la poignée de combattants d'élite du capitaine Keren parvint donc à s'emparer du Har'Garrok. Les terrifiantes performances biotiques de la Spectre humaine, secondée par Feylin Adamas, comptèrent pour beaucoup dans ce succès éclair – de même que les manœuvres plus ou moins discrètes d'Andrak, qui continua à saboter de l'intérieur les périmètres de défense hâtivement levés par ses congénères, jusqu'au moment où il put enfin établir la jonction avec ses amis victorieux...

La petite force d'occupation s'employa ensuite activement à neutraliser ses propres virus, et à reprendre la main sur le croiseur afin de pouvoir faire face à la réaction du reste de sa flottille de soutien. Les transmissions venaient tout juste d'être rétablies, lorsqu'une communication tomba soudain sur l'un des écrans 2D de la passerelle de commandement: c'était le Haut-Maréchal Sanxhet Qahlah'ram, le Guide suprême d'Okhrid en personne, écumant de colère. Celle-ci sembla redoubler lorsqu'il s'aperçut que les agresseurs qui venaient de le priver du fleuron de sa flottille corsaire étaient essentiellement humains. Ivre de rage, le dictateur menaça d'envoyer la flotte même d'Okhrid à la reconquête du Har'Garrok. Ces quelques vaisseaux légers ne faisaient certes pas le poids face au gigantesque croiseur capturé; mais les soldats de l'Alliance n'étaient pas assez nombreux pour tirer parti de toute la puissance de feu potentielle du vaisseau, ni surtout pour empêcher son abordage par une nuée de petites navettes d'assaut déterminées. Et les forces d'Okhrid seraient sans aucun doute sur place bien avant que l'escadre concilienne la plus proche ne puisse arriver à la rescousse...


Le Har'Garrok, croiseur rescape de la defunte Flotte butarienne (Euderion).jpg
Le Har'Garrok, croiseur rescape de la defunte Flotte butarienne (Euderion).jpg (181.28 Kio) Consulté 41 fois

Saïda Keren prit alors l'initiative de répondre au despote butarien, sous son autorité de Spectre du Conseil, en sorte que ses mots marquent à jamais au fer rouge l'âme du sinistre personnage. D'une voix terrible, elle lui promit que s'il persistait dans la recherche de l'escalade, tout ce qu'il obtiendrait serait une guerre totale de la part de l'humanité et de ses alliés conciliens, à présent que le rôle d'Okhrid dans d'innombrables actes de piraterie venait d'être indéniablement mis en lumière. Elle lui promit que son monde, ses cités, son peuple, sa famille, puis lui-même tout en dernier, auraient à payer le prix des représailles dont elle serait le fer de lance. Elle lui promit enfin que son visage d'Humaine serait le dernier qu'il verrait, avant qu'elle ne vienne le priver un par un de l'usage de ses yeux, de manière particulièrement vile et infamante.

Venant de n'importe qui d'autre, de telles menaces auraient pu ressembler à la manœuvre illusoire d'un adversaire déjà vaincu, tentant désespérément de compenser la faiblesse de sa position par un culot monstre. Mais Saïda Keren, elle, semblait très sincèrement penser le moindre des mots qu'elle proférait de sa voix rauque; elle semblait envisager le plus sérieusement du monde la moindre des atrocités qu'elle promettait sans sourciller à un Haut-Maréchal Qahlah'ram totalement frappé de stupeur. Tout incroyant qu'il était, Damon da Costa aurait juré avoir ressenti la crainte de Dieu et de la colère céleste, en entendant ces mots effroyables résonner sur la passerelle de commandement. Et les non-Humains de l'équipe à ses côtés semblaient même plus profondément impressionnés encore...

Sudaj Lenks avait beaucoup appris sur l'art de la guerre psychologique durant son service au sein du GSI galarien, où il avait eu l'occasion de côtoyer d'authentiques experts en cette matière. Il avait donc été le seul à remarquer – il en avait d'ailleurs fait part après coup à ses compagnons, sur un ton admiratif – que Saïda s'était positionnée de manière parfaitement calculée durant cette communication par écran 2D interposé, en sorte que son vis-à-vis puisse avoir la meilleure vue sur l'arrière-plan qu'elle avait choisi de lui présenter: la passerelle de commandement, jonchée de corps butariens plus ou moins mutilés, et où avaient été alignés en rang les quelques rares prisonniers ayant survécu à la brutalité des combats, agenouillés mains sur la tête derrière la Spectre. Ces malheureux présentaient l'aspect le plus réellement pathétique que l'on puisse imaginer: blessés pour la plupart, choqués, traumatisés, mais surtout, visiblement terrorisés par la proximité de la biotique humaine qui venait de tracer des sillons sanglants dans leurs rangs. Saïda Keren offrait tout simplement là à son interlocuteur un avant-goût des tourments qu'elle était en train de lui promettre...

Et le plus incroyable dans tout cela, fut que cette tactique s'avéra payante! Totalement désarçonné, aussi blême que pouvait l'être un Butarien horrifié, le Haut-Maréchal se borna à balbutier quelques menaces vides de sens, presque inaudibles d'ailleurs, avant de couper brusquement le canal. Au bout de quelques instants, la flottille de soutien du Har'Garrok passa en SLM, libérant les lieux pour l'escadre de l'Alliance venue plus tard prendre possession du croiseur pirate capturé. Aucune mesure de rétorsion n'eut donc à être effectivement menée contre l'Autarcie d'Okhrid, à présent qu'elle avait été privée de son principal moyen de nuisance...


En tout et pour tout, cela faisait donc pour l'Unité N°1 trois nouvelles missions menées à bien avec un brio remarqué, depuis l'arrivée du capitaine Keren. Hélas, aucune d'entre elles n'avait correspondu à la mission que tous attendaient depuis des mois: retrouver la trace de Maya Brooks, le cerveau terroriste responsable de la mort de Dame Qoliad; la coincer en sorte qu'elle ne puisse à nouveau leur filer entre les doigts; et les enterrer à jamais, elle et toute la sinistre organisation criminelle tentaculaire qu'elle avait patiemment mise sur pied depuis sa prison d'Alcastarz (1).

* * * * * *

Lorsque Feylin Adamas reprit ses esprits, elle était encore allongée au sol au milieu du décor des ruines de Londres, qui commençait pourtant déjà à s'estomper par blocs entiers. La terrible nuit s'effaçait devant la lumière qui revenait progressivement. Saïda Keren se tenait au-dessus de l'Asari, son arme déjà récupérée et replacée à sa hanche, et lui tendait le bras pour l'aider à se relever. La partie était donc terminée, et Feylin l'avait perdue.

–- Ç'a été un beau combat, la félicita l'Humaine en la redressant d'une traction, après que leurs bras se soient joints. Très tendu, et longtemps indécis. Tu as encore fait honneur à ton entraînement de chasseresse, et à tes sœurs de la Garde de Serrice...
–- Je n'en retire pourtant pas l'impression d'avoir jamais tenu la victoire dans mon viseur
, bredouilla Feylin, qui se sentait encore à peine revenue des rives de la mort. Tu es décidément une adversaire de première force, capitaine; l'humanité a bien de la chance de t'avoir... Hélas, je crains de ne jamais parvenir à percer tous les secrets qui me permettraient de te vaincre au moins une fois, avant que tu ne finisses toi-même décatie et morte de vieillesse! conclut l'Asari, rappelant à l'Humaine sa très courte longévité en une revanche cruellement sarcastique.

Celle-ci n'en prit pas ombrage, et se contenta de répondre avec philosophie: «Les gens comme toi et moi ne meurent jamais de vieillesse...» – une répartie laconique, tout aussi cruelle en cela qu'elle rappela à Feylin le triste destin de Dame Qoliad qui l'avait tant bouleversée. Sans rancune, Saïda entreprit même de restaurer l'ego blessé de l'Asari:

–- Si seulement tu n'avais pas à ce point tendance à te déprécier, beauté, tu aurais pourtant remarqué que tu as tout de même tenu bien plus longtemps face à moi que le Foudre krogan du clan Hromach, sur Tuchanka – tu sais, celui qui a réellement fini la bagarre en plusieurs morceaux, lui...
–- M'oui
, bougonna Feylin, enfin, je suppose que ça tient quand même au fait que tu m'aies un peu ménagée, non?
–- Oui, bon, ça aussi
, plaisanta joyeusement l'Humaine. On a loué le box pour une demi-heure, j'admets que je n'avais pas envie de redéfaire l'armure au bout de seulement vingt secondes! Non, pour rester sérieuse, j'ai déjà affronté des paquets de biotiques asari en combats réels ou simulés; pas seulement Guerdan, tu sais... Et crois-moi, tu te tiens déjà largement dans le tiers supérieur, alors même que tu n'as pas encore atteint trois siècles révolus! Alors oui, tu es perfectible, c'est clair; mais tu as encore beaucoup de temps devant toi, avant d'entrer dans le cercle des toutes meilleures...

Le capitaine Keren a décidément l'art de savoir trouver les mots qui font mouche, dut admettre Feylin. Le fait est que le doute et la méfiance qu'elle avait initialement ressentis à l'égard de la fascinante biotique humaine, à son arrivée à la tête de l'unité, s'étaient progressivement mués au fil des missions en curiosité, puis en respect, en admiration, et enfin en... autre chose! L'Asari n'avait entamé aucune relation affective, ni sérieuse ni superficielle, depuis la mort de son dernier amant en date, le regretté commandant turien Serval Quirinus, ancien membre de l'Unité N°1 tombé au combat moins d'un an plus tôt (2). Mais pour la première fois depuis cette perte déchirante, une personne venait d'entrer dans sa vie, qui arrivait à faire battre à nouveau son cœur lorsqu'elle portait les yeux sur elle à la dérobée. Sans doute l'éblouissant regard bleu de givre de l'Humaine entrait-il pour beaucoup dans le trouble que ressentait la jeune Asari... Toujours est-il que jamais encore Feylin n'avait osé aborder le sujet avec sa supérieure; mais elle avait bien trop de respect pour la perspicacité de celle-ci, pour supposer qu'elle n'en soupçonnait rien.

Pourtant, jusqu'ici, Saïda Keren s'était quant à elle montrée bien plus intéressée par l'autre officier N7 de l'unité, son congénère le lieutenant-major Damon da Costa. Et contrairement à Feylin, elle avait été plus d'une fois tout à fait explicite quant à son intention manifeste de glisser le séduisant athlète dans sa couchette! L'Asari pouvait comprendre cela: après tout, il y avait bien peu d'êtres – bien peu d'espèces, même! – que le physique avantageux et le caractère dynamique et enjoué de l'Humain au regard de braise laissaient indifférents. Feylin elle-même n'y était pas insensible, d'ailleurs; mais depuis les débuts de leur collaboration, elle avait toujours considéré avant tout Damon comme une sorte de petit frère – si tant est que ce concept signifie quelque chose au sein des sororités asari! –, un peu trop imprudent et qu'il faut parfois protéger de lui-même. Quant à Damon, s'il avait pu à l'occasion laisser transparaître quelque attirance pour la belle Asari, il avait toujours fait le choix de préserver en premier lieu leur amitié complice, en faisant délibérément l'impasse sur tout autre type de relation qui aurait pu l'altérer. En outre, ses aventures brèves et épisodiques en dehors de l'équipe suffisaient pleinement à le contenter...

...Raison pour laquelle d'ailleurs les assiduités de sa supérieure directe gênaient énormément le malheureux Damon! Mais Feylin le savait, cela tenait également au fait que Saïda Keren avait été pour le lieutenant da Costa son modèle de jeunesse, l'idéal de courage et de résolution qui avait poussé le petit orphelin carioca à intégrer les Forces Spéciales de l'Alliance, puis plus tard à suivre le cursus des N7 – bref, le même genre d'égérie que Guerdan Qoliad avait été pour Feylin, deux siècles plus tôt. Il était sans doute impossible pour Damon de considérer l'héroïne sans peur et sans reproche de ses jeunes années comme une quelconque femme de chair et de sang, ni de se rapprocher intimement d'une telle légende sans la crainte superstitieuse de s'y brûler la peau – ou plus prosaïquement, de ne simplement pas pouvoir assurer! Mais le capitaine Keren ne semblait pas pour autant avoir renoncé à ses vues sur le bel officier; et en considérant le triangle amoureux dont Feylin Adamas incarnait la troisième pointe, cela contribuait à engendrer quelques tensions occasionnelles au sein de l'équipe.

Le décor virtuel avait à présent entièrement disparu, pour laisser place aux panneaux nus de l'aire de combat. Alors qu'elles se dirigeaient vers la sortie, Feylin et Saïda reçurent soudain le même signal insistant les invitant à consulter d'urgence la messagerie de leur Omnitech. La Spectre humaine fut la première à commenter sa lecture:

–- Convocation Priorité Rouge pour l'équipe au grand complet: on a moins d'une demi-heure pour rejoindre l'immeuble du Ministère de la Défense Concilien! Ça a l'air grave... Bon, où sont les autres?

Feylin consulta rapidement son Omnitech:

–- Damon et Andrak ont déjà terminé leur propre duel amical dans le box voisin; on devrait les retrouver à l'entrée des vestiaires. Pas de nouvelles de Lenks; mais je sais qu'il doit déjà être sur place aux archives du MDC, en train de vider toutes les banques de données locales auxquelles son accréditation lui donne accès – oh, peut-être même quelques autres, d'ailleurs! –, et de se gaver de bien plus d'infos confidentielles qu'un esprit non-galarien ne pourrait en retenir en toute une vie! Bref, trop absorbé pour répondre; mais il sera au rendez-vous, comme d'habitude...

Pendant ce temps, Saïda poursuivait de son côté la lecture du message prioritaire, et une grimace de surprise lui échappa bientôt:

–- Hon! La réunion n'aura pas lieu dans les locaux du MDC, mais directement dans la Chambre du Conseil, au sommet de la Tour de la Citadelle! Là, ça commence à avoir l'air plus que grave! Purée, j'adore déjà ça! Bon allez, active le pas, beauté...

En quittant leur box de réalité virtuelle, l'Humaine et l'Asari tombèrent sur Damon da Costa et Andrak Atkoso'dan, eux aussi encore revêtus de leurs armures tandis qu'ils sortaient du même pas de l'aire de combat voisine. L'amitié qui unissait désormais le Sniper N7 de l'Alliance et l'ex-chasseur de primes des Systèmes Terminus était d'autant plus surprenante que leurs tout premiers contacts étaient plutôt partis du mauvais pied... Mais au fil des missions, Damon avait fini par tisser avec le Franc-tireur butarien des liens tout aussi étroits que ceux qu'il avait jadis noués avec le commandant Serval Quirinus, le Franc-tireur turien qui avait précédé Andrak au sein de l'Unité N°1. L'Humain avait retrouvé chez son nouveau compagnon d'armes les mêmes qualités marquées qu'il avait tant appréciées chez le regretté Serval: la compétence, le courage, l'inventivité, la franchise, la loyauté, et même l'humour – un trait de caractère pourtant réputé aussi rare chez les Butariens que chez les Turiens! Quant à Andrak, il avait besoin d'un ami auquel se confier depuis la mort tragique de sa compagne, son amour éphémère, le docteur Hésap Avidar, l'officier médical du SSV Citadel froidement assassinée durant l'occupation de la frégate par les forces renégates de la station d'Alcastarz (3). Or, sous ses dehors de loustic blagueur doublé d'une machine à tuer de très haute précision, Damon cachait un véritable don pour l'écoute, une empathie et un cœur d'or qui n'avaient rien à envier à ceux de Feylin, pourtant plus immédiatement visibles.

–- Alors? demanda celle-ci aux deux soldats. Vous aviez choisi quel terrain, à côté?

Damon sourit, puis envoya un coup de coude souligné d'un clin d'œil au colosse butarien à sa droite avant de répondre avec entrain:

–- "Crépuscule de Tuchanka"! En fait, on est presque tout de suite tombés d'accord là-dessus: on dirait bien que notre bagarre homérique contre ces foutus Hromach nous a laissé des souvenirs marquants à tous les deux!
–- On a pris le mode Terrain étendu, nous aussi
, ajouta Andrak d'un ton bonhomme, pas moins de trente hectares de champ de bataille parfaitement reconstitués. Il fallait bien cela, pour que ce nabot qui se prétend Sniper ait une petite chance de l'emporter contre moi! Belle mécanique que cette arène, en tout cas: on avait réellement l'impression de se retrouver sur les grandes plaines concassées de Tuchanka, à se faire fouetter la face par les vents radioactifs...
–- Et au final?
s'enquit Saïda avec curiosité. Faites pas durer le suspense: qui a gagné?
–- Lui!
répondit Andrak, hilare, tout en allongeant une claque à la force soigneusement retenue derrière l'omoplate de l'Humain. Dire que je n'avais pas cru ce petit pyjak, quand il prétendait pouvoir moucher à 200 mètres l'œil d'un Butarien en pleine course... Eh bien j'avais tort! s'esclaffa le géant tout en massant son globe oculaire supérieur droit encore meurtri. Les émulateurs de douleur de l'arène virtuelle font quand même salement danser en mode Réaliste; et je parle d'expérience!...
–- Je te l'envoie pas dire, ma grande!
répartit joyeusement Damon qui boitait encore un peu. Ton Incinération a failli me cramer bien plus que la jambe! Heureusement que j'ai le même talent pour l'esquive qu'un Volus qui verrait arriver une facture!

La complicité évidente entre l'Humain et le Butarien faisait plaisir à voir. Malheureusement, l'urgence était ailleurs, et Saïda s'apprêtait à le rappeler à ses agents, lorsque brusquement, elle étrécit ses narines en une grimace de dégoût, avant de laisser tomber:

–- Hum, s'il y a quelque chose en tout cas qui ne vient pas des simulateurs de l'Arène, c'est bien la foutue odeur de transpiration inter-espèces qu'on dégage tous ici! Sérieusement, je crois qu'on concentre assez de variétés de phéromones pour rendre un Elcor maboul! Bon, pas question d'infliger ça aux distingués récepteurs olfactifs de nos chers conseillers, on est bien d'accord là-dessus? Alors tous à la douche, bande d'éclopés! Et plus vite que ça! Rendez-vous dehors sur l'avenue Stellargent d'ici dix minutes, en tenue correcte. Rompez!


[...]


______________________________


(1) Maya Brooks, et son organisation clandestine vouée à la suprématie de l'espèce humaine, étaient les principaux adversaires affrontés par notre équipe lors de la saison précédente: Unité N°1: Saison 2.
(2) Lire Unité N°1: A Mass Effect Story, Épisode 1
(3) Lire Unité N°1: Saison 2, Épisode 12

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Dr Sordin Molus
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Re: Unité N°1: Saison 3

Messagepar Dr Sordin Molus » mer. 1 avr. 2020 19:43

  • Épisode 3: Réunion au sommet
    ou
    Quatre conseillers, trois Spectres, deux podiums... Et un énorme problème!



    Anneau du Présidium sur la Citadelle –
    Esplanade d'accès à la Tour du Conseil

Le lieutenant-major Damon da Costa contemplait pensivement, depuis son pied, le sommet de l'unique pilier d'accès par ascenseur vers la Tour de la Citadelle – sommet qui disparaissait dans le ciel éternellement bleu du Présidium. Mains sur les hanches, tête renversée en arrière et yeux plissés à l'extrême, le Sniper N7 scrutait de son regard d'aigle ce firmament artificiel, comme s'il s'efforçait d'apercevoir, au travers de cette illusion d'azur, la flèche démesurée s'élevant au centre même de l'anneau circulaire du Présidium. Damon finit bien sûr par renoncer à cette tentative chimérique, et se décida à rejoindre ses trois compagnons assemblés devant l'entrée de l'ascenseur: la Spectre humaine Saïda Keren, la chasseresse asari Feylin Adamas, et le Franc-tireur butarien Andrak Atkoso'dan. Tous quatre attendaient l'arrivée du dernier membre de leur petite unité, l'Ingénieur galarien Sudaj Lenks, qui devait les rejoindre directement depuis les locaux du Ministère de la Défense Concilien.

Encore très exalté, Damon dansait d'un pied sur l'autre, agité comme un gamin à l'entrée de la fête foraine, tandis qu'il fixait à présent l'icone apposée au-dessus du portail d'accès à l'ascenseur: celle-ci figurait d'un trait schématique, accessible à toutes les espèces, la silhouette du formidable édifice dont la cime abritait le siège du Conseil galactique.

–- Y a pas à dire, s'extasiait l'Humain, c'est quand même un putain de Saint des Saints, cet espèce de grand sextoy pour Moissonneurs... Pensez un peu: si la galaxie gravite autour de la Citadelle, eh bien la Citadelle, elle, elle gravite autour de c'te grande aiguille, et des quat' super-pointures qui y perchent. Ça donne à réfléchir, non?... Et du coup, ne monte pas là-haut qui veut: faut montrer patte blanche! Moi, je n'avais encore jamais eu l'occasion d'y accéder... Merde, quand j'y pense! une carrière exemplaire au service de l'Alliance, N7 depuis six ans, agent GEIST depuis trois... Et rien, nada, que dalle! Alors ouais, pouvoir enfin monter tout là-haut... C'est pas pour dire, mais... Ouais, ça fait quand même quelque chose!


L'Anneau du Presidium - A droite, le pilier d'ascenseur vers la Tour du Conseil.jpg
L'Anneau du Presidium - A droite, le pilier d'ascenseur vers la Tour du Conseil.jpg (169.35 Kio) Consulté 7 fois

Feylin Adamas sourit discrètement. En dépit de son âge et de son parcours de baroudeur, son ami humain était décidément encore capable, à l'occasion, d'emballements d'un enthousiasme presque enfantin, assez touchant; et quand il était pris de telles envolées lyriques, illustrées de manière si imaginative, c'était le signe qu'il était vraiment très, très ému... L'Asari devait cependant bien admettre que Damon avait raison sur plusieurs points: en particulier, sur le fait que l'accès à la Chambre du Conseil, tout au sommet de la Tour de la Citadelle, était bel et bien restreint à quelques très rares privilégiés: ambassadeurs et diplomates, officiels dûment enregistrés, visiteurs exceptionnellement accrédités, et bien sûr agents Spectres venant prendre leurs ordres directement de la bouche des conseillers – telle la nouvelle patronne de leur unité, le capitaine Saïda Keren, sur laquelle Feylin maintenait un œil discret. Du coup, la jeune Asari se sentit obligée de livrer à son tour quelques révélations personnelles à ce sujet:

–- Moi, j'étais déjà montée là-haut, une fois. Une seule fois... Et ça remonte à il y a déjà plus d'un siècle et demi: une sortie organisée avec le reste de ma classe d'âge, durant ma formation militaire. C'était l'ambassadrice asari de l'époque en personne qui nous avait fait les honneurs de la visite guidée... Un sacré souvenir, pour une toute jeune demoiselle!

De son côté, Andrak Atkoso'dan visionnait alors sur son Omnitech un holo de cette fameuse Chambre du Conseil, ce lieu illustre que toute la galaxie connaissait par Extranet, mais que bien peu auraient pu prétendre avoir jamais arpenté en personne – et certainement pas un chasseur de primes des Systèmes Terminus tel que le grand Butarien! Ce dernier éteignit la projection, avant de renchérir à son tour:

-– Quant à moi, je vous rappelle qu'il y a encore un an, je n'avais même encore jamais seulement posé le pied sur la Citadelle, avant d'être approché par les recruteurs du Ministère de la Défense Concilien. Ça, on peut dire que le cadre de travail du Conseil diffère sensiblement de celui d'Aria T'Loak sur Oméga!...

Le capitaine Keren adressa un sourire entendu au gigantesque chasseur de primes butarien, exactement comme si elle avait déjà eu l'occasion de constater elle aussi par elle-même l'immense fossé entre le style de vie de l'impitoyable Reine pirate d'Oméga, et celui des quatre conseillers dont les décisions présidaient à la destinée d'une bonne moitié de la galaxie.

Un Veilleur ignora superbement le petit groupe d'agents, lorsqu'il passa près d'eux en clopinant sur ses quatre membres inférieurs, pour se diriger vers une console d'entretien située à proximité. Ces créatures insectoïdes, d'apparence parfaitement inoffensive, avaient été présentes sur la Citadelle avant même la découverte de celle-ci par les Asari et les Galariens, presque trois mille ans plus tôt; et à ce jour, elles étaient encore la seule espèce à savoir intuitivement maîtriser l'ensemble des protocoles de maintenance de l'immense station spatiale, et donc à pouvoir éviter à cette dernière de sombrer dans le chaos de la nébuleuse qui l'environnait. L'omniprésence des Veilleurs, leur incapacité à communiquer avec les autres espèces, et leur dévouement exclusif à leur tâche unique mais cruciale, faisaient que personne ne leur prêtait plus la moindre attention depuis bien longtemps. Et il en était redevenu ainsi, même après que l'on eût appris vingt ans plus tôt le rôle terrifiant qu'auraient dû tenir ces placides bestioles dans les plans d'invasion et d'extermination des Moissonneurs!

Sudaj Lenks rejoignit bientôt ses quatre compagnons d'unité, en trottant allègrement sur ses jambes longues et maigres. L'Ingénieur galarien s'excusa précipitamment de son retard, en avalant ses mots comme à son habitude. Ses pensées allaient généralement plus vite encore que son babillage agile; mais la nécessité de reprendre son souffle après sa course n'était guère faite pour améliorer sa diction:

–- ...Ma faute: coupé l'alarme de mon Omnitech, pour ne pas être dérangé durant consultation de dossiers particulièrement intéressants, aux archives du MDC...
–- Bien sûr, bien sûr
, plaisanta Andrak, qui commençait à bien connaître le vétéran du GSI, son indécrottable curiosité, et ses mauvaises habitudes qui finiraient sans doute un jour ou l'autre par lui coûter cher. Là, tu veux sans doute dire: pour ne pas être repéré durant une énième intrusion indiscrète dans des fichiers confidentiels pour lesquels tu n'es pas pleinement accrédité?
–- Un acte; plusieurs points de vue; d'innombrables vérités
, commenta habilement le Galarien, en citant de manière élusive une maxime butarienne bien révélatrice de la morale très flexible de ce peuple.

Saïda Keren fit taire les conversations d'un simple claquement de langue, et d'un mouvement sec de la tête en direction du pilier d''ascenseur, histoire de rappeler à ses troupes qu'ils étaient instamment attendus. L'équipe se dirigea donc vers le portail d'accès; puis après les traditionnels scans biométriques et vérifications des codes de Spectre et accréditations d'unité, les cinq agents purent enfin embarquer en cabine. Par privilège de Spectre, ils avaient été autorisés à conserver l'ensemble de leurs armes et protections militaires. Ce n'est qu'après que le volet de la cabine d'ascenseur se fut rabattu et que la montée eut commencé, que Saïda apporta son propre éclairage sur le sujet qui animait tant ses agents peu auparavant:

–- Moi, cela fait maintenant cinq ans que je suis Spectre: j'ai donc déjà fait l'ascension à de nombreuses reprises pour venir m'entretenir directement avec le Conseil, sur des sujets dont il valait mieux qu'ils ne circulent pas sur des canaux de transmission, même très sécurisés. Effectivement, c'est un décorum très impressionnant, la première fois qu'on monte ici; mais au bout d'un moment, on s'habitue, et on finit par ne même plus y prêter attention...» L'Humaine réfléchit un bref instant, avant d'admettre: «...En fait non, c'est faux: ça fait quand même toujours quelque chose, quelque part!

Tandis que la cabine, propulsée par ses champs gravitationnels, poursuivait sa course à une vitesse vertigineuse, une musique d'ascenseur aussi insipide qu'agaçante se mit à couvrir le silence qui s'était installé dans l'espace confiné. Le capitaine Keren soupira pour elle-même: «En tout cas, certaines choses ne changent jamais, elles...»

La cabine d'ascenseur ralentit progressivement dans son élan, avant que son volet ne se rétracte sur le corridor d'accès vers la Chambre du Conseil. Cette salle monumentale, toute en verticalité sur une superficie somme toute plutôt réduite, aurait pu laisser une sensation oppressante si le toit incurvé, ainsi que toute la hauteur vertigineuse de la paroi située dos à l'estrade du Conseil, n'étaient pas éclairés d'immenses baies vitrées dispensant une douce lumière extérieure. L'espace central, bordé de balcons et de galeries, était agrémenté de petits jardins paysagers fort reposants, avec herbes, rocs et fontaines. Mais l'élément décoratif le plus notable restait l'abondance de cerisiers presque perpétuellement en fleurs tout au long de l'année: des arbres originaires de la planète Terre, génétiquement modifiés pour n'être incommodants pour aucune des espèces vivant sur la Citadelle. Les végétaux importés des mondes d'origine des Asari et des Humains étaient généralement privilégiés pour l'embellissement du Présidium, au détriment des espèces natives galariennes ou turiennes. Les plantes originaires de Sur'Kesh exigeaient et dégageaient en effet trop d'humidité; quant aux formes de vie végétales capables de survivre aux rudes conditions régnant à la surface de Palaven, elles présentaient un aspect métallique et torturé, si effrayant qu'elles mettaient généralement mal à l'aise les autres espèces!

Une dizaine d'énergumènes aux mines plus ou moins patibulaires discutaient entre eux de manière très animée, face aux marches du podium du Conseil. Ces pèlerins-là se démarquaient très nettement des quelques diplomates, lobbyistes, et autres représentants de grandes firmes également présents dans le vaste hall, par la variété de leurs armures de combat – dont certaines avaient visiblement connu des jours meilleurs. De fait, les dignitaires et officiels élégamment vêtus tendaient à se tenir le plus à l'écart possible de cette meute bruyante, qui fournissait par ailleurs un panel très évocateur quant à la diversité d'espèces de cette galaxie: une Humaine, deux Humains, deux Asari, une Turienne, un Galarien, un Quarien, un Drell, et même un fichu Krogan! Cependant, ces soudards en goguette ne devaient représenter qu'un niveau de danger minimal, puisque tout comme les agents de l'Unité N°1, ils avaient été autorisés à conserver leurs armes avant d'emprunter le même ascenseur qui les avaient menés jusqu'ici, au sommet de la Tour du Conseil.

Nos agents connaissaient d'ailleurs parfaitement les noms et petits surnoms de chacun de ces individus, pour les avoir déjà croisés de temps à autre; et ils connaissaient également par cœur le détail de leurs dossiers personnels, pour l'excellente raison qu'il s'agissait là de leurs collègues, confrères et consœurs agents des Unités GEIST N°5 et N°6. Celles-ci étaient commandées par deux Spectres humains: le capitaine Tyler Ransom, et le commandant Lenka Novàkovà. À vrai dire, la majeure partie des autres unités spéciales de cette catégorie se trouvaient être également placées sous les ordres d'autres Spectres humains, issus des forces armées ou des services de renseignement de l'Alliance, avec éventuellement un passage par le SSC. En effet, la jeune espèce humaine, arrivée sur la scène galactique depuis à peine 50 ans, était généralement considérée comme la moins susceptible d'éprouver ou de susciter les préjugés de longue date qui grevaient souvent les rapports entre espèces plus anciennes.

–- Lenka! Tyler! lança joyeusement Saïda sur le ton de la plaisanterie en rejoignant les deux officiers de l'Alliance. On nous avait donc dit vrai? Le Conseil en est réduit à un tel état de panique, qu'il doive racler les fonds de tiroir et faire appel à des comiques dans votre genre?!

Les agents n'avaient guère l'occasion de retrouver leurs homologues intégrés à d'autres unités, si souvent dépêchés en mission à l'autre bout de la galaxie. Aussi commencèrent-ils à former de petits groupes de discussion, sur la base de critères d'affinité moins liés à leurs espèces respectives qu'à leurs spécialités ou à leurs parcours. Ainsi, tandis que Saïda Keren échangeait avec ses deux collègues Spectres quelques récits d'expériences récentes et autres anecdotes héroïques, qui levaient de temps à autre un grand éclat de rire, Andrak Atkoso'dan, l'ex-chasseur de primes butarien, s'était rapproché d'une de ses vieilles connaissances, le Drell Shamyll Arnos. Cet ancien agent d'élite de la Primauté Éclairée de Kahjé s'était reconverti dans une carrière plus paisible d'enquêteur privé sur divers mondes successifs, avant d'accepter de reprendre du service actif pour le compte de la Citadelle: ses talents d'Infiltrateur, complétés de précieux pouvoirs biotiques, s'étaient plus d'une fois révélés inestimables pour son équipe. Quant à Damon da Costa, le Sniper humain, il s'était déjà lancé dans une conversation passionnée sur les tous derniers mods de visée thermique avec son homologue, la Turienne Ardween Khallios, bras droit du capitaine Ransom, une spécialiste en tactiques et armements lourds issue des rangs de la fameuse 43ème Division de Marines – une unité spéciale turienne, connue pour mener de longue date des exercices conjoints et échanges de compétences avec les membres d'autres forces armées conciliennes.


La Chambre du Conseil, depuis l'acces par ascenseur jusqu'aux marches du podium d'entrevue.jpg
La Chambre du Conseil, depuis l'acces par ascenseur jusqu'aux marches du podium d'entrevue.jpg (189.02 Kio) Consulté 7 fois

Une voix haut perchée, au ton passablement agacé, retentit soudain au-dessus des agents; une voix familière pour tous, et assez autoritaire en tout cas pour faire cesser immédiatement le vacarme des conversations:

–- Eh bien, si on ne vous entend pas jusque sur Bekenstein, cela tient du miracle!

Les quinze agents se retournèrent en bloc vers l'amiral Padias Eldon, le directeur des Renseignements de la Flotte concilienne, superviseur des unités spéciales du MDC telles que les leurs, et donc leur supérieur direct à tous. Le vieil officier galarien approchait de la quarantaine, qui marquait la fin de vie pour la plupart de ses congénères; mais tout comme eux, il n'en demeurait pas moins encore très alerte, décidé à rester plongé dans l'action jusqu'en ses derniers instants. Et pour l'heure, il était en train de descendre d'un pas agile les escaliers menant au podium d'audience du Conseil, dominant toutefois encore ses agents du haut d'une volée de marches. L'œil courroucé, l'amiral reprit d'un ton acerbe:

–- Capitaine Keren, même de votre part, je m'attendais plus de retenue en un tel lieu... Vous vous croyez peut-être encore attablée à votre loge VIP du Purgatoire?!...» L'amiral fit taire d'une vive élévation de la main la tentative de protestation qui s'apprêtait à naître sur les lèvres de la Spectre, avant de poursuivre: «Le Conseil est prêt à vous recevoir en entretien privé: les chefs d'unité exclusivement, avec un unique représentant d'équipe par agent Spectre. Les autres demeurent en retrait à portée d'oreille, mais n'interviendront pas. Suis-je assez clair sur ce point?

Les agents acquiescèrent, et les trois Spectres se détachèrent en avant du groupe, accompagnés chacun d'un unique adjoint. C'est tout naturellement Feylin Adamas que le capitaine Saïda Keren choisit pour la suivre: après tout, la jeune chasseresse asari avait déjà été en son temps la suppléante privilégiée de l'ancienne patronne de l'Unité N°1, sa congénère la défunte Guerdan Qoliad. Feylin était sans doute aussi l'élément le plus expérimenté du groupe, au point que quelques mois plus tôt, elle avait même été pressentie pour accéder elle-même au rang de Spectre – honneur qu'elle avait pourtant choisi de différer, afin de pouvoir demeurer quelque temps encore avec ses compagnons d'armes et amis proches.

L'amiral galarien laissa circuler le flot des agents autour de sa personne, mais retint fermement le bras longiligne de son congénère Lenks lorsque celui-ci passa à sa hauteur, lui glissant en apparté sur un ton peu amène:

–- Ingénieur Nasurn Aegohr Chobban Aka'Mon Sudaj Lenks, nous reparlerons un autre jour en privé de votre petite tentative d'intrusion dans les fichiers d'archives du MDC. Vous pensiez vraiment qu'elle passerait inaperçue?! Vous devriez savoir qu'à mon âge, je déteste être encore pris pour un têtard sorti de son œuf! Alors je vous conseille dès maintenant de bien songer à votre défense...

Le vétéran du GSI ainsi mis sur la sellette déglutit péniblement, puis opina du chef sans dire un mot, avant de rejoindre ses collègues au petit trot.

Le podium d'audience qui s'avançait vers l'estrade du Conseil surplombait un agréable jardin d'intérieur, abrité sous un toit vitré. Tout en remontant cette étroite passerelle, Saïda et ses collègues Spectres notèrent que les galeries supérieures dominant l'estrade et le podium avaient été entièrement désertées, alors même qu'elles étaient d'ordinaire fréquentées à toute heure par des nuées de curieux – en général des diplomates venus tromper leur ennui, en attendant leurs rendez-vous ou l'heure de leur propre passage en audience. De même, en se retournant, les agents purent observer que la Chambre du Conseil était en train de se vider de ses derniers occupants, se hâtant vers la sortie à l'invitation polie des quelques gardes d'honneur encore présents, sans doute après en avoir reçu l'injonction directement sur leurs Omnitechs. De toute évidence, le Conseil tenait à maintenir sous le sceau du secret la mission qui allait être confiée sous peu de bouche de conseiller à oreille de Spectre...

Les trois agents et leurs assesseurs avaient atteint leur extrémité de la passerelle. Ils n'eurent guère à y patienter longtemps, avant que les quatre conseillers ne pénètrent avec solennité sur la vaste estrade disposée en face d'eux, pour venir se positionner derrière leurs pupitres holographiques respectifs: de la droite vers la gauche des agents, s'alignèrent en un rituel bien rodé d'abord la conseillère asari, puis le représentant turien, le galarien, et enfin la conseillère humaine.

Deela Tevos était à coup sûr la plus ancienne, sans doute la plus respectée, et probablement aussi celle parmi les membres du Conseil dont le nom et le visage étaient les plus connus pour à peu près n'importe quel citoyen de l'espace concilien: d'une part, parce qu'elle occupait le poste de représentante de la République asari depuis déjà plus d'un demi-siècle – c'est-à-dire avant même l'apparition de l'espèce humaine –, mais surtout, pour son rôle prépondérant dans la phase de reconstruction d'ampleur galactique qui avait suivi la victoire chèrement acquise sur les Moissonneurs. Diplomate retorse, négociatrice avisée, elle avait la réputation de savoir mener en douceur ses interlocuteurs là où elle le souhaitait, sans même leur laisser l'impression qu'à aucun moment ils n'avaient réellement disposé de l'initiative... Elle n'en demeurait pas moins d'ordinaire assez facile à cerner d'un point de vue politique, sa ligne générale tendant toujours prioritairement à favoriser l'avenir de son propre peuple.

Plus prévisible encore cependant était le conseiller turien Agrilio Silitius, qui dominait de sa haute taille l'Asari à sa gauche. Le successeur du conseiller Sparatus était l'archétype même du Turien tel que le conçoivent les autres espèces, à un niveau tel qu'il en semblait presque caricatural. Son parcours militaire irréprochable, ponctué d'autant de glorieuses blessures que d'éloges et de promotions, avait pour corollaire une tolérance zéro envers l'incompétence ou l'échec. Le personnage se caractérisait également par un abord direct et sans détours, souligné d'un ton de commandement sec et tranchant. Pour finir, une rectitude morale bornée, et un sens de l'honneur sans concessions, achevaient de rendre cette triste baderne aussi insipide que désagréable.

Tel n'était toutefois pas le cas de son voisin de droite, le conseiller galarien Calon Joban, dont les épaules et les excroissances crâniennes étaient recouvertes d'un vaste et élégant capuchon brodé, ainsi qu'il seyait aux dignitaires de son espèce. En effet, cet ancien homme d'affaires influent reconverti dans la politique galactique passait pour un individu des plus difficiles à définir. Beaucoup le considéraient comme la simple marionnette de l'une ou l'autre dalactrace galarienne, en appuyant leurs allégations sarcastiques sur son manque de charisme flagrant. Mais d'autres en revanche mettaient en avant l'opiniâtreté passionnelle avec laquelle il défendait des choix politiques qui dès lors ne pouvaient être que les siens propres, ainsi d'ailleurs que la cohérence de ces mêmes choix sur le long terme. Au final, sous ses dehors assez ternes, la véritable personnalité et les allégeances du conseiller Calon n'en demeuraient donc que plus mystérieuses, même pour ceux qui prétendaient le fréquenter de longue date.

La dernière conseillère, l'Humaine Claudia Messeri, avait la lourde tâche de représenter la plus jeune des espèces siégeant au Conseil. Et de fait, en dépit d'une personnalité affirmée et de réels talents d'oratrice, il était bien trop souvent visible qu'elle était la moins assurée de son autorité parmi les quatre conseillers. L'humanité avait décidément grandi bien trop vite à la taille du vaste univers, et hérité bien trop tôt des lourdes responsabilités qu'impliquait la cogestion de l'ensemble de l'espace concilien. Et sa représentante, si compétente soit-elle, en était généralement réduite à faire office de pièce rapportée parmi trois autres espèces plus anciennes, habituées à régenter entre elles la situation galactique depuis près de quinze siècles. Mais il faut bien admettre que de toute façon, il aurait fallu une assurance et une expérience hors du commun pour seulement tenter de faire pièce à une diplomate chevronnée de l'envergure de Dame Tevos....


Le podium d'entrevue, face a l'estrade du Conseil et aux vastes baies vitrees du hall monumental.jpg
Le podium d'entrevue, face a l'estrade du Conseil et aux vastes baies vitrees du hall monumental.jpg (38.61 Kio) Consulté 7 fois

Ce fut d'ailleurs la vénérable, mais toujours altière matriarche asari qui se chargea d'accueillir les invités du Conseil, en déclamant d'une voix auguste qui résonna puissamment sous la haute voûte de la grande salle:

–- Capitaine Keren, capitaine Ransom, commandant Novàkovà, et vous, honorables agents de terrain, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue en ce lieu illustre, au nom de tout le Conseil. C'est pour nous un privilège bien trop rare, que de pouvoir ainsi saluer en personne le bras armé de la Citadelle, celles et ceux dont la compétence, la discrétion, et la loyauté font honneur aux lois de l'espace concilien.
–- Tout le privilège est pour nous, estimés membres du Conseil!
répartit presque aussitôt le capitaine Ransom en s'avançant d'un pas, avec une hâte nettement empreinte d'obséquiosité.

Saïda, dont le capitaine venait de court-circuiter la réponse, réprima un rictus agacé en pensant à part elle: «Décidément toujours aussi lèche-cul, ce brave Tyler!...»

Il sembla qu'il ait été décidé à l'avance que puisque les trois Spectres commandants d'unités étaient officiers de l'Alliance, il reviendrait à la conseillère Messeri de leur exposer les premiers éléments de leur mission. L'Humaine redressa donc les épaules au-dessus de son pupitre avant de s'adresser à ses congénères, non sans une certaine emphase dramatique:

–- Vous vous doutez déjà, je le suppose, qu'une telle convocation en urgence, en ce lieu, et sous l'égide du Conseil lui-même, n'a rien d'anodin. Et vous avez raison: l'heure est grave! Nous avons en effet tout lieu de penser que dans les jours qui viennent, la Citadelle pourrait faire l'objet d'une attaque majeure de la part d'un adversaire encore indéterminé! À ce jour, une telle attaque pourrait prendre la forme aussi bien d'un attentat de grande envergure, que d'un raid ciblé de la part de forces déjà infiltrées en nos murs – voire peut-être même, qui sait? d'une véritable offensive orbitale menée dans les règles par une flotte d'assaut d'origine encore inconnue!
–- Ah ouais, là, carrément!
marmonna Damon pour lui-même, depuis sa position en retrait des agents Spectres.
–- Cette dernière éventualité reste cependant hautement improbable, précisa la conseillère Tevos d'une voix rassurante. La Flotte de Défense de la Citadelle est en effet bien assez puissante pour faire face à toute menace militaire directe...
–- ...Sauf bien sûr si l'ennemi débarque en force avec un cuirassé Moissonneur et une armada de vaisseaux geth!
songea irrévérencieusement Feylin, qui avait en tête les circonstances de la Première Bataille de la Citadelle, celle-là même qui avait valu à l'espèce humaine son siège au Conseil.
–- Ça a quand même l'air bien vague, comme info! lança brusquement à la volée l'un des autres agents demeurés à l'écart des débats – Nakmor Graan, l'Ingénieur krogan de l'unité du capitaine Ransom. Y a pas quelqu'un ici qui aurait encore pris pour argent comptant les oracles vaseux de Sha'ira la Favorite?

Que ce soit sur Oméga ou en pleine Chambre du Conseil, songea Andrak amusé, on peut décidément toujours compter sur un Krogan pour mettre les pieds dans le plat! L'interruption abrupte de la part de l'agent Graan, en dehors de tout protocole et en dépit des instructions expresses de l'amiral Padias Eldon, fit nettement tiquer le vieux Galarien; mais il sut se contraindre au silence – provisoirement tout au moins! La réaction du conseiller Silitius fut en revanche immédiate, et cinglante: il était en effet de notoriété publique que depuis quelques semaines, le dignitaire turien fréquentait assidûment les appartements de la Favorite asari, conseillère de valeur s'il en est; et il ne pouvait donc que prendre pour lui une remise en question aussi directe venue d'un de ses enquêteurs:

–- Nos renseignements sont à prendre avec le plus grand sérieux, Ingénieur Graan! Et vous serez prié d'attendre patiemment qu'on vous en expose les détails! Par les Esprits, vous vous imaginez peut-être qu'on vous a fait monter jusqu'ici pour admirer les cerisiers en fleurs?!
–- Rhoh, vous savez, M'sieur, moi, c'que j'en disais...


Nakmor Graan se plaisait volontiers à endosser le rôle de la brute typique de Tuchanka, du Krogan mal dégrossi qui mettrait les pieds pour la première fois sur cet îlot de civilisation raffinée que représentait la Citadelle. Or, tout au contraire, Graan se trouvait être d'assez longue date l'un des piliers les plus éminents de la petite colonie krogane qui avait fait souche sur la grande station concilienne après la fin de la Guerre. Cette communauté restait encore peu fournie, et se révélait cependant d'une hétérogénéité déroutante, due à l'enracinement profond de la culture antagoniste des clans krogans. Mais pour autant, ce microcosme d'expatriés savait solidairement faire montre d'une imperméabilité particulièrement hostile envers tout étranger à leur espèce. C'est ce qui pouvait rendre l'entregent de Graan si utile, lors de certaines enquêtes sensibles: si quelque chose se tramait sur la Citadelle, qui ait un rapport de près ou de loin avec un représentant de l'un ou l'autre clan krogan, voire même avec un hors-clan, alors Graan était systématiquement au courant... En dehors de cela, ce mastodonte avait bien quelques autres atouts à offrir à son équipe: ainsi, il s'était déjà avéré qu'en de nombreuses circonstances, un Ingénieur élevé à la dure sur Tuchanka, qui avait appris à porter le fusil à pompe en même temps qu'il apprenait à marcher, pouvait se montrer nettement plus utile sur le terrain qu'un quelconque universitaire qui ne se serait jamais beaucoup éloigné de ses chères machines!

Il n'empêche que l'intervention intempestive de l'agent Graan venait de lui attirer, pour encore longtemps sans doute, l'inimitié personnelle du conseiller Silitius. Mais de toute façon, ce n'était certes pas sur ce genre de Turien de la vieille école qu'il faudrait compter pour voir un jour se réchauffer les relations turio-kroganes...

La conseillère Messeri pria d'un simple regard le conseiller turien de la laisser poursuivre, ce à quoi celui-ci sembla ne consentir qu'à regret. L'Humaine reprit donc le fil de son exposé, en y prenant toutefois en compte les doutes exprimés à voix haute par l'Ingénieur Graan, mais qu'elle pressentait également chez d'autres agents présents:

–- Si la forme que peut prendre la menace dont nous parlons reste encore indéterminée, je vous l'accorde, sa nature et le niveau de danger qu'elle représente sont en revanche parfaitement évaluables. Et l'urgence de la situation l'est tout autant, croyez-moi... Capitaine Keren, capitaine Ransom, commandant Novàkovà, je suppose que vous connaissez tous personnellement le commandant Javier Best, n'est-ce pas?

Les trois Spectres humains échangèrent rapidement quelques regards surpris. C'est Saïda, la plus ancienne dans le grade le plus élevé parmi les trois militaires de l'Alliance, qui prit l'initiative de répondre la première au nom de ses deux collègues:

–- Naturellement, conseillère Messeri. Le commandant Best est indiscutablement l'un des Spectres humains les plus éminents qui soient: une carrière remarquable au sein des services secrets de l'Alliance, suivie d'une reconversion non moins réussie au SSC – enquêtes spéciales, puis renseignement. Expert en infiltrations sous couverture. Alors si c'est lui votre source...
–- ...Était
, l'interrompit abruptement la conseillère. L'agent Best était effectivement notre informateur. Comme vous pouvez vous en douter, les événements survenus voici quelques mois sur la colonie pénitentiaire d'Alcastarz nous ont tout naturellement amenés à réévaluer le niveau de menace que représentent les mouvements suprémacistes humains, à présent que nous pouvions les considérer comme potentiellement financés et contrôlés en sous-main par l'organisation criminelle Maya Brooks (1). Par habitude professionnelle, le commandant Best était l'un des Spectres ayant su préserver un profil personnel le plus discret possible, ce qui le rendait tout indiqué pour une mission d'infiltration de longue haleine au sein de telles mouvances. Il avait pour ordres, tout d'abord de rallier une petite cellule déjà connue de nos services, et de là, en faisant ses preuves grâce à notre aide, d'intégrer une organisation plus vaste et d'y mettre à jour de nouvelles ramifications. Les derniers rapports que nous ayons reçus de sa part attestaient de son succès en la matière...
Mais voici tout juste une semaine, l'agent Best a pris le parti d'entrer en contact direct avec nous, de toute urgence et en dépit des protocoles de sécurité les plus élémentaires – pour une raison qu'on ne peut dès lors que supposer des plus sérieuses. Le contenu du message qu'il est parvenu à nous transmettre en partie, eh bien... nous a plongés dans la plus profonde perplexité! Nous n'avons plus reçu aucune autre nouvelle du commandant depuis cette dernière communication: jusqu'à preuve du contraire, nous devons donc envisager la triste probabilité que son audace et son sens du devoir aient pu lui coûter la vie...
–- Cette dernière transmission était hélas extrêmement altérée
, intervint à ce stade la conseillère Tevos. De toute évidence, l'ennemi – quel qu'il soit – possède des équipements de brouillage de qualité militaire, et sait parfaitement s'en servir. Malgré toutes nos tentatives de restauration, seules quelques bribes de mots décousus nous sont parvenues. Mais leurs contenus, et ce qu'ils impliquent, nous ont suffisamment alertés pour que nous décidions de mettre en œuvre certaines mesures exceptionnelles, et en dernier recours, de faire appel à vos équipes. Vous allez pouvoir en juger par vous-mêmes, d'ailleurs. Conseiller Calon, je vous prie...

Le Galarien encapuchonné se pencha sur son pupitre holographique, et pianota une courte série de codes et d'instructions, afin de retransmettre sur les Omnitechs des quinze agents présents ce qui était vraisemblablement l'ultime rapport du valeureux Spectre infiltré. Une voix crépita dans les récepteurs audio des agents, une voix qu'ils étaient seuls à entendre; une voix aiguë, au discours haché par les crachotements et les larsens, bien qu'elle s'attachât pourtant à détacher clairement ses syllabes en sorte de les rendre plus audibles; une voix aussi où perçait de manière très nette une réelle tension:


  • – ...danger... ...attaq... ...dre... ...extrêm... ...Citadelle... ...vite!... ...plan... ...mach... ...ientôt!... ...Cerber... ...comm... ...Udina... ...vingt ans... ...trois... ...mémoration... ...polit... ...errible!...

Cet hallucinant appel d'outre-tombe s'acheva sur un dernier sifflement strident; puis le silence retomba dans les communicateurs d'un auditoire encore stupéfait. En bon militaire, le conseiller turien s'attacha alors à reformuler verbalement les divers éléments exploitables que l'on pouvait tirer de ce message d'alerte. Une procédure bien inutile, dans la mesure où de leur côté, les agents de terrain confirmés avaient déjà relié entre eux ces éléments pertinents, dans la seconde même où ils leur avaient été livrés:

–- Il nous semble évident que les mots "...mémoration" et "vingt ans" se rapportent aux commémorations prévues cette année afin de marquer le vingtième anniversaire de l'invasion des Moissonneurs, de rendre hommage aux milliards de victimes tombées sous leurs assauts, et de célébrer la victoire finale des espèces unifiées. Ces cérémonies, comme vous le savez, doivent se tenir sur plusieurs mois, aussi bien sur la Citadelle qu'en de nombreux autres points de la galaxie ayant souffert de l'invasion. Mais surtout, elles doivent démarrer d'ici cinq jours seulement, en mémoire de la toute première frappe massive des Moissonneurs dirigée contre l'espace butarien!
Alors si le commandant Best a jugé nécessaire de mettre en péril sa couverture – et sa propre vie! – pour nous faire parvenir cet avertissement en priorité absolue, il y a tout à parier que notre ennemi inconnu compte bel et bien frapper à l'occasion du début de ces célébrations! Ce serait un choix assez judicieux pour un attentat majeur, à vrai dire
, admit le Turien en caressant son menton cuirassé de corne, sur un ton presque admiratif. Rassemblements festifs propices au relâchement de l'attention générale, fortes concentrations de population, présence en public de nombreuses figures éminentes des différents peuples conciliens, large couverture médiatique...

Quelques murmures se firent entendre parmi les agents demeurés à l'écart du podium d'audience – murmures auxquels l'amiral Padias Eldon mit fin d'un seul regard noir. Puis le conseiller galarien, demeuré muet jusqu'alors, prit à son tour la parole:

–- De même, la signification des termes "Citadelle", "Cerber..." et "Udina" est tout aussi limpide, et permet de mieux cerner la nature de la menace. Car c'est il y a vingt ans également que le conseiller humain d'alors, Donnel Udina – de sinistre mémoire! –, avait pactisé avec Cerberus, dans l'optique d'un coup d'état essentiellement destiné à décapiter l'ensemble du Conseil en une seule attaque! Une telle évocation est forcément en lien avec les factions terroristes ultra-humanistes que le commandant Best était en train d'infiltrer.
–- Nous n'avons d'ailleurs pas oublié non plus
, intervint Dame Tevos, qu'Udina n'était pas le seul atout dont l'Homme Trouble disposait dans nos propres rangs: le coup de force de Cerberus avait également été appuyé par de nombreux agents dormants répartis parmi les officiers humains du SSC! C'est ainsi que de nombreux secteurs clés de la Citadelle, l'Académie du SSC en particulier, sont tombés dès le premier assaut. Et c'est pourquoi d'un commun accord, et en concertation avec l'Exécuteur Septis Savenus à la tête du SSC, nous avons d'ores et déjà pris des mesures exceptionnelles, tout en les maintenant les plus discrètes possibles, afin que les officiers humains du SSC soient tenus à l'écart des patrouilles et surveillances des points les plus stratégiques de la Citadelle – soit réaffectés sur des sites moins sensibles, soit solidement encadrés d'agents non-humains dûment avertis!...

La conseillère Messeri appuya d'un net mouvement affirmatif du menton les dires de la matriarche asari, afin que tous ici comprennent que la représentante officielle de l'espèce humaine était pleinement partie prenante dans cette mesure a priori si discriminatoire envers ses propres semblables. Ce n'est qu'alors que les trois Spectres, ainsi que leurs agents, se souvinrent qu'ils n'avaient pas croisé un seul officier de police ni garde d'honneur humain, entre l'esplanade d'accès à la Tour de la Citadelle et le podium d'audience de la Chambre du Conseil. Non, ils n'avaient effectivement eu affaire qu'à des Asari, à quelques Galariens, et surtout à bien plus de Turiens encore qu'à l'habitude.

–- Une semaine s'est déjà écoulée depuis que nous avons reçu les avertissements du commandant Best, reprit le conseiller Calon. Au départ, nous avons pris le parti de ne mettre sur l'affaire que des éléments triés sur le volet des affaires internes et des renseignements du SSC, ainsi que l'ensemble des agents Spectres présents sur la Citadelle. Quant aux unités légères d'intervention telles que les vôtres, nous souhaitions les tenir en réserve en tant qu'avant-garde d'une éventuelle contre-attaque préventive, au cas où nous serions parvenus à définir la nature et la localisation des forces ennemies qui nous menacent. Malheureusement, contre toute attente, l'enquête n'a encore rien pu révéler de déterminant... Et c'est pourquoi nous devons à présent faire appel à vos services.
Nous sommes bien conscients
, poursuivit le Galarien, que votre champ d'expérience habituel vous oriente davantage vers les vastes étendues galactiques incontrôlées, qu'il ne vous confine à l'étroitesse des rues bien policées de la Citadelle... Mais nombre d'entre vous ont connu une carrière brillante au SSC, et ont sans doute conservé quelques informateurs connus d'eux seuls. Et puis, vos unités sont réputées pour l'efficacité de leurs méthodes d'investigation, aussi inédites qu'imprévisibles! Bref, nous avons pleinement confiance en vous, agents, qui à ce stade êtes notre dernier recours... Il ne nous reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance, et... bonne chasse!

Aucune remarque, ni aucune question n'avaient été soulevées de la part des Spectres, ni au cours de l'entrevue, ni à la conclusion de celle-ci. Contre tous les usages en matière de briefing, le Conseil ne les avait d'ailleurs même pas invités à en poser... C'est pourtant à ce moment que le commandant Lenka Novàkovà finit par réagir, avec une vivacité qui traduisait peut-être ce que ses collègues Spectres et ses propres agents n'osaient exprimer à voix haute:

–- Attendez voir un peu, conseiller Calon! Si j'ai bien compris, vous nous confiez seulement maintenant une enquête aussi capitale, alors que vous en disposez de tous les éléments depuis déjà une semaine; et c'est à nous que vous venez mettre la pression, en plaçant peut-être le sort de la Citadelle sur nos épaules, pour que nous débrouillions d'ici moins de cinq jours une telle énigme sur laquelle le SSC et les Spectres n'ont pu avancer, avec presque deux fois plus de délai?! C'est bien cela, est-ce que je n'oublie rien?! Non mais vous êtes sérieux, conseiller?!?

La Spectre sonda un moment le visage impénétrable du dignitaire galarien, qui soutint son regard sans broncher. C'est l'Humaine qui finit par détourner les yeux la première, en grommelant pour elle-même: «Question idiote...»

Le mauvais exemple de l'agent Graan semblait décidément vouloir faire tâche d'huile... En vieux routier rompu aux usages des hautes sphères hiérarchiques, le capitaine Ransom jugea utile de rattraper la démonstration d'impatience de sa jeune collègue auprès de leurs supérieurs. L'officier humain fit donc acte d'allégeance en inclinant respectueusement le buste face à l'estrade du Conseil, yeux baissés et main sur le cœur, tandis qu'il énonçait d'une voix douce et humble:

–- Nous nous en remettons à votre grande sagesse, estimés membres du Conseil...

Saïda dissimula un sourire amusé, en se demandant une fois encore si c'était son talent pour le fayotage qui avait permis à ce cher Tyler de se hisser jusqu'à son grade actuel, ainsi qu'au rang de Spectre. Enfin bon, c'était soit ça, soit son sixième sens infaillible qui avait déjà tiré à plusieurs reprises son équipe du pétrin, soit encore son incroyable technique de combat à mains nues, qui lui avait permis une fois de se débarrasser au corps-à-corps de deux assassins drells biotiques... Le vieux briscard était plus que compétent en bien des domaines, et le choix était donc vaste.

La brève inclinaison de la tête que les quatre conseillers retournèrent au capitaine Ransom avec une belle unanimité, signalait également sans équivoque la fin de cette entrevue. Après un ultime salut, les trois Spectres et leurs suppléants rejoignirent donc le reste de leurs camarades pour redescendre ensemble les marches du podium d'audience. Les conversations commençaient déjà à bruisser, les hypothèses à naître, les suggestions à s'échanger, et les plans d'action à s'ébaucher parmi les agents qui n'avaient guère tardé à s'agréger à nouveau avec leurs unités respectives. L'esprit d'émulation et de compétition se manifestait à nouveau entre ces trois équipes de super-limiers de combat, et chacune allait sans doute maintenant garder jalousement pour elle-même ses idées et ses pistes. Le visage chiffonné, Saïda se massait nerveusement le front, tandis qu'elle prenait d'un pas rapide la direction de l'ascenseur qui devait redescendre son petit groupe d'agents vers l'Anneau du Présidium. En trois longues enjambées, Andrak Atkoso'dan vint se porter à sa hauteur:

–- Par où on commence, Madame? demanda respectueusement le grand Butarien à sa supérieure humaine.
–- Par aller faire un saut au Purgatoire! répondit celle-ci d'un ton abattu. Là, j'ai carrément besoin d'un verre ou deux...


[...]


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(1) Lire Unité N°1: Saison 2, Épisode 10


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